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Juil 11, 2017

L’éloge de la lenteur, aujourd’hui, c’est quoi ?

L’éloge de la lenteur, aujourd’hui, c’est quoi

L’éloge de la lenteur, voici un concept propre à la pédagogie de Maria Montessori. Mais un principe parmi tant d’autres…

En effet, pour comprendre cette pédagogie qui commence à émerger autour de nous de plus en plus, il ne suffit pas de se doter de matériel spécifique et de lire un ouvrage correspondant.

Il s’agit de prendre conscience qu’avant tout, bien avant de mettre quoi que ce soit de matériel en place, il est indispensable d’aller se retrouver au fond de soi-même et d’être prêt à chambouler tout ce qui nous aura construit jusqu’à présent.

En termes d’éducation, de vision de l’enfance, de la place de l’adulte, de la bienveillance, des besoins de l’enfant et de son développement. Autant de concepts différents qui résultent des observations et études menées par Maria Montessori, médecin et pédagogue qui, à son époque, a voulu aider et donner aux enfants la place qui leur est due et la reconnaissance. « La nouvelle éducation ne consiste pas seulement dans le fait de préparer un environnement adapté à l’enfant et de reconnaître en général qu’il aime le travail et l’ordre en tant que tels ; il faut aussi observer l’enfant pour détecter les manifestations de son esprit en train d’éclore. ».

Il est donc clair qu’en choisissant parmi les principes de la pédagogie Montessori celui de l’éloge de la lenteur, il m’aura fallu changer d’état d’esprit moi-même et être passée par différentes étapes qui me poussent aujourd’hui à vouloir écrire sur ce sujet.

Des étapes à la fois dans mon vécu professionnel et personnel. Le parallèle entre les deux est d’ailleurs toujours très intéressant tellement il existe de différences entre un système éducatif dit « traditionnel » et un système qui applique la pédagogie Montessori, comme sur mon lieu de travail. L’éloge de la lenteur peut d’ailleurs être totalement présente dans l’un et totalement absente dans l’autre.

« Il n’y a pas le temps »

Il n’est pas obligatoire d’être un fin connaisseur de cette pédagogie pour comprendre et se sentir concerné par ce concept. Il suffit d’observer notre monde, la société dans laquelle chaque jour nous vivons. Et d’être assez honnête pour se rendre compte que nous ne prenons plus le temps. Nos emplois du temps sont très chargés, nous poussent à devoir accélérer les choses constamment afin d’atteindre les buts fixés dans une journée. Tout est chronométré, le rythme est effréné, il n’y a pas le temps.

Force est de constater que les premiers à devoir suivre ce rythme sont nos enfants, les nôtres, ceux de notre entourage, de nos écoles, de notre ville, de notre pays… L’enfance aujourd’hui n’a également « plus le temps » parce qu’elle doit suivre le monde adulte, fonctionner en parallèle et au rythme qu’il lui dicte.

Mais cette course ne se limite pas seulement à l’organisation d’une journée, elle va beaucoup plus loin. Jusque dans ce que l’on exige des enfants dans le système scolaire. Il suffit de lire un livret de suivi d’un enfant en maternelle, pour constater qu’on attend de lui qu’il acquiert des pratiques et savoirs à la vitesse de l’éclair et qu’il sera considéré en difficulté voire en échec s’il n’atteint pas ces objectifs en temps voulu.

Alors où se situe-t-on à ce niveau ? Souhaitons-nous continuer à enlever à nos enfants la possibilité de prendre le temps ? Gardant bien à l’esprit que cela est un besoin pour eux, pouvoir passer du temps librement à s’affairer à quelque chose.

« Faire autrement »

Voyons comment la pédagogie Montessori peut nous aider à comprendre et à faire autrement.

Ce qui est assez significatif déjà, c’est que Maria Montessori elle-même a dû prendre le temps. Prendre le temps d’observer. D’observer ceux que l’on presse sans cesse aujourd’hui, les enfants. Sa pédagogie est construite à partir de tout ce qu’elle a pu apprendre dans ses observations des enfants. Elle l’exprime d’ailleurs « Plus les progrès des enfants augmentent, plus la maîtresse doit se borner à la simple observation ».

En résulte ensuite un constat très simple, pour se réaliser, prendre plaisir à travailler et en tirer un apprentissage, l’enfant a besoin d’une liberté de choix (de l’activité), de mouvements et de temps.

