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Juil 10, 2020

L’adaptation en crèche

L’adaptation en crèche

Comment la pédagogie Montessori facilite-t-elle les adaptations en crèche ?

Introduction

J’ai souvent remarqué que la venue d’un nouvel enfant était une période délicate à vivre, autant pour les parents que pour le personnel éducatif. D’où provient ce stress et cette peur ? C’est le changement, le passage à une nouvelle étape de la vie. Confier son petit enfant à des inconnus n’est pas une chose facile pour n’importe quel parent.

Après le dur choix de la crèche, arrive l’entrée dans celle-ci. Pour qu’elle se passe au mieux, l’adaptation est une étape essentielle pour le bébé mais aussi pour les parents et l’équipe de la crèche.

On appelle une période d’adaptation la période durant laquelle l’équipe éducative va recueillir des informations sur l’enfant ; ses habitudes, son fonctionnement, son histoire de vie, son développement. C’est le moment des premiers contacts et le début d’un long processus pour apprendre à se connaître et surtout se faire confiance. Pour les éducatrices, cela va passer par beaucoup d’observations de l’enfant et de discussions avec les parents. Pour l’enfant, cela peut être une période angoissante et émotionnellement forte.

C’est mon expérience en crèche Montessori qui m’a donnée envie d’approfondir le sujet des adaptations. Ayant commencé mon travail d’éducatrice en crèche dans le secteur des tous petits, de 4 mois à 18 mois, j’ai pu assister à plusieurs séparations entre les parents et le bébé. Elles ont toujours été différentes les unes aux autres et pour moi, cela a été depuis le début,une étape à la fois redoutée mais enrichissante pour mon expérience professionnelle. Le challenge était toujours présent et nous pousse à donner de notre personne pour qu’un jour, l’enfant se sente bien dans son nouveau milieu de vie. Maintenant que je travaille auprès d’enfants plus âgés (18 mois à 3 ans) j’ai pu découvrir une autre facette des adaptations. Ainsi, j’ai pu découvrir d’autres besoins et caractéristiques de l’enfant.

Ces différentes expériences m’ont données envie de m’intéresser davantage sur la psychologie de l’enfant et à enrichir mes outils de travail afin de préparer au mieux la venue d’un enfant à la crèche.

I – Une séparation qui se joue bien en amont

a. L’attachement

Pour Bowlby, psychologue anglais père de la théorie de l’attachement, l’instinct qui conduit un bébé à rechercher sa mère n’est pas celui de l’alimentation mais plutôt un instinct de protection satisfaisant, un besoin de sécurité à travers la relation à autrui et notamment sa figure d’attachement (le plus souvent sa mère).

« La relation mère-enfant est aussi vitale pour le développement général du bébé que les vitamines ou les protéines pour le développement physique » – John Bowlby

La théorie de l’attachement est une théorie des besoins émotionnels des bébés. Quand la figure d’attachement répond aux besoins émotionnels de l’enfant, ce dernier se sent mieux et peut se calmer.

Bowlby a postulé que le système de développement de l’attachement se construit en quatre phases ; les trois premières se déroulant durant la première année de vie et la quatrième commençant autour du troisième anniversaire de l’enfant. Il est donc important de savoir qu’en fonction de l’âge auquel le bébé entre en crèche son stade d’attachement n’est pas le même.

L’enfant hiérarchise ensuite ses différentes figures d’attachement : le plus souvent, la mère et le père, puis les substituts parentaux (comme la nounou ou les éducateurs de la crèche). Il est important de savoir que cette hiérarchisation des figures d’attachement a une nécessité vitale et instinctive.

Les figures d’attachement principales se construisent dans les 9 premiers mois de la vie et chacune de ces figures est irremplaçable, spécifique et non interchangeable. L’enfant les utilise comme bases pour explorer et se tourne vers ses figures d’attachement pour du confort et du soutien. Les figures d’attachement sont comme des porte-avions pour le décollage de l’enfant. À partir de 9 mois, toute distance supérieure à celle que l’enfant peut supporter déclenchera des comportements de recherche de proximité. C’est une période dite : « sensible » durant laquelle l’enfant peut avoir une réelle peur de l’étranger.

