Your browser does not support JavaScript! La notion de liberté en pédagogie Montessori - Association Montessori Luxembourg
Association Montessori Luxembourg
Loading
Mar 25, 2018

La notion de liberté en pédagogie Montessori

La notion de liberté en pédagogie Montessori

Introduction

La liberté et le besoin de liberté sont si souvent contrariés tout au long de notre existence que nous avons parfois tendance à les oublier, à ne plus y penser, à ne plus nous poser de questions ou, du moins, les bonnes questions. En fait, on suit le mouvement sans réfléchir… . Cet état de fait résulte de l’ignorance et de la connaissance partielle de ce qu’est la liberté, de ce qu’elle représente et de ce à quoi elle contribue.

Cette absence d’esprit critique, qui nous fait si souvent défaut tant la société actuelle nous oblige à le mettre de côté, est le résultat d’un système qui ne se base pas forcément sur la notion de liberté. Cette notion étant assimilée en éducation et en pédagogie comme étant synonyme de “laxisme”, “désordre”, “laisser aller”.

L’éducation nationale par exemple, utilisant une pédagogie que l’on définit comme traditionnelle, et dont nous sommes, pour la plupart, issus, dont nous sommes les “produits”, m’a maintes fois fait réagir à ce sujet. Il n’y a, selon cette pédagogie traditionnelle, pas de discipline sans autorité, pas d’autonomie sans contrôle, pas de liberté possible sans contraintes.

Enfant je ressentais ces contraintes, ces obligations, je les subissais. Adulte j’en comprends les causes, les effets. Malgré tout, j’ai persévéré dans un système qui ne me convenait pas et qui ne m’avait jamais convenu, pour y devenir enseignante. Ce qui m’a valu des échecs à répétition, tout comme ces enfants en échec scolaire dans ce même système, car on a contrarié leur façon d’être, d’agir, de penser, d’évoluer. Parce qu’on a contrarié la nature même des choses.

Se rapprocher de ce en quoi nous croyons, c’est se remettre en question, abandonner les vieilles croyances aussi imprégnées en nous qu’elles soient, c’est faire des choix. Ainsi j’ai tout quitté pour me diriger vers une pédagogie proche de ce dont j’avais toujours eu besoin, une pédagogie respectant l’être humain, ses besoins, ses rythmes biologiques, sa liberté.

 

Mon travail au sein de l’éducation nationale : la pédagogie traditionnelle

Comment je travaillais et pourquoi ?

Ne m’étant jamais intégrée pleinement, ni petite ni adulte, au système traditionnel, j’en ai toujours subi les conséquences car j’étais, bien malgré moi, obligée d’en suivre les règles. Dans ce système, l’enfant a le droit d’écouter, et doit écouter avec beaucoup d’attention, l’enseignant a l’obligation de suivre le Programme.

Suivre le Programme pédagogique, c’est suivre un programme déterminé selon une tranche d’âge, par classe. Le Programme doit être clôturé durant l’année scolaire et l’acceptation des enfants dans le cycle supérieur se fait en validant des examens. L’enseignant ou le maître doit transmettre les savoirs, c’est ce qu’on appelle une pédagogie “transmissive”.

Dans cette pédagogie, il faut pointer les erreurs et tenter de les corriger ou, du moins de les améliorer. Celles-ci sont vues comme des “fautes”, des “maladresses”, “des manques”, des “faiblesses”.

Le maître et le système décident de la réussite ou non d’un enfant , ils jugent de sa valeur par rapport à des tests académiques… ce qui engendre également des classements, des catégories d’écoliers: bons, moyens, faibles, en échec scolaire…, ce système favorise également la compétition. Enfin, le maître doit chronométrer sa journée et celle des enfants, toujours tout programmer d’avance.

Si certains enfants ne suivent pas ou ne suivent plus, la machine étant lancée, on ne s’arrête pas, tout le monde doit suivre. Et l’enseignant aussi consciencieux qu’il soit, n’a pas d’autres choix que de continuer son programme en laissant derrière lui une flopée d’écoliers en manque. En manque d’explications, en manque d’aide, en manque d’écoute. Le destin d’un enfant se décide selon ses compétences au moment T, on ne prend pas en compte ses besoins physiologiques ni ses besoins biologiques. Il faut aller au rythme que le système scolaire impose.

