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Jan 15, 2019

Land art : entre art et cosmos

Land art : entre art et cosmos

Introduction

Nature et Art sont mes plus grandes passions depuis toujours. Dès que j’ai appris à marcher, la nature a été pour moi un endroit privilégié pour m’amuser, pour me ressourcer, et en même temps, c’était pour moi une école, un lieu d’observation et de connaissance. C’est mon père qui m’a transmis cette passion : la curiosité, la joie d’apprendre en observant, le souci du détail, le respect et l’admiration pour la planète sur laquelle nous habitons. Fascinée par autant de beauté, l’art ne pouvait pas me laisser indifférente : les couleurs, les différentes techniques, l’histoire de l’art, l’esthétique… Deux univers qui ont pas mal de points communs, mais qui peuvent très bien fusionner en un seul et donner ainsi vie au Land Art.

Le Land Art

Ce courant artistique contemporain, appelée aussi « Earth art », émerge vers la fin des années 1960 aux Etats-Unis. Avec ce mouvement, la nature est bien plus qu’un modèle d’inspiration ; les artistes travaillent au cœur d’elle-même. Les œuvres réalisées, véritables expériences liées au monde réel, sont souvent gigantesques, comme « Double Negative » de Michael Heizer, ou « Spiral Jetty » de Robert Smithson ; on pourrait encore citer Jean Vérame, le peintre des montagnes du Tibesti.

Bois, terre, pierres, sable, eau, rocher, etc. ont pris la place de la palette de couleurs, la nature celle de la toile et du chevalet. Quittés les ateliers et les galeries d’art, les artistes travaillent souvent dans des lieux éloignés des centres urbains, plongés dans les grands espaces ouverts. Leurs œuvres sont, par conséquence, façonnées par les éléments et transformées par l’érosion naturelle. Parfois effacées par le temps, certaines de ces œuvres éphémères peuvent encore s’observer aujourd’hui ou peuvent être contemplées grâce à leur souvenir photographique.

Entre nature et art : à la rencontre du Land Art avec les enfants

Les nombreuses tendances de « Land Art » qu’on rencontre dans l’art contemporain peuvent aussi bien être transposées sur une plus petite échelle et devenir lieu d’expérimentation et de découverte pour les autres artistes. Pour Isabelle Aubry, artiste plasticienne et pédagogue, « l’art est à la portée de tous » et surtout des enfants. Grâce à ses recherches, elle a réussi à décliner le Land Art pour qu’il puisse s’adapter à l’enfant . Dans une interview au Huffingtonpost, l’artiste explique que si elle s’intéresse autant aux enfants, c’est pour « leur spontanéité et parce qu’ils ne sont pas encore formatés. Ils ont un regard tout neuf sur les choses ». Et encore « Avec eux, on ne sait jamais à l’avance ce qu’un atelier va donner. Ils sont très sensibles aux arrangements et tout, même une petite fleur qu’ils posent, a de l’intérêt pour eux. ».

Quand j’ai commencé à travailler dans le domaine de la petite enfance, je n’avais pas encore découvert que l’on pouvait décliner le Land Art pour les enfants.

Spontanément, je guidais les petits dans l’observation et la découverte de la nature. Un beau jardin entouré par de grands arbres était notre « laboratoire à ciel ouvert » pour aller à la rencontre de la nature, de ses éléments, des plantes et des animaux. Il y avait même une petite biche et des écureuils roux qui venaient nous rendre visite de temps en temps. On pouvait observer les oiseaux et écouter leurs chants ; les enfants ont vite appris à reconnaitre la mésange charbonnière, le rouge gorge, le pic vert… La nature se montrait à nous dans toute sa beauté au fil des saisons. Un potager dans un coin du jardin nous permettait aussi de cultiver des herbes aromatiques qu’on utilisait dans les ateliers de cuisine. Toutes ces activités, ainsi que les découvertes et les apprentissages qui se rapportent aux éléments de la nature et aux êtres humains, font partie de ce que Maria Montessori appelle « Education Cosmique », concept qu’elle a développé au cours de son long cheminement de pédagogue et d’observatrice, surtout lors de son séjour en Inde . La pédagogue italienne a écrit : « La tâche de l’enseignant devient alors si simple, car au lieu de choisir ce qu’il faut apprendre à son élève, il doit tout simplement lui proposer un choix aussi vaste que possible pour rassasier son appétit intellectuel » . « Et du moment qu’il faut donner à l’enfant si généreusement, (…) offrons-lui une vision de l’univers tout entier ». Tous les éléments, organiques et inorganiques, qui interagissent dans notre univers sont les acteurs, conscients ou pas, de ce que Maria Montessori appelle le « plan cosmique ». Elle continue : « Nous marcherons ensemble sur ce chemin de la vie, car toutes les choses font partie de l’univers et sont reliées entre elles pour former un tout unique ».