Puis tout au long de sa vie, toutes les situations de détresse dans le monde intérieur ou extérieur de l’enfant déclencheront des comportements d’attachement. Les situations de détresse dépendent de l’environnement ou des sensations de l’enfant.

Dans la théorie de l’attachement, les caprices et le “cinéma” n’existent pas.

« Être attentif aux besoins d’un enfant ne conduit pas à faire de lui un enfant gâté, ne laissant plus ensuite sa famille en paix par ses pleurs et ses caprices, bien au contraire. » – Yvane Wiart

Mary Ainsworth a beaucoup contribué à l’apport des études de l’attachement. Elle développe la « situation étrange », une méthode de laboratoire permettant de classifier les patterns d’attachement en trois catégories :

  • L’attachement de type sécure : se reflète par l’utilisation active et la confiance de l’enfant envers la figure d’attachement pour réguler ses émotions. Avant la séparation, l’enfant explore la salle et les jouets, en gardant un œil sur son parent. Lors de la séparation, il cesse d’explorer et manifeste de la détresse. Au retour du parent, il recherche sa proximité, établi un contact physique avec lui et se console rapidement (désactivation du système d’attachement en moins de trois minutes). Il se remet ensuite à explorer.

  • L’attachement de type insécure évitant : apparaît lorsque l’enfant explore sans s’occuper de la présence ou de l’absence du parent. Il ne montre pas de signe de détresse lors de son départ. Après son retour, il ignore des tentatives d’entrée en interaction.

  • L’attachement de type insécure ambivalent : se manifeste lorsque l’enfant est anxieux dès l’entrée. Il n’explore pas les lieux, reste collé à son parent et le sollicite avec insistance. Il manifeste une très grande détresse lorsque la séparation survient. Lorsque le parent retrouve l’enfant, celui-ci résiste au contact du parent et n’est pas consolé par lui.

Ainsi, la réussite de l’adaptation se joue bien en amont. Les fondements de la sécurité affective, ce socle solide qui fera que votre bébé s’adaptera d’autant mieux à son nouvel environnement, se construisent en effet dès la naissance. Selon la réponse que l’adulte – la maman ou le papa en l’occurrence les premières semaines de vie – apporte pour répondre à ses différents besoins physiologiques – manger, dormir – et émotionnels – être rassuré, pris dans les bras, entrer en interaction avec son environnement – le bébé se sentira plus ou moins en sécurité affectivement. À l’heure de l’entrée à la crèche, ce socle affectif solide lui permettra d’aborder plus sereinement la séparation.

De plus, pour le personnel accueillant, il est important de comprendre et de reconnaître les signaux de l’enfant lié à son attachement. L’éducatrice ne doit ni les nier, ni les refouler mais travailler avec ceux-ci afin que l’enfant acquière une base de sécurité à la crèche.

B. Les émotions de l’enfant

Le cerveau

À la naissance, les zones les plus développées du cerveau sont celles contrôlant les réactions et les instincts plus primitifs. C’est ce qu’on appelle le cerveau reptilien. En revanche, le cerveau dit néocortex participe aux fonctions cognitives dites « supérieures » : conscience, langage, capacités cognitives, etc. Il permet donc la réflexion, le raisonnement, l’imagination, la résolution de problèmes, la planification, etc. Il participe au contrôle rationnel des émotions. Mais celui-ci ne sera vraiment mature qu’aux alentours de 25 ans.

Les tout-petits sont en proie plus facilement aux vives émotions dirigées par la zone appelée système limbique : accès de colère, crises de larmes, peur, angoisse de séparation, etc. Il grandit essentiellement entre le 15ème mois et les 4 à 5 ans de l’enfant ; il est bien connecté vers 6 ou 7 ans. Puis deviendra mature aux alentours de 15 ans.