Mon attitude

Si certaines choses, voire de nombreuses choses me dérangeaient dans ce système, (programme trop strict, jugements, compétition) , je me suis rendue compte, une fois hors du système traditionnel, que j’avais acquis de nombreux préjugés simplement parce que j’avais du me conformer aux règles, et bien que je n’y adhérais pas. Ces préjugés étaient ancrés en moi de par mon éducation, celle de mes pairs, ils étaient culturels! j’avais des croyances qui étaient là et que je n’avais jamais remises en question.  J’avais des façons d’être et de faire qui, malgré moi, collaient avec ce système qui me dérangeait pourtant.

Ces croyances, surtout envers les enfants les plus petits, étaient celles-ci:

  • « Un enfant a besoin d’être dirigé et non guidé »,
  • « l’adulte décide et détient le savoir »,
  • « l’enfant ne peut pas se débrouiller seul, il est fragile »,
  • «  il n’a pas besoin de liberté mais besoin de l’adulte pour “faire à sa place » ce qu’il n’arrive pas à faire correctement tout seul ou assez rapidement tout seul ».

J’étais assez d’accord également sur le fait que laisser la liberté de choix et de mouvements à un enfant dans une classe était synonyme de désordre, de bruit, d’anarchie. Ce qui était la conséquence directe du manque d’autorité du maître, du manque de discipline dans sa classe et donc cela remettait en cause son statut.

D’ailleurs, on repousse toujours plus loin dans notre société le besoin de liberté. Même à l’adolescence, celui-ci est vécu par les adultes comme un soulèvement anarchique et rebelle de l’adolescent. Ainsi j’ai pu remarquer, longtemps après, que mon attitude transpirait de ces croyances, de ces us et coutumes!

Tout d’abord, lorsque j’avais décidé du déroulement pédagogique de la journée, rien ne pouvait le contrarier, il fallait que cela se passe comme prévu sinon la pression de ne pas avoir suivi le Programme se faisait sentir. Je culpabilisais pensant que, à cause de moi, les élèves seraient en retard sur le Programme et qu’ils n’auraient pas acquis les savoirs en fin d’année scolaire. Je culpabilisais pourtant aussi d’en laisser un tas à la traîne, mais pour me rassurer je me disais que, s’ils ne suivaient pas, ce n’était pas de ma faute : le Programme étant conçu pour eux, dans leur intérêt.

Je pensais que pour avoir toute l’attention des élèves et travailler dans une ambiance studieuse, il fallait éviter les déplacements incessants, le “mouvement”. Qu’en gros, il fallait empêcher une certaine “autonomie” pour ne pas dévier la concentration des élèves. Afin d’avoir le silence, qui était un gage pour le système -et donc pour moi- d’une classe studieuse et d’un professeur respecté, l’autorité faisait partie de l’attitude qu’un professeur ou un maître devait posséder. Sans quoi, il était catalogué “mauvais enseignant”.

Concernant les plus petits, “autonomie” et “autodiscipline” n’étaient pas chose possible. Déjà, ils étaient trop petits pour pouvoir être autonomes, ensuite leur laisser la liberté de choix et de mouvements auraient engendré le désordre, le chaos! Je ne m’étais d’ailleurs jamais posé de question à ce sujet puisque mon vécu d’élève au sein de l’école traditionnelle avec une pédagogie traditionnelle ne m’a jamais prouvé le contraire.

Sans autorité, un professeur n’était pas respecté… mais qu’est-ce qui, en amont, engendre cet état de fait? Pas de liberté, pas d’autonomie, pas d’autodiscipline!

Les élèves ayant toujours été soumis et étouffés par des règles allant à l’encontre de leur nature, de la nature même de l’être humain, dès qu’il y a une faille, c’est le désordre. Je l’ai compris plus tard grâce à la pédagogie de Maria Montessori et de ses principes fondateurs. C’est une autre façon de penser l’être humain, l’enfant et c’est une autre façon d’agir et d’interagir avec lui.

La pédagogie de Maria Montessori : découverte

De part mon cursus en didactique et pédagogie, j’avais bien entendu étudié quelques pédagogies parallèles* et entendu parler de Maria Montessori. Cependant, je n’ai jamais eu l’occasion de voir pratiquer une telle pédagogie ni même de la pratiquer moi-même puisque dans le système traditionnel celle-ci est plutôt critiquée. Selon didacticiens et pédagogues de l’éducation nationale, pour la plupart en tout cas, ce n’est pas sérieux, cette pédagogie est laxiste. Ils définissent la pédagogie nouvelle comme “permissive”, parce que celle-ci est basée sur le principe de liberté.