Respecter le rythme de l’enfant

Nous y arrivons, le temps. Comparons avec le système éducatif actuel. Plus l’enfant va prendre de l’âge plus il va être restreint en termes de temps. Du temps limité pour chaque matière enseignée, du temps limité pour répondre à une interrogation, du temps limité peu importe l’intérêt de l’élève, il y a un programme à tenir c’est comme ça.

Maria Montessori offre dans sa pédagogie du temps à l’enfant, non seulement dans le choix de son activité et les mouvements qu’il va mettre en place pour la réaliser, mais en plus elle lui permet de prendre tout le temps qui lui est nécessaire pour agir. Elle lui permet de répéter et répéter sans cesse les mouvements, l’activité-même. Egalement de faire une activité à son rythme, avec des gestes plus ou moins lents et plus ou moins précis selon les capacités de l’enfant. Et enfin de refaire à volonté la même activité, que cela dure quelques jours ou quelques mois.

L’enfant prend donc son temps pour tout : expérimenter le travail, autant de fois et de temps qu’il le veut, au rythme qu’il le souhaite et sur une durée qui n’appartient qu’à lui.

Parce que, dans ses observations, Maria Montessori a pu constater que c’est un besoin fondamental de l’enfant de prendre le temps et de faire les choses à son rythme. C’est comme cela qu’il perfectionne ses gestes et intègre un concept.

Former les adultes

Maria Montessori va même plus loin dans l’éloge de la lenteur, en formant des adultes à aller lentement eux-aussi. Une présentation d’un travail Montessori se fait avec des gestes lents, simples, précis et dénués de gestes parasites.

Pouvoir être lent de nos jours est devenu presque une liberté qui semble ne pas être accessible à tout le monde.

Combien de fois disons-nous dans une journée, à nous-mêmes ou à nos proches, « Dépêche-toi » ?

Une journaliste au Huffington Post, Rachel Macy Stafford, en a fait le constat dans son article intitulé « Le jour où j’ai cessé de dire « Dépêche-toi ». Et elle fait le même constat que Maria Montessori, quand les enfants bénéficient d’une liberté de temps, ils sont sereins, ils remplissent leur réservoir affectif et assimilent les notions expérimentées.

Moi-même j’ai pu observer chaque jour combien laisser le temps à l’enfant ne lui est que bénéfique. Cela peut paraître difficile en collectivité de permettre à chaque enfant d’évoluer à son rythme et de prendre le temps pour faire ; mais cela est possible en changeant sa vision des choses et en plaçant l’enfant au centre de nos préoccupations, pour ensuite en faire découler une organisation. Maria Montessori en parle elle-même « Il faut que l’individu adulte s’efforce de bien comprendre les besoins de l’enfant tout en apprenant à refréner son orgueil de façonneur. Il faut qu’il arrive à éduquer sa propre vie intérieure. »

La prise de conscience de l’adulte

Tout cela m’amène à constater que pour que les enfants puissent bénéficier de ce principe, « l’éloge de la lenteur », qui, résumons-le, concerne à la fois la notion de prendre le temps autant que la façon de travailler avec les enfants et l’ambiance qu’on leur offre, il est d’abord indispensable que l’adulte, lève le pied et agisse de la sorte. Nous sommes un exemple pour nos enfants, l’éloge de la lenteur doit d’abord passer par nous. « Si à l’époque où il doit marcher il n’en voit pas l’exemple, il ne pourra pas le faire correctement. » Maria Montessori.

Ce n’est qu’en étant convaincus nous-mêmes que nous arriverons à enseigner à nos enfants les bienfaits de « prendre son temps ». Qu’ils puissent non seulement en bénéficier mais aussi le transmettre par la suite.

Maria Montessori avait déjà fait le constat à l’époque qu’il existait certaines sociétés où les peuples avaient su conserver cette notion de liberté de temps laissée à l’enfant. Elle raconte son observation d’un père japonais qui, en promenade avec son enfant, lui laisse le temps de s’asseoir sur le trottoir et d’observer ce qui le longeait. Sans un mot pressant, il a attendu patiemment que son enfant soit prêt à continuer la promenade. Elle explique : « J’ai beaucoup admiré cette sagesse d’éducateur que de nombreux peuples ont déjà acquise ou ont su garder, peut-être par tradition. Nous en revanche, nous nous inquiétons seulement de ce que le futur adulte deviendra dans sa vie sociale. »

Et c’est toujours le cas aujourd’hui.