Devant une situation inconnue, les tout-petits sont souvent envahis par un flux émotionnel qui se caractérise par un état émotionnel particulier comme la peur ou l’angoisse et une impulsion à agir. Dans une telle situation qui provoque une activation particulière du cerveau, les enfants ne savent pas comment se maîtriser. Il ne s’agit donc pas de caprices. C’est plutôt parce que les zones gérant les émotions, notamment certaines régions du système limbique et du cortex préfrontal, ne sont pas encore développées. Pour qu’un enfant apprenne à maîtriser ses émotions, il est donc très important de lui apporter un soutien émotionnel.

C’est ce qui se passe lors d’une séparation et lorsque l’enfant est confronté à des situations inconnues. Il a besoin du réconfort et des mots de ses parents avant la séparation pour qu’il puisse identifier ses émotions et permettre à l’enfant de gérer avec lui ceux-ci. Dès lors, on ne peut pas attendre de l’enfant qu’une adaptation se passe sans pleurs et sans vives émotions. Il n’est pas capable physiologiquement de garder en lui ce qu’il ressent. Il est donc important que les éducatrices adoptent des comportements réconfortant et bienveillants afin d’aider l’enfant à canaliser cette tempête d’émotions.

Lorsque l’enfant n’est pas reconnu dans ses émotions et qu’on lui interdit de les exprimer, il va se couper de celles-ci et se déconnecter de ses ressentis pour éviter de souffrir. Il risque alors de ne pas développer les connections cérébrales nécessaires à la maîtrise de ses émotions.

Ce sont donc deux notions psychologiques et physiologiques importantes à savoir lorsque l’on accueille un enfant en crèche afin d’adapter notre intervention en fonction de ses besoins.

Maria Montessori l’avait bien compris et c’est devenu le socle de sa pédagogie. Ainsi, en crèche Montessori, les besoins de l’enfant sont mis en avant tels que : la liberté, le mouvement et l’autonomie. De ce fait, l’éducateur est responsable de cela et doit se discipliner en adoptant une communication bienveillante et en prenant soin de son ambiance. Nous allons voir comment cela se traduit lors d’une adaptation.

II – Préparation à l’accueil d’un nouvel enfant

Maintenant que nous en connaissons un peu plus sur les enfants de manière générale, nous pouvons nous préparer à l’accueillir. Il va donc être important de mettre l’enfant en confiance, c’est la clé d’une adaptation réussie.

A.L’ambiance

Dans la pédagogie Montessori, la préparation et le soin apportés à l’ambiance sont primordiaux. Il y a donc plusieurs caractéristiques à respecter dans une ambiance Montessori ; elle doit être rangée et ordonnée, adaptée à l’enfant, esthétique. L’éducateur a donc la responsabilité de mettre en ordre son ambiance et de la rendre belle et accueillante, particulièrement au moment des adaptions.

En effet, lorsque je m’apprête à accueillir un nouvel enfant dans le groupe, je fais en sorte qu’il se sente à sa place dès sa première visite. De ce fait, je prépare en amont son espace où il pourra ranger ses biens tels que son doudou par exemple. Pour cela, nous disposons de casier dans lequel l’enfant peut placer ses affaires pour pouvoir être plus libre de ses mouvements lors de ses jeux et différents apprentissages. Je m’assure de la propreté et du rangement de son casier et y ajoute une étiquette avec son prénom afin qu’il puisse prendre des repères dès son arrivée. Avant d’entrer dans le groupe, l’enfant bénéficie également d’un espace pour mettre son manteau et ses chaussures, celui-ci est aussi nominatif. Le parent peut donc, dès les premiers jours, instaurer un rituel avec son enfant. C’est très important afin que l’enfant puisse prendre des repères qui le rassureront par la suite.

Lors des différents rendez-vous que les parents ont en amont, nous pouvons également récolter quelques premières informations sur l’enfant. Celles-ci peuvent être utilisées afin de préparer l’ambiance également.

Lors des différents rendez-vous que les parents ont en amont, nous pouvons également récolter quelques premières informations sur l’enfant. Celles-ci peuvent être utilisées afin de préparer l’ambiance également.