Pourtant la liberté de l’homme n’est pas en contradiction avec la société, ou l’ordre ou la discipline sociale. Au contraire, rendre libre c’est aider l’homme à suivre le dessein de son développement normal et les lois de sa propre nature. La liberté étant la base de la société humaine. C’est grâce à la liberté que les individus ont la possibilité de croître et de s’améliorer, elle constitue le point de départ du développement complet de l’homme.

C’est en étudiant les fondements de cette pédagogie et ses grands principes que je me suis enfin posée les bonnes questions:

  • Pourquoi essaie-t-on de contrarier ce qui est naturel chez l’être humain?
  • Pourquoi empêcher un enfant de se mouvoir à sa guise dans un milieu?
  • Pourquoi ne pas mettre en place un milieu fait pour l’enfant, où il pourrait y trouver les moyens et le matériel pour se développer?
  • Pourquoi ne pas laisser à l’enfant le choix de ses activités puisqu’en les choisissant il va répondre à un besoin, à un désir naturel?
  • Pourquoi essaie-t-t-on de contrarier la nature même de l’individu et ses tendances naturelles?

C’est à partir de ce moment là que j’ai décidé de me lancer dans une nouvelle aventure en devenant éducatrice dans une crèche Montessori.

Mes débuts à la crèche: une révélation

Chaque jour je m’émerveillais devant ces enfants si petits et tellement autonomes, autodisciplinés, studieux, épanouis dans le travail, pouvant évoluer à leur guise, faisant leurs choix, allant à leur rythme dans la liberté de mouvement et la liberté d’apprentissage la plus totale. Et, oui, je m’émerveillais car mes préjugés, mes vielles croyances, mon vécu avaient été des freins et des obstacles durant mon parcours professionnel, ils étaient ancrés en moi.

Heureusement ils n’étaient pas indélébiles, ni insurmontables. Il fallait juste les faire évoluer.

Ces enfants devant moi étaient actifs et acteurs de leur apprentissage, travaillant dans l’harmonie la plus complète, respectant le groupe, étant tout à fait autonome, disciplinés, silencieux et épanouis dans le travail. Quel bonheur ce fut pour moi, de pouvoir en être le guide, d’en être le guide et de mettre en place tout ce qu’il faut pour leur permettre d’évoluer dans les meilleures conditions et en leur garantissant le maximum d’autonomie.

C’est pourquoi cette liberté trouvée en chaque enfant au sein de ce contexte pédagogique fut également une liberté retrouvée pour moi-même, me permettant de m’inclure et de m’investir pleinement dans ma nouvelle tâche. Toute mon attitude en fut changée, j’étais un guide bienveillant au service des enfants, enfants épanouis grâce à leur liberté de mouvements, de choix.

Ressenti

Une période transitoire

Bien évidemment, la transition que j’ai vécue entre le système traditionnel, étouffant, contraignant et ce système basé sur la notion de liberté, qui m’était chère, et qui me faisait depuis si longtemps défaut, fut pour moi quelque peu déstabilisante et éprouvante.

Des tas de questions s’imposaient à moi, des regrets et des remises en question concernant mon parcours didactique et pédagogique, mais aussi et surtout l’envie de me perfectionner et d’en apprendre encore plus, le besoin d’approfondir mes nouvelles connaissances, de les partager, j’avais besoin par rapport à cet afflux de nouveauté de m’isoler, de réfléchir.

La formation

La formation est donc arrivée à point nommé pour moi.

Faire part de mes doutes, partager mes expériences et mes réflexions qui émergeaient du conflit entre mes nouvelles connaissances, ma nouvelle approche pédagogique et mes anciennes croyances, était primordial afin de retrouver un bon équilibre.

La formation m’a tout de suite permis de me concentrer sur l’essentiel, de me poser les bonnes questions, de laisser derrière mes croyances infondées et fausses, de me perfectionner et d’approfondir tous ces nouveaux savoirs. J’ai pu intégrer les principes de la pédagogie grâce à une réflexion philosophique et scientifique à la fois.

Après chaque formation, j’observais avec des yeux nouveaux les enfants. Après chaque formation, je me remettais en question et j’essayais d’appliquer les principes nouvellement intégrés. Je me suis sentie dès lors apaisée dans mon travail et forte de mes acquis.

Bien sur, la plupart de mes nouvelles connaissances ont rapidement pris le pas sur les anciennes, les ont gommé mais certaines, bien ancrées encore en moi, ont eu du mal à disparaître et d’autres résistent encore.

Résistances

Concernant la liberté de choix des activités, la liberté de mouvement,  l’autonomie et l’autodiscipline, mes anciennes croyances ont vite disparues.