De la même façon, simple et spontanée, j’accompagnais les enfants à la découverte des différentes techniques artistiques, tout en les laissant libres de faire leurs expériences. Dans les plateaux de créativité accessibles sur les étagères, il y avait toujours la possibilité de choisir plusieurs outils (pinceaux, éponges, bouchons en liège, coton-tige, pipettes, collage, découpage, modelage…) ; à côté de cela, il fallait permettre à ces petites mains, assoiffées d’expérimenter et de manipuler, de découvrir des matériaux et des supports variés. Le choix concernait aussi la posture : en alternant la peinture assis à celle debout, les enfants peuvent se développer dans le mouvement et en accord avec les principes de la motricité libre . Les enfants avaient aussi la possibilité de découvrir les œuvres des grands artistes grâce à des affiches et des livres d’art. Et très souvent, le choix tombait sur des œuvres qui ont pour thème la nature (Van Gogh, Monet, Sisley, Bruegel, Segantini, Arcimbold). Parfois, je proposais aux enfants d’utiliser des objets naturels (feuilles, pommes de pin, fleures, châtaignes, brins d’herbe), comme un pinceau et observer leurs traces sur du papier. D’autres fois, je présentais les mêmes objets comme support pour le coloriage. « La peinture, ce n’est pas copier la nature, c’est travailler avec elle ! », écrit Catherine Meurisse . Instinctivement, ce que j’essayais de faire : relier nature et art et permettre aux enfants de vivre cette expérience. Mais comment ?

Un jour, je suis tombée par hasard (y-a-t-il des hasards ?!?) sur un livre écrit à deux mains par Andreas Güthler et Kathrin Lacher et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’il y a bien un moyen de réunir ensemble l’expression créatrice des enfants et la nature : « Land Art avec les enfants » . Cela était une vraie révélation pour moi et grâce à ce livre, nous avons commencé à découvrir ensemble le Land Art, dans notre beau jardin. Du coup, les petites pierres, les feuilles, les graines, les bâtons, les fleurs, la neige, le sable, les plumes sont devenus des trésors encore plus précieux qu’avant. Au début, il s’agissait d’œuvres plutôt collectives mais petit à petit, les enfants ont créé leurs réalisations par petits groupes et par la suite de façon individuelle. Une montagne avec des feuilles mortes, une chenille avec des cailloux, un labyrinthe avec des glands. Les enfants n’ont pas seulement donné libre cours à leur créativité, mais ils ont aussi observé, comparé, classé, trié et moi avec eux. La nature nous inspirait à chaque saison avec la beauté de ses formes et de ses couleurs et en même temps elle se livrait à nous. « La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. » a écrit Saint- Exupéry.

Plus les enfants s’intéressaient à cette pratique artistique, plus il était évident que la Pédagogie Montessori et le Land Art étaient étroitement liés. En effet, cette pédagogie favorise particulièrement la créativité, la flexibilité mentale, la concentration : et savez-vous ce qu’ont en commun Seguel Brin et Larry Page (fondateurs de Google), Jeff Bezos (PDG d’Amazon) et Jimmy Wales (créateur de Wikipédia) ? Tous les quatre ont fréquenté l’école Montessori. Preuve que cette pédagogie encourage un réel amour pour l’apprentissage qui dure toute la vie.

La pratique du Land Art proposé aux enfants et ses enjeux pédagogiques

Mais voyons maintenant de plus près quelles sont les caractéristiques du Land Art proposées aux enfants et pourquoi cette pratique se rapproche autant de la pédagogie Montessori.
Le Land Art est avant tout l’art de l’exploration. Explorer des endroits intéressants, observer les éléments qu’on y trouve, donner libre cours à sa propre créativité et tout simplement s’amuser ! Quand nous avons trouvé quelque chose d’intéressant, des éléments qui nous parlent, alors nous sommes prêts pour rassembler le matériel. Collecter les éléments nous permet d’observer en même temps la nature, ses couleurs, ses formes, les animaux, les détails. Et s’il nous arrive d’avoir juste envie d’explorer un endroit sans rien ramasser, c’est bien aussi, car la phase de l’exploration est la partie la plus importante du Land Art.