Je m’apprêtais à accueillir un enfant qui aimait particulièrement la musique et ses parents l’avaient spécifié lors d’un premier entretien. J’ai donc préparé, avant la venue de l’enfant, plusieurs instruments de musique disposés dans le coin doux. Lorsqu’il est entré dans le module accroché au bras de ses parents, il a tout de suite regardé en direction du petit coin que je lui avais préparé. D’abord intimidé et en recherche de sécurité, il est resté dans les bras de sa maman. J’ai ensuite proposé à la maman de s’installer avec son enfant dans le coin doux pour que l’enfant puisse explorer en toute sérénité cet environnement. Après cela, il a rapidement abandonné les bras de sa maman pour toucher et jouer de la musique et même explorer d’autres endroits dans l’ambiance.

B.Le nouvel éducateur

Maria Montessori voit le développement personnel de l’éducateur comme la condition du respect de la liberté de l’enfant. L’éducateur est un modèle pour l’enfant qui absorbe tout sans discrimination. Il doit donc soigner son attitude. Cela signifie être disponible pour l’enfant qui a besoin de l’éducateur sans être intrusif. L’éducateur est là pour guider l’enfant et établir une relation de confiance. Il doit également assister l’enfant dans son évolution et son savoir, en l’accompagnant. L’éducateur propose et n’impose pas. Il doit également faire preuve d’observation afin d’adapter sa pédagogie et donc proposer un travail individualisé. L’éducateur doit oublier toute forme d’éloge ou de sanction car l’enfant n’a pas à subir notre avis pour être vraiment libre.

Maria Montessori a dit : « Je dois être un accompagnant à la construction de l’enfant par l’enfant lui-même. Je dois observer ses besoins psychiques et lui préparer un environnement adéquat ».

Lors des adaptations, je fais en sorte d’être entièrement disponible pour l’enfant et son parent. Je choisis plutôt une pièce un peu moins fréquentée afin que l’enfant ne se sente pas envahi. Je me présente et lui présente le groupe. Je m’adresse poliment à l’enfant et à ses parents. Je me souviens d’un parent qui préférait qu’on lui serre la main par exemple. Je me positionne à hauteur de l’enfant pour entrer en contact avec lui et s’il ne le souhaite pas, je m’arrête afin de ne pas être intrusive. Je l’intègre le plus possible dans les conversations avec les parents. J’observe et j’écoute activement. Ma disponibilité et mon attitude est dépendante de ma disposition à accueillir l’enfant, c’est pour cela que ce sont deux points à organiser avant l’arrivée de l’enfant.

De plus, nous conseillons aux parents de parler avec l’enfant de son entrée à la crèche, de ses nouvelles habitudes et rituels, du changement que cela représente. Il s’agit de le prévenir et de le rassurer. De même pour les éducateurs qui, à mon sens, doivent prévenir de l’arrivée d’un nouveau camarade au reste du groupe.

En pédagogie Montessori, l’adaptation se fait par l’enfant et pour l’enfant. Il est donc important de respecter son rythme et d’adapter la période d’adaptation en fonction des besoins de l’enfant car une adaptation demande du temps et de la patience.

On néglige souvent l’importance du terme « adaptation ». Qui doit s’adapter ? L’enfant à la crèche, la crèche à l’enfant ou le professionnel à l’enfant ? Le piège est que les bébés s’adaptent aux rythmes de la crèche et non l’inverse. Ou encore : considérer qu’un enfant qui ne pleure pas a été bien adapté et un autre qui pleure ne l’est pas.

Ainsi, la durée et le processus d’adaptation doivent être discutés avec le parent en amont et seront modifiables au cours de l’adaptation en fonction de la capacité qu’à l’enfant à gérer ses émotions et donc à être consolé.

Il m’est déjà arrivé après plusieurs jours d’adaptation de constater que l’enfant se détachait peu des bras de la maman et que l’enfant ne se dirigeait pas de lui-même vers les jouets ou ne se déplaçait pas seul dans l’espace. L’enfant avait besoin du contact de sa maman pour explorer. La maman est donc restée chaque jour le temps qu’il fallait avec l’enfant pour qu’il explore l’ambiance et ses jeux avec elle. Puis une fois qu’il s’est approprié les lieux, il a pu se détacher de la maman et l’a laissé partir un peu plus sereinement.

