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Jan 28, 2020

Le mélange des âges : une action intergénérationnelle au service de l’apprentissage

Le mélange des âges : une action intergénérationnelle au service de l’apprentissage

INTRODUCTION

« L’enfant a un esprit capable d’absorber la connaissance. Il a le pouvoir de s’instruire tout seul » – Maria Montessori.

« S’instruire seul » ? Une citation et des mots lourds de sens qui m’ont amené à reconsidérer totalement les méthodes éducationnelles que j’avais pu « vénérer » jusqu’alors. À la suite de cela, je me suis posée les questions suivantes :

  • L’enfant est-il réellement capable d’apprendre seul, sans l’aide de l’adulte ?
  • Si l’enfant peut s’instruire seul, qu’en est-il lorsqu’un groupe d’enfants d’âges différents est mélangé ?
  • L’apprentissage est-il réel ?
  • Les enfants sont-ils en mesure de se transmettre des connaissances entre eux ?

Toutes ces questions aujourd’hui en suspens m’ont donné l’envie de traiter la thématique suivante : à savoir, « le mélange des âges ». J’ai, dans le cadre de mes études, eu la chance de concevoir, développer et mettre en œuvre un projet intergénérationnel de lutte contre l’exclusion et l’isolement social des personnes âgées. « Intergénération » et « mélange des âges » sont donc des termes familiers qui évoquent beaucoup pour moi. Néanmoins, le mélange des âges permet-il réellement de favoriser les connaissances et les apprentissages des enfants ?

Afin de répondre à cette problématique posée, je veillerai, dans une première partie, à développer ce concept montessorien dans sa globalité en faisant référence à divers points clés. Puis, dans une seconde et dernière partie, j’établirai un parallèle entre les faits et les actes qui gravitent autour de ce concept précurseur du monde de demain.

I. Le mélange des âges : un concept au service du développement de l’enfant ?

Au sein de structures classiques, les enfants sont regroupés par âges. Or, dans nos crèches Montessori, les enfants sont regroupés par « tranche d’âge ». Une différence qui pourrait être anodine pour certains mais qui, en réalité, assure une prise en charge plus large des âges des enfants. De plus, selon moi, il est dommage de vouloir « cloisonner » les enfants par « âge » puisque ces derniers perdent un grand intérêt à se côtoyer.

C’est pourquoi, les crèches « L’Enfant Roi » accueillent des enfants allant de l’âge de deux mois et demi à quatre ans (début de l’âge de la scolarisation obligatoire au Luxembourg), au sein de différents modules :

  • Le Nido : de deux mois et demi à environ deux ans.
  • La Communauté Enfantine : d’environ deux ans à 3 ans.
  • La Maison des Enfants : de trois à quatre ans.

Maria Montessori, grande pédagogue italienne, partait du principe qu’un enfant avait autant à apprendre et s’enrichissait davantage en côtoyant en enfant plus petit que lui, un enfant de son âge et un enfant plus grand que lui.

De fait, l’enfant apprend par sa propre activité, il est acteur de ses apprentissages et cherche à devenir autonome. Par conséquent, pour l’aider à devenir autonome, nous devons créer un environnement dans lequel il est actif, où il peut faire ses propres expériences et où il est accueilli dans son individualité et avec bienveillance. Nous devons également veiller à ce qu’il puisse bénéficier d’interactions riches et variées avec d’autres enfants ou d’autres adultes.

Cependant, que nous apprennent les recherches en psychologie enfantine à ce sujet ? Sont-elles avérées ? Le mélange des âges est-il aussi riche qu’il y parait ? 

a. Des recherches psychologiques avérées

De nombreuses recherches effectuées par de grands noms de la psychologie enfantine avancent l’idée que « le développement du cerveau évolue et se modifie en fonction des expériences vécues par l’enfant et ce, de façon particulièrement accrue pendant les six-sept premières années de la vie. » En d’autres termes, il est indispensable que les expériences vécues par les enfants dès le début de leur vie n’altèrent pas leur développement personnel et leur soif de connaissances.

Aussi, selon Céline Alvarez, « un manque d’étayage et d’exploration affame le cerveau et abîme la construction de l’intelligence sociale ». Il est donc primordial d’interagir positivement avec l’enfant en le laissant explorer le monde.

