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Déc 1, 2017

Motricité fine et autonomie chez l’enfant de 0 à 3 ans

Motricité fine en crèche

Motricité fine et Autonomie
chez l’enfant de 0 à 3 ans

Aujourd’hui, dans notre société, certains parents se substituent à leur enfant, en ne leur laissant pas accomplir des tâches par eux-mêmes. Mais pourquoi ? Est-ce par manque de temps, par facilité, parce qu’ils ne les pensent pas capables de faire seuls ou peut-être parce qu’ils se pensent supérieurs à leur enfant ?

Pourtant, en grandissant, l’enfant a besoin de faire les choses seul et de manière autonome et va développer naturellement, au fil du temps,  son besoin d’indépendance.

Ce besoin inassouvi pourrait provoquer chez l’enfant un manque de confiance en lui et d’estime de soi. Très jeune, il se pensera  ‘’incapable’’ et cela pourra le poursuivre longtemps. Il aura tendance à se conformer à cette étiquette et deviendra quelqu’un qu’il n’aurait peut-être pas été au départ. L’enfant n’osera plus rien faire par peur de se tromper ou de faire mal. Il sera plongé dans l’insécurité.
Lors de ma formation en Pédagogie Montessori, j’ai pu réaliser à quel point cette méthode était appropriée et bénéfique pour l’enfant. Nous comprenons vite que pour favoriser l’autonomie de l’enfant et son bien-être, il faut entre autre , respecter son rythme, avoir une attitude bienveillante et répondre à ses différents besoins, avoir une juste présence auprès de lui afin de ne pas être intrusif, et, surtout ne pas entretenir de relation de dépendance.

Dans notre profession, qui est celle de la petite enfance, nous observons au quotidien le bénéfice que tirent les enfants de cette pédagogie.

« Toute aide inutile est une entrave au développement. »
Maria Montessori

Qu’appelle-t-on la Motricité Fine ?

La motricité fine manuelle est le développement de l’habilité de la main, de l’acquisition d’un mouvement fin, précis et minutieux. Son développement permet de favoriser l’acquisition de la préhension pour un meilleur contrôle et une meilleure coordination des doigts, des mains et des yeux. La motricité fine et la coordination des mouvements de la main et du bras sont nécessaires pour atteindre, saisir, relâcher ou manipuler des objets.

Indispensable pour l’enfant, cet apprentissage va l’amener vers l’autonomie, lui permettre d’explorer son environnement grâce aux sens en interagissant avec les personnes qui l’entourent. Cela va également stimuler tous les autres domaines du développement de l’enfant.

« L’organe moteur qui caractérise l’homme, c’est la main, au service de l’intelligence, pour la réalisation du travail. »
Maria Montessori, L’enfant, Desclée de Brouwer, 1936. Page 75.

Il est indispensable de connaître les étapes du développement de la motricité fine chez l’enfant de 0 à 3 ans afin de pouvoir lui proposer ce dont il a besoin !

L’activité motrice s’affine pour devenir de plus en plus précise. L’enfant va passer d’une motricité involontaire à une motricité volontaire. Lors des deux premiers mois, le bébé va avoir le réflexe d’agrippement lorsque la paume de sa main est stimulée (dit aussi réflexe de grasping). En effet, lorsqu’on place son doigt dans la paume de la main du bébé, il le sert fort.

A trois mois, la main s’ouvre progressivement, de plus en plus et le réflexe disparaît. Il va passer par la préhension au contact involontaire (ouvrir/fermer la main au contact d’un objet). L’enfant observe avec intérêt les objets mais ne peut pas encore les attraper par lui-même. A ce stade, lorsqu’on place un hochet dans la main d’un bébé, au contact, il ouvre et referme sa main et est capable de le tenir quelques secondes.