Le rythme et la durée d’adaptation dépendent donc des besoins de chaque enfant et s’ajustent en fonction de nos observations et des discussions avec les parents.

III – Le concret d’une adaptation en crèche Montessori

« La confiance commence par le partage » Maria Montessori

Dans les crèches L’Enfant Roi, les périodes d’adaptations sont donc façonnables mais se base sur le rythme suivant :

  • Jour 1 : 1 heure. Nous accueillons l’enfant avec ses parents (ou un seul parent accompagné d’un membre de la famille par exemple). L’équipe éducative rencontre donc la famille. Nous visitons le module et prenons connaissance de son fonctionnement. Nous discutons avec le parent des habitudes de vie de l’enfant et de ses acquisitions.

  • Jour 2 : 1 heure. Le parent reste 30 minutes avec l’enfant dans l’ambiance afin de permettre à l’enfant de l’explorer sereinement. Si l’enfant est prêt, nous pouvons tenter une première séparation et continuer l’adaptation avec l’enfant seul pendant 30 minutes. Il est important de préciser que c’est toujours en fonction du besoin de l’enfant. L’enfant peut être donc prêt à vivre une séparation mais peut être qu’elle doit être plus courte que 30 minutes.

  • Jour 3 : 1 heure. Le parent peut à ce moment là simplement déposer l’enfant dans le module et faire une séparation sur le palier ou à l’entrée du module. Ainsi, cela permettra à l’enfant de comprendre que la crèche est un espace qui lui est réservé. Si l’enfant se sent bien, l’adaptation peut être prolongée sur la matinée.

  • Jour 4 : 2 à 3 heures. L’enfant prendra s’il le souhaite son premier repas à la crèche entouré de ses nouveaux camarades de jeu.

  • Jour 5 : 4 à 5 heures. Le parent dépose l’enfant dans la matinée et après le repas, l’enfant aura la possibilité de faire sa sieste à la crèche.

La deuxième semaine : les journées à la crèche sont, si possible, rallongées de jour en jour en fonction de la tolérance de l’enfant. Ainsi, l’enfant arrivera progressivement à la durée d’une journée établie dans le contrat.

Il n’y a pas un seul modèle d’adaptation car il n’y a pas un seul modèle d’enfant. Les réactions des enfants face à cette épreuve sont très variables en fonction de plusieurs facteurs. Comme nous l’avons vu plus haut avec la théorie de l’attachement, l’expression des émotions et le stade du développement de l’enfant mais aussi en fonction de son tempérament.

Celui-ci étant une partie innée de la personnalité déterminée par l’héritage génétique. Chez les bébés, il est déjà possible de distinguer différents types de tempérament. En étant d’origine génétique et le fruit de la constitution héréditaire, le tempérament est difficilement modifiable, manipulable ou changeable par les conséquences.

Les tempéraments étant multiples et variés, nous avons besoin de beaucoup d’observations de l’enfant pour les reconnaître. Le parent est donc la source la plus appropriée. Ainsi, parler en amont de certaines caractéristiques de l’enfant permet parfois d’ajuster notre approche vers l’enfant et donc qu’elle soit plus appropriée pour lui.

a. Les adaptations en crèche Montessori se basent sur trois besoins de l’enfant

Autonomie

L’enfant a besoin de faire seul et d’expérimenter par lui-même. Nous voyons souvent lors des adaptations les enfants qui explorent par eux-mêmes et qui vont manipuler les objets et jeux qui les entourent. L’espace en crèche Montessori est adapté à ce besoin et permet à l’enfant de ne pas avoir besoin de solliciter l’adulte.

Ainsi, il s’appropriera par lui-même et par son propre rythme l’espace. L’éducateur est là pour lui montrer où le matériel se range et comment il doit l’utiliser mais il ne doit pas interférer dans son usage sauf si celui-ci est dangereux. Par exemple, un enfant est libre de faire une seule activité durant ses journées d’adaptations si celle-ci lui permet de le rassurer.