Maintenant que nous sommes bien réceptifs, c’est le moment de chercher un endroit, un recoin à nous. Le choix de l’emplacement pour réaliser une œuvre est aussi important que la collecte des éléments et l’acte de créer. Une fois notre espace trouvé, c’est le moment de s’installer et de laisser notre imagination faire le reste. Mais quoi faire ? Et comment procéder pour réaliser notre œuvre ? Il y a tellement de possibilités : spirales, cercles, visage, figures et bien d’autres. Etudier dans le détail les éléments récoltés, leur forme, structure, couleur pourrait être source d’inspiration. Nous pouvons décider de faire un choix chromatique et de nous laisser guider par les couleurs ; nous pouvons aussi bien nous inspirer par les différentes formes : la ligne droite d’un rameau, la forme en cœur d’une feuille ou bien la spirale d’une coquille d’escargot. Il faut suivre son imagination et son instinct : il n’y a pas de règles dans le Land Art ! Une fois terminé, prenons le temps de regarder ce que nous venons de réaliser. Une pratique courante est de prendre en photo nôtre création pour l’immortaliser. Ceci car les œuvres du land Art sont, par définition, des réalisations éphémères, faites pour être contemplées là où elles ont vu le jour. Prendre des photos reste un choix individuel, car la partie la plus importante, ce qui compte vraiment, c’est le processus créatif. Dans mon expérience en tant qu’éducatrice et maman, j’ai remarqué que les enfants n’ont pas besoin d’avoir une photo de leur création : ils l’ont réalisée, c’est ce qui compte pour eux. Parfois, ils détruisent même leur œuvre juste après l’avoir terminée et d’autre fois, ils en gardent juste un élément, un petit trésor. C’est nous, les adultes, qui nous focalisons plus sur le résultat, et nous oublions que le plaisir le plus important est celui de créer.

Que nous reste-t-il de cette aventure ? Nous avons passé du temps dehors, nous avons bougé, exploré un endroit, admiré les couleurs et les formes dont la nature nous a fait cadeau. Nous avons observé les arbres, les plantes, les pierres, les animaux, les insectes, les oiseaux… Nous avons réalisé des sculptures éphémères et, surtout, appris par l’observation de la nature, découvert un peu plus l’endroit magnifique où nous habitons.

Le Land art est de plus en plus populaire un peu partout dans le monde et implique les enfants aussi bien que les adultes : il n’y a pas d’âge pour prendre part à cette expérience créative et pour y prendre plaisir.

Land Art et Pédagogie Montessori : entre Éducation Artistique et Éducation Cosmique

C’est évident qu’il y a beaucoup d’aspects en commun entre la pédagogie Montessori et le Land Art. Nous pensons, par exemple, au rôle qu’y jouent les sens. Les sens sont pour l’enfant des capteurs qui lui permettent de connaitre le monde : il a besoin d’expérimenter, de manipuler de façon concrète, à l’aide de son corps et de ses 5 sens. Dans l’expérience artistique proposée dans le cadre du Land Art, l’enfant doit justement faire confiance à ses sens pour choisir le matériel, pour le collecter, pour l’utiliser. Le lieu choisi est riche en stimuli sensoriel qui titillent la réceptivité de l’enfant. Dans les deux cas, l’importance de l’ambiance est fondamentale. Il y a une interaction constante entre l’ambiance et l’enfant, qui se met en place à travers le mouvement, la liberté et l’autonomie, les trois besoins fondamentaux de l’enfant selon la pédagogie Montessori. La pédagogue italienne en parlant de l’enfant et de l’exploration a écrit : « L’instinct de se mouvoir dans son milieu, en passant d’une découverte à l’autre, fait partie de sa nature même et de l’éducation : l’éducation doit considérer l’enfant qui se promène comme un explorateur » . Et si on parle d’un cadre esthétiquement plaisant, quoi de mieux que la nature pour être entouré de beauté ?

Dans les deux cas, c’est l’enfant qui fait le choix des matériaux à manipuler et il peut les découvrir en toute liberté, car tout se trouve à sa hauteur, prêt pour imprimer ses sens et répondre à son besoin d’expérimentation. Il est indéniable que l’environnement revêt une importance capitale : « si l’enfant est poussé par le désir de conquête du milieu, il est clair que ce milieu exercera sur lui une attraction ».