En 1947, Maria Montessori a révélé que sa méthode consistait à « donner à l’enfant la possibilité de vivre naturellement et d’exercer sa spontanéité. » Cependant, quel rôle devons-nous exercer pour permettre à l’enfant de vivre ses propres expériences sans altérer ses envies et ses capacités ?

b. Quel rôle devons-nous jouer ?

Les recherches en psychologie enfantine énoncées précédemment mettent en exergue le fait qu’un manque d’étayage et d’exploration affame le cerveau et abîme la construction de l’intelligence sociale. Il semble donc primordial d’interagir positivement avec l’enfant en le laissant explorer le monde.

C’est pourquoi les travaux présentés dans les ambiances Montessori permettent aux enfants de devenir actifs, c’est-à-dire qu’ils deviennent acteurs de leurs apprentissages. De plus, c’est en connaissant l’enfant et ses capacités que l’éducateur saura à quel moment proposer une activité. Par conséquent, la pédagogie Montessori renvoie à l’idée qu’il n’y a pas d’âge précis pour réaliser tel ou tel apprentissage puisque chaque enfant évolue à son propre rythme.

L’éducateur se doit donc d’être à l’écoute des besoins de l’enfant. Son rôle, en tant que guide et accompagnateur est de l’observer, de détecter et repérer quelle période sensible ce dernier est en train de traverser afin de lui proposer les matériaux et les activités adaptés à sa sensibilité du moment (et non parce qu’à tel âge, la norme sociale impose l’idée que l’enfant doit être en mesure de maîtriser, par exemple, la tenue du crayon entre l’index, le pouce et le majeur).

Être à l’écoute de l’enfant ne veut pas simplement dire que nous devons prêter attention aux travaux et aux gestes qu’ils réalisent. Nous devons également faire preuve de bienveillance envers lui puisque sans celle-ci, nous ne pourrons pas lui permettre de grandir dans le respect de lui-même et des autres. Selon Maria Montessori, la communication bienveillante « permet aux enfants d’aujourd’hui d’être les futurs citoyens responsables de demain et ainsi de mettre la bienveillance dans les relations, dans le quotidien, dans la vie. »

II. Le mélange des âges : point d’ancrage vers le monde de demain

a. L’enfant, un être en construction

« L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source que l’on laisse jaillir. » – Maria Montessori.

Par cette citation, Maria Montessori avance une fois encore l’idée que l’enfant apprend et appréhende le monde dans lequel il évolue, par lui-même. L’éducateur le guide et l’accompagne lors de ses différentes périodes sensibles afin qu’il acquière de nouveaux savoirs sans y être contraint. En résumé, toujours selon Maria Montessori, « le mélange des âges consolide la cohésion sociale et les apprentissages naturels. »

L’enfant est un être en construction. Alors, qu’apporte réellement le mélange des âges pour petits et grands ?

La Communauté Enfantine est un module dans lequel le mélange des âges est omniprésent. Y évoluant depuis peu de manière constante, j’ai eu la chance de pouvoir observer diverses situations durant lesquelles petits et grands se sont côtoyés et ont pu échanger autour d’une activité commune. Voici les conclusions que je peux en tirer aujourd’hui :

  • Les bénéfices pour l’enfant d’être au contact d’enfants plus « grands » que lui :

L’enfant, mis au contact d’un enfant plus âgé que lui, va bénéficier de ses connaissances. En d’autres termes, l’enfant plus « petit » va adopter une posture d’observateur. Il va ainsi s’appliquer et étudier dans les moindres détails la gestuelle adoptée par l’enfant plus âgé (lors de la réalisation d’une tâche).

J’ai pu faire ces observations grâce à une scène marquante s’étant déroulée il y a quelques semaines. Un enfant m’a sollicitée pour que je lui présente le plateau « soigner les plantes ». Après avoir réalisé la présentation de ce dernier, j’ai demandé à l’enfant s’il souhaitait le réaliser à son tour. Ayant obtenu une réponse positive, je me suis éclipsée et l’ai donc laissé réaliser son activité. Peu de temps après, en observant ce même enfant réaliser sa tâche, je me suis aperçue qu’il était également observé par un autre enfant arrivé depuis peu en Communauté Enfantine (il s’était installé à sa gauche). Ce dernier semblait observer dans les moindres détails les gestes réalisés par l’enfant soignant les plantes. J’ai été moi-même étonnée d’entendre l’enfant réalisant le soin des plantes proposer à l’enfant observateur de l’aider à nettoyer les feuilles « sales ».  

