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Juil 11, 2019

Les douces violences

Les douces violences

INTRODUCTION

Quand j’entendais parler de douces violences, c’était à chaque fois les mêmes questions qui m’interpellaient : Qui sont-elles ? Comment apparaissent-elles ? Comment se manifestent-elles ? Quelles solutions mettre en place afin de les éviter ? Et vous en avez-vous déjà entendu parler ?

Si on part de la définition de la violence, selon le Nouveau Petit Robert 2010 on peut lire que :

« – Faire violence : agir sur quelqu’un ou le faire agir contre sa volonté, en employant la force ou l’intimidation. »

« -Une violence c’est un acte par lequel s’exerce cette force. Des violences physiques, morales. »

Une douce violence est un acte portant atteinte à l’intégrité psychique de la personne et ici on parlera de celle de l’enfant. Ce sont des instants éphémères où le professionnel n’est plus dans la relation, dans l’intérêt ou dans le respect de l’enfant.

Ce sont de brefs instants où l’adulte se laisse « emporter » par un jugement, un a priori, une étiquette, un geste brusque.

Les douces violences peuvent apparaître avec les habitudes, avec la routine. Ce sont des gestes, des paroles, des regards, des attitudes que l’ont fait au quotidien qui peuvent avoir des conséquences néfastes si elles ne sont pas reconnues et si l’on ne se remet pas en question. Sans préméditation, ni volonté de faire mal à l’enfant, ces gestes, ces paroles, ces regards, ces attitudes, placeront pourtant de manière répétée l’enfant en situation d’insécurité affective.

Elles sont aussi liées à des situations que nous ne maîtrisons pas et il nous faut les éviter. Quand bien même nous nous apercevons que nous dérivons, nous devons pouvoir reprendre avec l’enfant. Nous autoriser à lui dire que nous n’aurions pas dû lui exprimer les choses de cette façon.

Les douces violences au quotidien

Les douces violences sont multiples et se manifestent de différentes façons. Voici quelques exemples que l’on peut retrouver en milieu d’accueil et qui pourraient être évités. Enlever la tétine et le doudou de façon systématique à l’arrivée de l’enfant, malgré parfois son désaccord. Il faut se demander, pourquoi l’adulte fait cela ? Par facilité, pour ne pas devoir le chercher au moment de la sieste ? Par habitude ?

Le doudou est un objet de transition pour l’enfant. Il est un véritable lien avec la maison et un moyen pour rassurer l’enfant et pour faciliter la séparation avec le parent. Dans certaines activités, il peut être préférable que l’enfant n’ait pas son doudou, mais la raison doit être expliquée à l’enfant et en aucun cas il ne doit être forcé de s’en séparer. On peut lui proposer d’installer le doudou à proximité de lui, afin qu’il soit dans son champ de vision et que l’enfant sache qu’il est là et qu’il le retrouvera après son activité s’il le désire.

Prendre un enfant dans ses bras sans l’avertir.

Imaginez-vous, adulte, les yeux fermés en attendant que quelqu’un vienne vous toucher sans savoir quand ni comment. Maria Montessori nous apporte une réponse à cette douce violence avec le premier point de son décalogue : « Ne touchez jamais l’enfant, sauf s’il vous y invite d’une manière ou d’une autre ». En effet, avant même de prendre un enfant dans les bras, que ce soit pour le changer, pour l’emmener au lit, pour l’installer à table, ou pour toute autre chose, il est primordial de l’avertir de ce que vous allez faire. Qu’il sache précisément ce qui va se passer afin qu’il puisse se préparer mentalement et qu’il montre à l’adulte son accord ou son désaccord. En effet, l’enfant n’en a peut-être pas envie à ce moment-là. Il faut l’inviter, lui proposer, en lui expliquant pourquoi vous proposez cela et non l’obliger.

Lors des repas, racler la bouche de l’enfant avec la cuillère.

Cela peut paraître anodin comme geste, c’est une pratique devenue habituelle, pourtant voilà encore un exemple de douce violence. Mettons-nous encore une fois à la place de l’enfant, quand nous mangeons, nous essuyons notre bouche avec une serviette, alors pourquoi cela devrait être différent pour l’enfant. Mais bien sûr, avant de lui essuyer la bouche avec son bavoir ou un mouchoir, il faut avertir l’enfant de notre intention. C’est un point auquel je tiens énormément. Ce geste je l’ai moi-même fait. Après avoir pris conscience de la gêne qu’il pouvait occasionner à l’enfant je me suis remise en question. Depuis, c’est un véritable travail sur moi-même que j’ai effectué. C’est là, selon Maria Montessori, une des étapes par laquelle l’éducateur doit passer, celle de la préparation intérieure.

Mettre un enfant au lit, avec un drap sur la tête.