L’adulte est à côté de l’enfant pour l’accompagner, mais c’est l’enfant qui explore, qui découvre et choisi le matériel, qui exprime sa créativité. Le rôle de l’adulte est de guider l’enfant, tout en lui permettant de faire ses expériences en autonomie, attiré par ce qui éveille sa curiosité et captive son attention. L’enfant est l’acteur de ses agissements et de ses découvertes. Dans le Land Art, il n’y a pas de « juste » ou « faux » ; il s’agit d’expérimenter, tout en respectant ce qu’on a dans les mains et ce qui nous entoure. Encore une fois, nous voyons bien le lien avec la Pédagogie Montessori : l’importance de la manipulation, du respect du matériel, de l’ambiance et des autres. Les enfants, depuis leur plus jeune âge, pourront aussi devenir sensibles et respectueux de notre planète et être engagés dans sa préservation. Si nous réfléchissons au concept montessorien de « Grâce et courtoisie » et à l’idée du respect qui en découle, nous pouvons facilement le transposer et l’appliquer aussi à la nature et à ses éléments.

L’adulte permet à l’enfant de procéder à son rythme dans la découverte de la nature, le laisser libre de choisir les matériaux, l’emplacement, la création à réaliser et le temps qu’il veut accorder à chacune de ces phases. Encore une fois, nous retrouvons beaucoup de points en commun avec la Pédagogie Montessori.

Dans sa quête du matériel, l’enfant découvre son environnement et apprend à le respecter et à en prendre soin. De cette manière, l’enfant peut se construire en interaction avec les rythmes de la nature, de ses éléments et des autres êtres vivants et devenir un adulte conscient et respectueux de l’environnement et de la planète. C’est tout à fait le même concept qu’on retrouve dans l’idée de Maria Montessori d’« Éducation Cosmique », dans l’idée de « Plan cosmique, dans lequel tout élément, consciemment ou inconsciemment, contribue au grand objectif de la vie».

En se promenant dans une forêt ou en marchant sur la place, qui n’a jamais fait l’expérience de la beauté du silence ? Toutefois, dans la vie de tous les jours, saturée par le bruit, cette pratique est de moins en moins cultivée. Chaque individu, grand ou petit, a besoin du silence pour se reposer, se régénérer, réfléchir, se concentrer et comprendre. De plus, cette expérience permet d’apprendre à se reconnecter avec soi-même, avec les autres et à (re)découvrir le plaisir d’écouter. Et là, encore une fois, nous retrouvons un lien profond avec la pédagogie Montessori : l’expérimentation du silence et les exercices aptes à le reproduire . Grâce à la « leçon de silence » Maria Montessori permet aux enfants de découvrir le silence et toute sa puissance, sans qu’il soit imposé. La pédagogue italienne écrit « Le silence était une vraie révélation. Je n’avais jamais pensé que les petits enfants pourraient autant aimer et recevoir si simplement cette chose aussi mystérieuse » . Elle se rend vite compte que quand les enfants arrivent à associer la sensibilité pour le bruit à l’amour pour le silence, « tout ce qu’ils feront sera réalisé sans bruit. Ils en tireront alors un grand profit » . De son côté, le Land Art donne la possibilité aux petits artistes de plonger naturellement dans le silence, de l’expérimenter et grâce à ça, libérer toute leur créativité. En harmonie avec la nature, loin du bruit assourdissant et chaotique de la ville, l’enfant peut découvrir et comprendre la valeur et l’éloquence du silence. Il apprend à écouter et à reconnaitre les sons de la nature : le cliquetis de la pluie, le sifflement du vent, le clapotis des vagues, le murmure de ruisseau, le bruissement des feuilles, le chant des oiseaux… En même temps, l’enfant développe la concentration, la compréhension, perfectionne sa capacité à écouter, apprend le respect et apprécie le calme. Maria Montessori dit que souvent, le silence « nous apporte la connaissance, dont nous n’avions pas pris conscience, que nous possédons en nous-mêmes une vie intérieure » . C’est donc dans le silence que le petit artiste rentre en contact avec sa créativité et la met en œuvre. L’expérience du silence favorise la quiétude, et donc l’équilibre, qui permet à l’enfant de faire face à la vie et de grandir avec sérénité et dans la paix, concept très cher à la « dottoressa ».

Conclusion

En conclusion, nous pouvons dire que le Land Art répond au véritable besoin de l’enfant de connaitre et d’expérimenter le monde qui le fascine autant. Guidé par l’adulte qui doit savoir nourrir et éveiller son intérêt, sa capacité d’émerveillement et sa réflexion, l’enfant découvre la nature et développe sa créativité tout en s’amusant.

Et je me revois petite fille, en train de jouer dans les champs, je repense aux enfants dans le jardin de la crèche ; à mon fils dans la forêt et je me dis que « chaque enfant est un artiste. Le problème, c’est de rester un artiste lorsqu’on grandit ».

Laura Tarenghi
Formatrice en pédagogie Montessori

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