A quatre mois, nous pouvons observer que l’enfant sait tenir plus longtemps le hochet placé dans sa main, mais il le perd souvent. Il se sert indifféremment d’une main ou de l’autre, Il va aussi essayer d’atteindre les jouets placés à proximité. Sa préhension devient volontaire et l’enfant décide s’il veut ou non prendre/ lâcher les objets.

Les activités de préhension du nourrisson en pédagogie Montessori

Dans l’ambiance du Nido qui accueille les nourrissons, nous disposons :

  •  d’un anneau suspendu par un ruban au-dessus du matelas : ce matériel va apprendre à l’enfant à coordonner les mouvements des bras et des mains lorsqu’il essayera de le saisir;
  • d’un grelot, lui aussi suspendu par un ruban, que l’enfant essayera de faire tinter;
  •  de hochets et de balles de préhension, dans un panier près de lui, qu’il essayera d’attraper.

A cinq mois, nous observons une préhension cubito-palmaire : l’enfant saisit l’objet entre la paume de la main et les trois derniers doigts de la main. Le geste est encore imprécis, mais j’ai pu le remarquer plusieurs fois lors de mes observations au Nido.

A sept mois, la préhension est bien acquise et le relâchement de l’objet devient volontaire. L’enfant sait passer un objet d’une main à l’autre et commence à le saisir par le pouce et le petit doigt.

A neuf mois, la prise en pince supérieure commence à être acquise. Nous pouvons observer que l’enfant commence à prendre les objets de petites tailles entre le pouce et l’index.

Entre onze et douze mois, les manipulations sont plus fines, ce qui permet à l’enfant de saisir le sens de la profondeur, du solide, du haut, du bas.

A quatorze mois, le relâchement est plus précis, et c’est à cet âge-là que nous pouvons observer, toujours au nido, que l’enfant est capable d’introduire une balle dans un orifice. Au niveau de l’autonomie, l’enfant va commencer à prendre sa cuillère, mais ne l’oriente pas encore bien dans sa bouche.

Le développement de la motricité fine selon Maria Montessori

Le travail de la motricité fine, dans la pédagogie Montessori, se fait sur des objets qui invitent l’enfant à agir et à accomplir un travail vrai dans un but réel.  En effet, l’affinement de cette motricité va permettre l’initiation à la vie ordonnée et active de ce milieu. L’enfant aura un but déterminé pour chaque matériel (boutonner, lacer, ouvrir/fermer des boîtes,…).

Maria Montessori s’est penchée sur l’analyse des mouvements. Elle définit cela comme « Chaque acte accompli se décompose en des temps successifs bien distincts ; un temps suit l’autre. Essayer de reconnaître et d’exécuter exactement et séparément ces gestes successifs, c’est analyser les mouvements. L’imperfection consiste à confondre dans l’exécution divers mouvements successifs de l’action. » Maria Montessori, Pédagogie scientifique tome 1, Desclée de Brouwer, 1958.

Maria Montessori en a conclu qu’il était important, lors des présentations des travaux, de faire des gestes lents, d’économiser un maximum les mouvements et de rester en silence. Cela permet d’atteindre le degré de perfection qui permet au mouvement d’être harmonieux et précis et d’atteindre une meilleure concentration chez l’enfant.

« Il faudrait que l’adulte fût toujours calme, agisse lentement, afin que son action fût intelligible dans tous ses détails à l’enfant qui l’observe.  » ** Maria Montessori, L’enfant, Desclée de Brouwer, 1936. Page 89.

La motricité fine va permettre de préparer la main pour l’écriture. Maria Montessori décrit l’écriture comme un acte dont une partie vient du mécanisme moteur (manier l’instrument et dessiner la forme de la lettre) et l’autre du travail de l’intelligence. D’après elle, pour aider l’enfant à savoir écrire, il faut dans un premier temps analyser les mouvements et les développer séparément et  indépendamment de l’écriture véritable par des exercices sensoriels. Pour acquérir l’écriture, il faut de l’entrainement et de la répétition dans les gestes afin d’affiner la motricité de leurs mains. Les trois doigts qui tiennent l’instrument vont s’exercer eux aussi ce qui permet par la suite de coordonner les organes moteurs de l’écriture.