Je me souviens d’un petit garçon qui adorait les petites voitures, il s’était directement intéressé au garage à voiture. Plus tard, lorsque son papa est parti, il était difficilement consolable. Ainsi, je prenais l’habitude de m’asseoir à côté de lui et de jouer aux voitures, puis, petit à petit, il s’intégrait à mon jeu. Ce jeu l’apaisait et il pouvait y jouer pendant très longtemps. Petit à petit, c’est devenu son rituel, et en entrant dans le module, il allait chercher quelques voitures pour les aligner devant lui et les contempler. Ça le rassurait.

Il arrive aussi parfois que l’enfant ait besoin de nous pour ensuite trouver une certaine autonomie. Par exemple : dans l’éducation dite classique, on confond parfois la capacité d’un « bon » accueillant avec la réussite chronométrée de certains gestes du quotidien : l’endormissement, les repas ou les changes.

En pédagogie Montessori, intégrer un bébé dans une section ne signifie pas réussir à l’endormir en le berçant en trois minutes par exemple, mais de lui permettre de trouver son rituel d’endormissement propre à la crèche. Souvent en crèche classique, on peut reprocher à l’enfant de solliciter un adulte pour la sieste. Or, l’enfant sera accompagné dans les moments de la journée pour progressivement trouver sa façon de faire.

C’est Maria Montessori qui avait cette jolie idée de dire « un professionnel fait beaucoup en début d’année pour accompagner les jeunes enfants. Puis, en fin d’année, le travail mis en place pour autonomiser l’enfant devait lui permettre de rester assis sur une chaise et de seulement parler aux élèves. »

Mouvement

L’enfant a besoin d’être libre de ses mouvements. La coordination des mouvements et les répétitions permettent à l’enfant de développer sa force, son intelligence, sa confiance en soi, sa motivation, sa persévérance et sa psychomotricité.

Lors de mon expérience au Nido qui est le groupe des enfants de 0 à 18 mois, la liberté de mouvement est mise en avant dès le plus jeune âge. Les bébés ne sont pas prisonniers dans une chaise haute ou dans un lit à barreau. Ce n’est pas toujours la méthode adoptée à la maison mais cela ne met pas pour autant l’enfant en difficulté, au contraire.

Je me souviens d’un petit garçon de 9 mois qui, les premiers temps au Nido, avait des difficultés à s’endormir. Lorsque nous détections des signes de fatigue, nous proposions à l’enfant d’aller dans le dortoir pour faire sa sieste. Il refusait, et malgré notre présence constante dans le dortoir, il ne voulait pas y entrer. Il choisissait plus tard de s’endormir dans un transat’ au sein de l’ambiance. Il a été libre de choisir ce qui lui correspondait le plus à ce moment-là, et après quelques mois, il a commencé à effectuer ses siestes dans le dortoir.

Liberté

La liberté de choix, de mouvement, de temps. C’est ici que commence le respect de l’enfant. Il en ressortira plus confiant et autonome. La liberté va de pair avec l’autodiscipline.

Le décalogue de l’éducateur rappelle bien cela notamment lorsqu’il a dit « ne touchez jamais l’enfant sauf s’il vous y invite (d’une manière ou d’une autre) ». Souvent, lorsqu’un bébé ou un enfant est triste, on a tendance à vouloir le cajoler pour l’apaiser. Or, nous sommes encore des inconnus pour lui et cela peut engendrer un effet inverse qui est de lui faire peur. Il est important d’avoir l’autorisation de l’enfant dans ces moments-là. À contrario, parler avec l’enfant et lui permettre justement d’exprimer cette émotion est parfois plus efficace qu’un câlin.