Cette scène nous prouve que l’enfant plus âgé a su, de part ses connaissances, susciter l’intérêt de l’enfant plus jeune que lui. Par conséquent, il a su lui donner envie et a eu assez confiance en lui pour le faire avancer afin qu’il essaie des choses nouvelles qu’il ne savait pas encore faire.

  • Les bénéfices pour l’enfant d’être au contact d’enfants plus « jeunes » que lui :

Ce point met en évidence le rôle de « petit éducateur » que doit jouer l’enfant plus âgé vis-à-vis des plus jeunes. En réalité, l’enfant plus âgé doit apprendre à transmettre ses savoirs. Il doit faire l’effort de retranscrire ce qu’il sait à son copain en reformulant, en essayant de trouver les mots ou les gestes justes qui lui permettront d’expliquer la tâche qu’il est en train de réaliser.

J’ai eu la chance de pouvoir assister à un échange tel que celui-ci il y a quelques semaines : comme chaque matin, je me suis rendue dans l’espace Montessori accompagnée de deux enfants afin de préparer l’ambiance (l’un étant depuis peu au sein de la Communauté Enfantine et le second depuis une année). Les enfants ont été libres de choisir l’espace qu’ils souhaitaient préparer (ces derniers ont choisi le matériel du soin de l’ambiance). L’enfant plus « âgé » s’est instinctivement mis à remplir les contenants des transvasements avec de l’eau. Le second, nouvellement arrivé, a, de prime abord, été sur la réserve, n’osant pas toucher le matériel. Le plus âgé, après avoir rempli quelques contenants, s’est retourné et a demandé au plus petit « pourquoi tu viens pas ? ». Sans réponse de la part du plus petit, l’enfant plus « âgé » s’est avancé auprès de lui, lui a pris la main et lui a dit « je te montre ». Par la suite, le plus jeune a reproduit la même tâche que l’enfant plus âgé avait auparavant réalisé.

À travers cette scène, l’enfant plus âgé a dû faire preuve de patience afin de respecter le rythme d’apprentissage de l’enfant plus jeune. Une tâche semblant difficile mais qui, au vu de cette scène, n’a pas « fait peur » à l’enfant plus âgé. De surcroît, l’enfant plus âgé a dû apprendre à « laisser faire » le plus jeune afin qu’il puisse expérimenter et faire par lui-même.

En d’autres termes, l’enfant plus âgé qui transmet ses connaissances développe sa confiance en lui, son estime de soi, son assurance et se responsabilise. Le plaisir de transmettre lui apprend également à se tourner vers les autres, à faire preuve d’empathie et à accroître sa capacité empathique en s’adaptant à la sensibilité de l’enfant plus jeune. Pour finir, je souhaiterai mettre en avant l’idée que l’enfant qui « transmet » son savoir vient consolider ses acquis puisque ce dernier se doit de reproduire la présentation et les gestes précis transmis par l’éducateur Montessori.

Je conclurai ce point en citant les propos de Françoise Dolto. Ses propos, porteurs de sens, résument parfaitement l’idée que j’ai souhaité véhiculer au travers de ce point. « Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant à un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences. »

b. Vivre et être en connexion avec le monde

Le mélange des âges induit indéniablement l’idée de « confrontation ». L’enfant grandit, évolue et se confronte quotidiennement au monde qui l’entoure. Ce dernier a tout d’abord besoin de prendre conscience de lui-même avant de cheminer vers l’indépendance. Pour ce faire, nous devons veiller à ce que l’enfant sache au mieux se définir à partir de ses ressentis, sa sensibilité et ses émotions. C’est pourquoi je travaille aujourd’hui sur l’élaboration d’un projet éducatif mettant en jeu les émotions des enfants. Un projet permettant le développement et l’expression du potentiel de chaque enfant grâce à un environnement approprié et au respect de leur personnalité.