Pourtant je me suis aperçue que je bafouais quasiment de manière régulière et de façon tout à fait naïve un principe très important pour moi: la liberté de penser, par soi-même, l’esprit critique.

Penser librement, être fier de ses choix, avoir de l’esprit critique pour juger personnellement de ce qui est bien ou pas pour nous. J’ai parfois entravé le développement de ces notions chez l’enfant, par un acte tout à fait banal et inconscient pour moi. Régulièrement, par mon comportement, j’empêchais et j’empêche encore une partie de la construction de l’estime de soi.

Pensant bien faire, de façon automatique, régulièrement, j’incite et nous incitons les enfants à avoir recours à notre approbation, à l’approbation de l’adulte. L’enfant demande souvent, naturellement ou pas, incité ou pas par l’adulte, entraîné par l’adulte à le faire, la validation de son travail (puisque c’est ce que font les parents et les proches constamment).

Quand un enfant vous montre son dessin on lui répond automatiquement: “ c’est beau, c’est bien”, ”bravo”!Quand un enfant vous cherche du regard pour savoir si l’activité qu’il choisit est bien pour lui, on lui valide, ou pas, ou du moins on a tendance à le faire.

Petit à petit l’enfant va prendre cette habitude; c’est l’adulte qui sait ce qui est bon ou bien pour moi; c’est l’adulte qui pourra dire si ce que je fais est bien ou beau ou bon… Répondre à ses demandes ne l’incite que plus à le faire et crée un besoin. Il aura toujours besoin de l’avis d’autrui, pensant que son avis est moins important, qu’il ne peut pas juger de son travail. Je l’ai compris durant la formation mais le mettre en pratique est encore difficile pour moi.

De manière inconsciente, quand un enfant me montre son dessin ou me présente un travail, sans réfléchir je valide, je complimente, je m’en veux au moment même ou je le fais mais c’est trop tard.

Que de concentration il me faut pour m’en empêcher… j’ai toujours l’impression de commettre un acte répréhensible quand je m’empêche de dire à un enfant que ce qu’il fait est bien car pour moi, c’était l’encourager et être gentil avec lui.

J’ai pourtant bien intégré que c’est en demandant, à cet instant précis à l’enfant, si “lui” aime ce qu’il a fait, s’il en est fier, si ça “lui” plait, et bien c’est à ce moment là qu’on lui fait prendre conscience qu’il peut juger lui-même de la valeur de son travail, qu’il peut donc avoir le pouvoir de valider ou non son travail, qu’il a du pouvoir sur lui même. C’est l’emmener tout doucement vers l’autonomie de ses pensées, la liberté de penser.

L’enfant s’il sent qu’il a du “pouvoir sur lui-même” aura “confiance en lui”, il sait qu’il est “compétent”.

Bien malgré moi je répète encore cette erreur et je remarque que les éducatrices en général ont ce même problème, cette réaction immédiate et spontanée de répondre et d’encourager le besoin qu’ont les enfants de faire valider et approuver leurs travaux par les adultes. Besoin qui a été crée par les adultes mais qui est presque génétique chez nous.

L’enfant doit se sentir libre, libre de choisir ses activités mais également libre de trouver que ce qu’il fait est bien ou pas, libre de se dire si ça lui plait ou pas. C’est à cette condition qu’il aura confiance en lui, et c’est aussi par là qu’il s’estimera.

Conclusion

La liberté (de choix, de mouvements, dans un environnement conçu pour l’enfant, où il sera autonome et auto-discipliné) qui aura imprégné un enfant au-travers de la pédagogie Montessori dans les années les plus importantes de sa vie sur le plan formatif, lui aura montré le chemin de l’épanouissement personnel, lui aura inculqué des valeurs, des savoir-faire, un savoir être, aura imprégné son être tout entier et lui aura fourni un bagage capital pour sa vie d’adulte.

La liberté est la base de la société humaine!

“… nous devons donner aux hommes leur liberté, que nous devons éduquer les masses, que nous devons éduquer tous les hommes…les niveaux de l’éducation doivent avoir un fondement et un but humain: le développement progressif de la personnalité de l’enfant…car l’enfant que l’on laisse libre d’agir sans chercher à l’influencer par nos suggestions d’adultes, nous montre les vraies lois de la vie humaine”, M.M; L’éducation et la paix, p140.


Stéphanie Onyszczuk
Chargée de direction – L’Enfant Roi Atrium

Partagez votre intérêt !
X
X