Un exemple particulier sur la liberté de mouvement s’est produit lors d’une adaptation de deux sœurs jumelles d’origine Hongroise. Elles ne comprenaient pas le français et n’acceptaient pas qu’on les touche ou même qu’on les approche de trop près. Il a été très important lors de l’adaptation de respecter cela. Nous avons demandé aux parents de nous établir une liste de mots dont nous aurions besoin pour communiquer avec elles. Nous avons, grâce à cela, pu entrer en contact. Même si les mots étaient simples, cela leurs faisaient ressentir qu’elles étaient comprises. Petit à petit, elles ont accepté de nous accompagner, en nous donnant la main, jusqu’à la salle de bain pour changer la couche. Si nous les avions forcées en les prenant dans nos bras, la relation de confiance aurait été détruite.

b. La relation avec le parent

La relation, le lien que nous créons avec le parent est tout aussi important que celui que nous créons avec l’enfant. Il doit être basé sur une confiance solide. L’enfant doit ressentir cette confiance que les parents ont envers le personnel éducatif car l’enfant est une éponge. Cela signifie qu’il s’imprègne de ce qu’il ressent autour de lui. De plus, l’enfant fonctionne par imitation. Ce sont deux facteurs qui imposent que les parents aient confiance en notre pédagogie et notre savoir-faire. Pourtant, il n’est jamais facile de confier son enfant à des inconnus.

L’inconnu fait peur mais les mots expliquent et rassurent les situations qu’on ne maîtrise pas. C’est pour cela qu’il me semble important de parler de la communication entre l’équipe éducative et la famille de l’enfant.

Il existe aussi des situations où nous devons rentrer en contact d’abord avec le parent, quand l’enfant montrera des signes de refus. Par exemple : l’enfant reste sur les jambes des parents ou près d’eux et refuse tout contact avec les personnes autour de lui. Il est probablement plus judicieux à ce moment-là d’obtenir la confiance des parents et d’établir un lien avec eux. À partir de ce lien, les signes que les parents enverront vers vous seront positifs et l’enfant, par imitation, pourra progressivement accepter notre présence.

Dans cette situation, je peux passer à un sujet qui concerne le parent : son travail et ses passions. Si je détecte de l’anxiété, je peux rassurer d’abord le parent. Je lui explique que nous ne laissons pas son enfant pleurer trop longtemps car cela génère des molécules de stress néfaste pour son cerveau. Mon but n’étant pas de traumatiser l’enfant, il est important de faire les choses progressivement et à leur rythme. Je peux donc l’appeler à tout moment si la séparation est trop difficile pour l’enfant. Mais aussi, si tout se passe bien, j’appelle le parent pour le rassurer ou lui envoie des photos de son enfant en train de jouer.

Durant une adaptation, nous constatons chaque jour un changement positif de l’enfant ; un petit pas vers le bien-être. Lors des transmissions, je pointe particulièrement l’aspect positif de la journée et ainsi, je permets aux parents d’entreprendre les journées suivantes de plus en plus positivement.

Conclusion

Il est important de garder en tête qu’une adaptation demande du temps et de la patience. L’enfant a besoin de se sentir écouté et compris. Pour comprendre l’enfant, il faut l’observer et communiquer avec lui.  Les fondements de la pédagogie Montessori apportent de fabuleux outils pour entrer en contact de manière respectueuse avec l’enfant. L’adaptation à la crèche se travaille en équipe, avec la famille et l’enfant afin que celui-ci se sente entouré face à cette épreuve. « La vie est un processus continuel d’ajustement et de réajustement. L’important, c’est que l’enfant continue de se voir comme faisant partie de la solution plutôt que du problème. » – Faber et Mazlish.

Bibliographie

Œuvres littéraires

Maria Montessori, L’enfant, Nouvelle Edition Broché, 4 avril 2018. Charlotte Poussin (traduction).

Jean Labbé, « La théorie de l’attachement »

« L’attachement, un instinct oublié »de Yvane Wiart (éditions Albin Michel)

Sites internet

https://www.lenfant-roi.lu/concept/

https://www.abc-colo.net/citationbonchezlenfant

Images

Image de l’article « Les trois cerveaux et leur rapport au stress » http://dustressauzen.com/trois-cerveaux-rapport-au-stress/

Camille Pinto
Éducatrice Principale en Communauté Enfantine

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