L’enfant va apprendre à travers des périodes sensibles. Ce sont des temps forts durant lesquels l’enfant a une sensibilité, une attirance pour une acquisition à développer. Le développement de la coordination des mouvements et du raffinement sensoriel en fait partie.

Le matériel de développement de la psychomotricité fine en pédagogie Montessori selon les âges

Les âges cités ci-dessous sont approximatifs car chaque enfant évolue à son rythme.

Au Nido

Du septième au quinzième/dix-huitième mois, à la condition que la station assise soit acquise, le matériel Montessori  propose des activités de coordination œil/main. Lors de ces exercices, ce sont les mouvements des yeux qui vont guider le mouvement des mains.

Dans cette ambiance, nous proposons :

  • « tiges et anneaux », il s’agit d’une tige métallique montée sur un socle en bois, soit verticale, soit coudée horizontale : les yeux de l’enfant vont devoir guider sa main  qui tient l’anneau vers la tige. Ces exercices sont très importants dans les gestes du quotidien car sans une coordination efficace, on ne pourrait pas, poser un livre sur une table, rattraper une balle, porter une cuillère à la bouche,…
  • « la boite de permanence de l’objet », avec tiroir, avec plateau
  • « les boites à formes », avec le cube, le prisme triangulaire, le cylindre gros ou fin, le prisme rectangle, la sphère
  • « les boites à encastrements », avec plusieurs cylindres….
En Communauté Enfantine

A dix-huit mois, l’enfant devient de plus en plus autonome grâce au développement de la motricité fine, il est capable d’enfiler des vêtements sans boutons et de mettre ses chaussures sans lacets.

A trois ans, l’enfant a acquis une grande souplesse au niveau du poignet et une rotation de l’avant-bras. En effet, grâce à cette acquisition l’enfant peut réaliser différentes actions comme dévisser un couvercle, manger avec sa cuillère.

L’adulte qui n’a pas encore considéré l’activité de la main enfantine comme un besoin vital, et qui n’y reconnait pas la première manifestation d’un instinct de travail, empêche l’enfant de travailler »* Marie Montessori, L’enfant, Desclée de Brouwer, 1936. Page 83.

Il est donc important de stimuler et de proposer des activités pour développer cette motricité fine. Si le parent fait à la place de l’enfant ; lui donne à manger, s’il ouvre/ferme sa veste à sa place, s’il lui ouvre sa boîte de jeu, l’habille,… alors qu’il en est capable, cela entravera le développement de la motricité mais aussi l’autonomie de l’enfant.

« Stimuler la vie, en le laissant libre de se développer, voilà le premier devoir de l’éducateur. »  Marie Montessori, L’enfant, Desclée de Brouwer, 1936. Page 83.

Dans cette ambiance, nous proposons un matériel ayant pour but de développer directement et indirectement la motricité fine avec, pour finalité, l’autonomie de l’enfant.

  • En tout premier lieu, nous présentons le matériel de vie pratique. C’est le seul matériel Montessori à ne pas être scientifique, car il change selon la culture, le groupe social et l’époque. Lié à la vie quotidienne, il permet à l’enfant de répéter ses activités à loisir. Il est conçu et présenté de telle sorte que l’enfant peut tout faire seul, ce qui est indispensable pour qu’il puisse développer sa confiance en lui. Un des buts principal du matériel de vie pratique est la coordination des mouvements et le développement de la concentration. Il affine la psychomotricité fine et mène l’enfant à l’autonomie. Nous distinguons les exercices préliminaires : ce sont les exercices de base de la vie pratique. Ils structurent l’ambiance. Exemple : Rouler/dérouler un tapis, porter une table, ranger sa chaise….
  • Puis, grâce aux différents exercices du soin de la personne ; l’enfant va développer son autonomie à travers des exercices de la vie quotidienne, l’enfant va s’occuper de lui et donc développer son estime de soi. Exemples : les cadres du soin de la personne où il va apprendre à boutonner, déboutonner, fermer une fermeture à glissière, utiliser des boutons pressions, nettoyer et cirer les chaussures, se laver les mains,…
  • Il y a encore le soin de l’ambiance : l’enfant va être amené à organiser, à entretenir son milieu afin de faire les choses de manière ordonnée, harmonieuse et autonome. Exemples : visser/dévisser les boulons, ouvrir/fermer des cadenas, ouvrir/fermer des pinces à linge, les transvasements, pincer des coquilles d’escargots,…