C’est un geste qui entrave sa liberté de mouvement, qui empêche l’enfant de se mouvoir et de bouger comme il le veut. En effet ce serait aller à l’encontre de la pédagogie Montessori où la liberté de mouvement et l’autonomie sont encouragée.

Ensuite, l’enfant doit pouvoir faire la différence entre la sieste de la journée et la nuit. De plus c’est un geste qui peut avoir des conséquences bien plus grave telles que l’étouffement ou la mort subite du nourrisson.

Laisser pleurer un enfant.

Là aussi, Maria Montessori nous apporte une réponse avec le cinquième point de son décalogue : « Soyez toujours prêts à répondre à l’appel de l’enfant qui a besoin de vous, écoutez et répondez toujours à l’enfant qui a recours à vous. »

Plus on répond aux besoins de l’enfant et plus il aura un attachement sécurisé. Plus l’enfant se sentira sécurisé et en confiance et plus il s’éloignera de l’adulte pour explorer et découvrir ce qui l’entoure. Le fait de répondre aux besoins de l’enfant, lui permet également de devenir de plus en plus autonome et d’acquérir une bonne confiance et estime de lui-même.

Laisser pleurer un enfant peut donc avoir des conséquences sur l’enfant dans sa vie future.

Dans la vie de tous les jours, les douces violences peuvent donc être nombreuses et se manifester de différentes manières. Si certaines de ces pratiques semblent clairement violentes, d’autres sont plus insidieuses. Comme le fait d’appeler un enfant par un surnom. Même si cela n’est pas fait avec une mauvaise intention de l’adulte, on ne respecte pas l’identité de l’enfant.

L’importance du rôle du professionnel

N’avez-vous jamais été surpris par un enfant qui en jouant effectue des gestes qui viennent tout droit de ce qu’il a pu observer chez l’adulte. En effet, il est considéré par Maria Montessori comme un esprit absorbant, c’est-à-dire qu’il agit comme une véritable éponge. Il se construit et il évolue en absorbant tout ce qui l’entoure et donc du positif comme du négatif. Il absorbe en entier, le concret et l’abstrait.

« Le maître qui croirait pouvoir se préparer à sa mission uniquement par l’acquisition de connaissances, se tromperait : il doit avant tout, créer en lui certaines dispositions d’ordre moral […] Il nous faut insister sur la nécessité pour le maître de se préparer intérieurement ; en s’étudiant lui-même avec une constance méthodique, il faut qu’il arrive à supprimer chez lui ces défauts qui feraient obstacle au traitement de l’enfant. » (Maria Montessori, L’enfant, Paris, Desclée de Brouwer, 2016, p.97)

Selon Maria Montessori, le professionnel doit passer par une préparation intérieure.

Elle voit le développement de ce dernier comme la condition du respect de la liberté de l’enfant. Il a donc pour tâche de se remettre en question, d’analyser son comportement pour repérer ses erreurs, et les corriger. Il doit se débarrasser de ses croyances négatives sur l’éducation. Et pour développer son savoir-être, différentes étapes sont nécessaires, notamment travailler sur ses motivations, ses croyances, sa confiance en soi et l’estime de soi, sa créativité.

C’est pourquoi la conscience du professionnel est très importante. Nous sommes là pour accompagner de futures adultes, et nos pratiques au quotidien ont un véritable rôle auprès de l’enfant. En effet, ce dernier puise tout de l’adulte, le professionnel ne peut être parfait mais il peut faire en sorte d’éviter que ces douces violences ne viennent perturber systématiquement la relation avec l’enfant.

« En effet, en subissant des douces violences, l’enfant découvre un registre relationnel que l’adulte lui montre comme possible et acceptable. En vivant une contrainte, un geste inadapté, une parole blessante, il grandit avec ce qui fragilise toute estime de soi. Bien plus, il pensera pouvoir les reproduire à son tour, parce que l’adulte n’en a jamais fait état. » (Christine Schuhl, Remédier aux douces violences, Lyon, Chronique Sociale, 2011, p.18)

Dès la naissance, l’enfant a besoin d’être reconnu et d’être entendu pour exister et se sentir exister. Avec le regard rempli d’estime de l’adulte bienveillant, il prendra confiance en lui pour explorer le monde qui l’entoure. Si ce regard n’existe pas, l’enfant doutera de lui et des autres. Ce que l’adulte fait ou dit restera gravé en lui. Les douces violences fragilisent l’élaboration de la confiance en soi, de l’estime de soi. Elles mettent en péril la sécurité affective dont tout enfant a besoin pour grandir sereinement. Plus l’enfant se sentira en sécurité, affective et physique, plus son développement sera serein. Il aura envie d’explorer, de découvrir et d’apprendre.