Effectivement, vivre en connexion avec le monde peut être difficile pour un enfant. C’est la raison pour laquelle nous, éducateurs, devons amener ce dernier à mettre des mots sur ses ressentis, ses émotions. Comme dit précédemment, le mélange des âges induit forcément l’idée de « confrontation ». C’est pourquoi je tiens aujourd’hui à développer un point sur le côté « émotionnel » qu’induit le mélange des âges.

En réalité, nous n’apprenons pas aux enfants à exprimer leurs émotions puisque de fait, ils le font déjà naturellement. Par exemple, un enfant en colère va se rouler à terre, crier très fort et ceci, peu importe l’environnement dans lequel il se trouve (en public, chez lui, en crèche, etc.). Toutes les émotions qui traversent les enfants sont exprimées avec intensité et sont vécues dans leur intégralité. Par conséquent, notre rôle d’éducateur sera de laisser les enfants les exprimer. Réprimer les émotions vécues par ces derniers va les dévaloriser : par exemple, si nous réprimandons un enfant parce qu’il pleure, alors celui-ci va associer son émotion à une attitude négative en se disant « il ne faut surtout pas que je pleure, que j’exprime ma tristesse, parce que pour être un enfant fort que mes parents voudraient que je sois, il ne faut pas que je pleure ».

Un enfant est expansif, il a besoin de s’exprimer, de signifier sa présence, il a besoin de vivre ses émotions. Aussi, exprimer et libérer ses émotions est bon pour le corps, cela permet de garder le lien entre le corps et l’esprit qui sont deux éléments complémentaires. Par conséquent, il est donc bon pour la santé, l’esprit et le corps d’exprimer ses émotions et ceci, dans le but d’évoluer positivement avec les autres et au sein de notre société.

Je souhaiterai conclure ce point en avançant l’idée suivante :

« L’éducation consiste à comprendre l’enfant tel qu’il est, sans lui imposer l’image de ce que nous pensons qu’il devrait être » – Jiddu Krishnamurti.

En d’autres termes, nous ne devons donc en aucun cas nier les émotions de l’enfant mais l’accompagner à les vivre au mieux.

CONCLUSION

À travers ce dossier, j’ai pu mettre en exergue le côté « réducteur » du cloisonnement par âge tout en mettant en lumière les bénéfices apportés par le mélange des âges. Outre le fait qu’il permet un enrichissement des apprentissages et des connaissances, il favorise la collaboration, l’échange et l’émulation entre pairs. L’épanouissement physique et psychologique des enfants est essentiel si nous voulons que ces derniers évoluent positivement au sein de notre société.

Pour aller au-delà de ce travail, je souhaiterai mettre en avant une autre idée. En effet, nous savons à quel point le rôle des grands-parents est important dans la vie d’un enfant puisque de fait, les personnes âgées vont enseigner, transmettre des expériences, leurs sagesses, leurs connaissances, etc, aux plus jeunes. Alors, pourquoi ne pas développer un projet intergénérationnel faisant se rencontrer des personnes âgées et des enfants de nos crèches ? L’occasion ainsi de créer des temps de rencontres où petits et grands pourraient échanger autour d’activités communes.

Réinvestir des plateaux Montessori pourrait être la base de ce projet. Nous pourrions ainsi pousser certains de nos aînés à réinvestir des facultés sensorielles parfois enfouis, en les incitant à travailler, par exemple, avec le « sac à mystère » ou « les boîtes à étoffes. »

Il s’agirait, à terme, pour nos enfants, de développer une « culture » du bien-vivre ensemble fondée sur le respect et la tolérance en réunissant ainsi les générations qui vivent très peu les unes avec les autres afin qu’elles avancent les unes aux côtés des autres.  

Pour clore ce dossier, je souhaiterai mettre en évidence le fait que la pédagogie Montessori est une pédagogie au service du développement de l’enfant. Elle nous incite à respecter les dons naturels, l’enthousiasme et la personnalité de chaque enfant, en œuvrant ainsi pour la paix dans le monde.

« Libérer le potentiel de l’enfant et vous transformerez le monde avec lui. » – Maria Montessori

Delphine Altmeyer
Chargée de Direction

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