Le même exemple de promenade est aussi cité par la journaliste citée plus haut, qui décrit comment elle a empêché sa petite fille de s’émerveiller des fleurs qu’elle trouvait sur son passage, la pressant en lui disant de se dépêcher. Et de conclure : « Je ne dirai plus jamais « nous n’avons pas le temps », parce qu’en fin de compte, c’est comme si on disait « nous n’avons pas le temps de vivre ».

Maria Montessori aurait pu d’ailleurs lui répondre ce passage, qu’elle a écrit comme conseil aux mamans de l’époque « Laissez-donc vos enfants de trois ou quatre ans se laver et se déshabiller seuls, laissez-les manger seuls en prenant leur temps. Si nous étions obligés de vivre un seul jour dans les conditions que nous imposons à nos enfants, je pense que nous en serions fortement gênés. ».

Un exemple bien Montessorien

Un exemple pour illustrer cela, la célébration d’un anniversaire dans une classe de maternelle classique. Les enfants doivent se presser à « faire » le gâteau, parce qu’il faut compter le temps de cuisson… Se presser à passer aux toilettes avant la récréation, parce qu’il faut aller dehors avant dix heures…Se presser à s’habiller, parce que dix heures c’est dans deux minutes… Se presser à rentrer, même s’ils étaient en pleine exploration de petits insectes le long du tronc d’arbre, parce qu’il faut manger le gâteau maintenant, c’est l’heure… (et ne parlons même pas de la confection du-dit gâteau, « non les enfants vous ne casserez pas les œufs vous-mêmes parce que ça prend trop de temps et vous madame, allez un peu plus vite avec votre groupe, ce n’est pas grave s’il ne peuvent pas  tous mélanger l’appareil ») Vite chanter Joyeux Anniversaire parce que les bougies vont s’éteindre et ouh la la, 4 ans déjà, que le temps passe vite ! …Le temps passe vite parce qu’on ne prend pas soin de ce temps, qu’on a précisément empêché les enfants d’expérimenter eux-mêmes de faire de la pâtisserie, qu’on ne leur permet pas d’aller à leur rythme, de faire les gestes qu’ils sont en mesure de faire à leur âge.

Dans cette situation, l’anniversaire ne met pas l’enfant en avant. D’autant plus parce que la date n’est pas la vraie, les anniversaires du même mois étant regroupés et « fêtés » le même jour, c’est plus pratique et ça prend moins de temps…

Il n’y a donc rien de solennel et de particulier pour l’enfant. Rien n’est fait non plus pour que celui-ci comprenne ce qu’est un anniversaire, une année de plus qui vient de passer.

Dans la pédagogie Montessori, ce moment est respecté pour chaque enfant dans son individualité. Le jour-même, si ce jour-là l’enfant est présent dans la collectivité, il existe une véritable célébration de l’anniversaire.

Des photos de l’enfant de sa naissance à la date de son anniversaire sont disposées sur un tapis rond sur lequel sont représentées les quatre saisons. Une bougie au centre représente le soleil. Les camarades sont assis en cercle près du tapis et l’enfant concerné fait le tour du tapis avec un globe terrestre dans la main. Autant de tours qu’il a d’années. Un an c’est le temps qu’il faut à la Terre pour faire le tour du soleil. L’enfant est mis au centre et est acteur de cette mise en scène, ce qui lui permet de comprendre la notion réelle de gagner de l’âge.

De plus, il est particulièrement sollicité ce jour-là : confectionner sa couronne d’anniversaire comme il le souhaite, cuisiner lui-même ou avec ses camarades un gâteau, chanter dans les différentes langues qu’il apprend « Joyeux Anniversaire ».

Une journée entière est donc consacrée, en pédagogie Montessori, à expliquer et fêter l’anniversaire d’un enfant. Contre une matinée stressante, frustrante et impersonnelle, dans un système d’éducation classique.

En bref

Il n’y a que du positif à prendre son temps et à permettre à ceux qui feront la société de demain de le prendre aussi, afin qu’ils puissent donner une éducation future basée davantage sur les besoins de l’enfant que sur le résultat de l’enseignement.

Engageons-nous à faire l’éloge de la lenteur pour lutter contre une société qui se veut toujours plus rapide et toujours plus performante et qui finalement passe à côté des choses les plus importantes de la vie.

*Citations tirées de L’enfant dans la famille Maria Montessori.

crèche kirchberg Anne Kasperkiewicz
Chargée de Direction à L’Enfant Roi JFK

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