A travers ces exercices, l’enfant va indirectement apprendre à coordonner ses mouvements, faire un travail oculomoteur, préparer sa main à utiliser des outils et à préciser son geste, à utiliser et à muscler la prise en pince. ll va aussi être amené à contrôler son geste lors des transvasements.  Le travail visser/dévisser les boulons va lui permettre de faire des rotations du poignet. Lorsque l’enfant fait le travail rouler/dérouler un tapis, il délie son poignet et se prépare à l’écriture.

Tous ces exercices préparent l’enfant à devenir autonome dans les gestes de la vie quotidienne. Chaque difficulté est isolée sur un plateau, l’enfant peut s’exercer et répéter les mouvements tant qu’il le souhaite sans que quiconque ne pointe l’erreur ni le freine dans son expérimentation et son apprentissage.

Puis, lorsque l’enfant a pratiqué le matériel de vie pratique, nous présentons le matériel de vie sensorielle. Ce matériel permet la différenciation des dimensions, des couleurs, des formes, des structures et des surfaces et des sons, goûts et odeurs.

Les sens sont des organes de « préhension » des images du monde extérieur, nécessaire à l’intelligence, comme la main est l’organe de préhension des choses matérielles nécessaires au corps** Marie Montessori, Pédagogie scientifique tome 1, Desclée de Brouwer, 1958. Page 85.

Maria Montessori a pensé à créer du matériel qui développe les différents sens afin de faciliter la compréhension. L’enfant va donc apprendre à travers ses sens, il va s’approprier physiquement le matériel et les notions. Il aura l’occasion de reproduire des gestes grâce à sa main qui est l’outil de l’intelligence.

Exemples : les emboîtements cylindriques. Ils vont indirectement préparer à l’écriture avec l’utilisation des trois doigts de l’écriture lors de la préhension du cylindre. La boîte de tri va elle aussi travailler indirectement la coordination du mouvement, le développement de la mémoire musculaire ainsi que celui de la main de l’écriture.

Nous présenterons également un matériel de langage spécifique :

Dans cette catégorie, le travail des formes à dessin va directement préparer à l’écriture. En effet, l’enfant aura l’occasion de contourner dans le sens de l’écriture  une forme tenue par les trois doigts lors de la préhension du bouton de prise.

Conclusion

L’enfant est un être en devenir et nous devons, en tant qu’adulte responsable de son éducation et de son développement, mettre en place les moyens pour qu’il ait la possibilité d’être autonome. L’autonomie s’exerce non seulement dans ses apprentissages mais aussi dans les gestes de la vie quotidienne. Il me semble donc nécessaire de développer la motricité fine de l’enfant afin qu’il sache effectuer les tâches seul et qu’il vole de ses propres ailes. En effet, ce qui est acquis dans la toute petite enfance est acquis pour la vie.

Maria Montessori fut un grand précurseur et sa vision de l‘enfant permet encore aujourd’hui d’aider « l’enfant à faire seul » en lui permettant, en tout premier lieu, le développement de sa psychomotricité fine.

« Il ne s’agit pas d’abandonner l’enfant à lui-même pour qu’il fasse ce qu’il veut, mais de lui préparer un milieu où il puisse agir librement. »
Maria Montessori

Pauline Georges
Chargée de direction chez L’Enfant Roi Am Piesch 

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