Quelles solutions mettre en place afin de remédier aux douces violences ?

En premier lieu on peut parler du décalogue de l’éducateur crée par Maria Montessori.

Il est composé de 10 points qu’il est idéal d’atteindre afin d’accompagner le plus sereinement possible l’enfant. Il est vraiment comme une ligne de conduite à suivre, un guide au quotidien. Un objectif à atteindre, qui permettra à l’éducateur d’éviter au maximum les dérives dans sa pratique et donc les douces violences.

Des réunions d’équipes peuvent également être mises en place, avec la présence de professionnels responsables de la pédagogie ou encore un(e) psychologue si la structure d’accueil en compte un(e) parmi son équipe pédagogique.

Par professionnalisme, il faut accepter de se remettre en question. Il est important de prendre le temps de se retrouver en équipe, hors de la présence des enfants, pour effectuer des rappels sur nos différentes pratiques. Pour échanger entre professionnelles, sur les doutes, les inquiétudes, les difficultés de chacun(e) afin de travailler ensemble. Cela permet également de suivre une même ligne de conduite afin de retrouver une certaine continuité dans les pratiques auprès des enfants.

La cohésion et l’esprit d’équipe sont aussi un bon moyen pour remédier aux douces violences. Il est important de travailler ensemble et de pouvoir prendre le relais quand un(e) collègue se trouve en difficulté avec un enfant. On arrive tous avec notre histoire, nos diplômes et nos compétences, même s’il est primordial de mettre de côté ses comportements négatifs. Les professionnels doivent prendre conscience de leur fonction, de leur rôle au sein du groupe. Ils doivent également prendre conscience du besoin du soutien mutuel, de la richesse des compétences des autres.

La mise en place d’observations extérieures par un(e) responsable pédagogique et un(e) psychologue permet également de faire le point sur les attitudes des professionnels. Les formations continues permettent également aux professionnels de pouvoir apprendre régulièrement de nos nouvelles choses, d’acquérir de nouvelles compétences afin de s’améliorer constamment.

Les évaluations annuelles sont également un bon moyen pour l’adulte de faire le point sur ses pratiques afin d’évoluer. La bienveillance peut également être bénéfique face aux douces violences. C’est un moyen de communication mis en place par Marshall Rosenberg et qui utilise les principes de le communication non violente. Appelée également CNV, elle est avant tout un outil de communication qui vise à transformer les conflits pour en faire des échanges constructifs. Pour viser l’écoute de l’autre et donc de l’enfant, il est nécessaire d’être à notre propre écoute. Pour cela la communication non violente, se base sur quatre grands principes qui sont l’observation, le sentiment, le besoin et la demande.

La pratique permet de renoncer à tout jugement de l’autre pour sentir ce qui se passe en soi, tout en favorisant une collaboration mutuelle. Il faut essayer de parler à l’enfant de façon positive et de bien différencier une exigence et une requête comme par exemple remplacer le « Je veux » par « J’aimerais ». Il est préférable de dire à l’enfant : « J’aimerais que tu ranges ton activité » plutôt que « Je veux que tu ranges ton activité ».

Conclusion

Les douces violences sont donc des actes que l’on peut retrouver au quotidien dans la vie en collectivité. Elles s’insinuent petit à petit dans la vie de tous les jours en fonction des aptitudes de chaque professionnelle. Elles se manifestent de différentes façons. Si certaines apparaissent comme clairement violente d’autres sont moins flagrantes mais pas pour autant moins violentes. Différents outils s’offrent à nous afin que l’on puisse, nous adulte, être le plus juste possible pour accompagner les enfants.

Avant toutes chose, en tant que professionnel de la petite enfance, il est important de pouvoir se remettre en question car tous nos actes, même les plus anodins ont de réelles conséquences sur l’enfant. Que ce soit à court ou long terme, nous laissons une trace de nos actions chez l’enfant. L’enfant absorbe tout de l’adulte, le positif comme le négatif. C’est pourquoi il est primordial de se préparer intérieurement et extérieurement afin d’effacer toutes nos mauvaises actions afin de n’apporter que du positif à l’enfant pour qu’il puisse se construire le plus sereinement possible. Comme par exemple, Maria Montessori et son décalogue ainsi que Marshall Rosenberg, créateur de la communication non violente.

Enfin des moyens internes, au sein de la structure d’accueil, peuvent également être mis en place au niveau de l’organisation comme les réunions d’équipes pour favoriser le dialogue et la cohésion d’équipe ou encore les observations, les formations ainsi que les évaluations. Les douces violences existent mais il est tout à fait possible grâce à différents outils mis à notre disposition de les éviter et d’accompagner au mieux les enfants, de les voir grandir et s’épanouir.

Aline Fautre
Chargée de direction pour les crèches L’Enfant Roi

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