Your browser does not support JavaScript! La relaxation - Association Montessori Luxembourg
Association Montessori Luxembourg
Loading
Sep 27, 2017

La relaxation

La relaxation

Venant d’un milieu théâtral, j’ai, pendant de longues années (et de façon quotidienne), pratiqué la relaxation d’abord sur moi-même puis sur les différents groupes d’enfants avec lesquels j’ai eu la chance de travailler. Ce besoin de la relaxation, pour chacun et de façon individuelle, est, pour moi, un besoin fondamental.

En effet, nous vivons actuellement dans un monde dont l’accélération perpétuelle nous emporte dans des cadences de vie sans cesse plus rapides, et dont chacune nous éloigne, je pense, un peu plus de notre rythme biologique interne. L’urgence, chaque jour, de voir, de savoir, de comprendre, de faire, de réussir et d’endosser ainsi non pas un mais plusieurs rôles successifs met, chaque jour, notre corps et notre esprit à rude épreuve.

Les enfants, dès leur plus jeune âge, sont, eux aussi, confrontés aux multiples pressions de ce monde moderne. Certes, à leur échelle mais avec des conséquences beaucoup plus dommageables car, comme toutes les études le démontrent c’est « dans les premières années de vie que se posent les fondements de l’équilibre et de l’harmonie du chemin à venir ». Très vite, l’enfant sera en mesure de prendre conscience du monde qui l’entoure.

Tout cela, Maria MONTESSORI nous le dit très bien lorsqu’elle dit que « l’enfant est comme une éponge » : il va ainsi être influencé par toutes sortes d’énergies, d’influences comportementales qui vont, peu à peu, contribuer à modeler sa future personnalité. Cet être « tout neuf », naturellement en état de réceptivité totale, va sentir et percevoir les tensions, les fatigues, les irritations, les chutes ou excès d’énergie de son entourage proche, de ses parents, frères, sœurs… Il va ainsi être emporté dans ce « tourbillon » des demandes et des urgences quotidiennes.

Il est alors important, voire primordial, de donner au corps et aux sensations une place essentielle afin que l’enfant apprenne à se connaitre et puisse « faire face » à tout ce « tourbillon extérieur ». C’est en cela, à mon sens, que la relaxation va pouvoir « aider » l’enfant

Qu’est-ce que la relaxation et comment peut-elle ainsi « venir en aide » à l’enfant à travers la pédagogie Montessori ?

Il ne s’agit pas d’une activité en plus. La relaxation permet tout d’abord un repos intérieur et d’être pleinement avec soi-même (puis, plus tard, avec les autres).

C’est « apprendre à savourer et à être dans l’instant présent »

Elle permet également à l’enfant de se poser. Elle offre un espace de calme et d’apaisement qu’il est, de nos jours, difficile de trouver ailleurs. Il est important que l’enfant soit dans les meilleures conditions extérieures possibles (calme, sécurité…) afin que son « intérieur » se sente bien.

La pédagogie Montessori ne nous offre-t-elle pas de la même façon un cadre de calme ?

De par ses ambiances qui se veulent préparées, propres et calmes tout d’abord afin d’offrir à l’enfant un espace rassurant. L’ordre correspond d’ailleurs à une des périodes sensibles chez l’enfant (selon Maria Montessori, grâce à ces temps forts, l’enfant dispose de potentiels particuliers qui lui permettent de faire naître des caractéristiques humaines naturellement. Ces périodes sont des phases d’acquisition et de construction).

Lors de cette période sensible de l’ordre, l’enfant est fortement sensible à l’ordre extérieur dès sa naissance dans le but de comprendre son environnement et lui donner un sens. L’enfant classe, donne une fonction, une destination et un emplacement à chaque chose et à chaque personne dans le temps et l’espace. Un environnement ordonné aide l’enfant à construire sa pensée et sa compréhension de monde. L’ordre est alors pour lui un facteur sécurisant qui l’aide à installer ses repères.

L’ordre extérieur engendre ainsi le calme et la concentration. Il favorise un sentiment de paix et de détente. Cet ordre extérieur que nous retrouvons dans chacune de nos ambiances contribue ainsi à la construction de l’ordre intérieur de l’enfant, tout comme la relaxation peut le faire.

La relaxation aide aussi l’enfant à reconnaitre ses émotions.

Lorsque les émotions ne sont pas « travaillées », « utilisées » dès le plus jeune âge, l’enfant ne sait pas faire le tri dans ses émotions : il assimile alors ce qu’il ressent à ce qu’il est, ce qui peut rapidement, plus tard, entraîner de la détresse ou de la surexcitation.

La pratique de la relaxation va lui donner des outils qui lui permettront d’identifier ses émotions et ainsi, de mieux affronter ce qui lui arrive.

Si nous reprenons les quatre étapes de la construction des émotions de l’enfant selon Maria Montessori : l’enfant est d’abord capable, dès son plus jeune âge, de reconnaitre une émotion par la voix et/ou par un visage. Il peut ensuite, plus tard, déterminer l’émotion et la nommer. Il sera ensuite capable de reconnaitre la situation qui a provoqué cette émotion et il est ainsi possible pour lui, petit-à-petit, de faire des liens entre ce qui cause l’émotion et les conséquences possibles.

Avec une meilleure connaissance de son corps, la relaxation va aider l’enfant, petit-à-petit, à son rythme, dans la construction de ses émotions.

La relaxation va également permettre à l’enfant de s’ouvrir aux autres.

« Découvrir son corps par le mouvement pour entrer en relation avec les autres » : l’enfant prend naturellement toutes sortes de positions, il utilise naturellement son corps comme instrument de communication avec les autres, le monde qui l’entoure et lui-même.

Son attitude physique manifeste ce qu’il vit : son état intérieur détermine sa posture corporelle et, réciproquement, la manière dont il se tient et dont il vit son corps agit sur l’état intérieur et influence sa communication avec le monde.

Si l’enfant garde naturellement une position ouverte ou fermée, cela a un sens, de même si l’enfant n’arrive pas à prendre telle ou telle position, cela a également un sens mais notre approche corporelle n’aura pas pour but de connaitre la raison de cette attitude mais plutôt de libérer la mobilité corporelle de l’enfant. C’est exactement à ce moment-là que la relaxation va intervenir.

« S’appuyer sur ses ressources intérieures permet aux enfants de développer leur confiance en eux. Ils découvrent qu’ils peuvent compter sur leurs capacités en se reliant à eux-mêmes », observe la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Une première étape pour s’ouvrir aux autres, sans avoir peur.

Dans sa pédagogie, Maria Montessori met également en avant cette « confiance en soi » afin de s’ouvrir progressivement aux autres. Le pilier de cette confiance en soi c’est sa sécurité intérieure que l’enfant va d’abord construire (jusqu’à 2 ans). Sans cela, l’enfant ne pourra pas avoir confiance en lui.

Plus tard, pour garder cette sécurité intérieure, l’enfant va avoir besoin d’être porté, qu’on soit attentif à lui, qu’on le « nourrisse » et lui donne ce dont il a besoin. Un des enjeux de la pédagogie Montessori : si les rythmes de l’enfant, ses besoins et ses intérêts sont respectés, il abordera les nouvelles connaissances avec confiance.

C’est de cette « relation d’amour », de respect que l’enfant va construire sa sécurité intérieure.

Et, cette sécurité intérieure, l’enfant peut, très tôt, la trouver à travers la relaxation, le retour sur lui-même : un besoin vital qui lui permettra d’instaurer au plus tôt un équilibre essentiel à son développement.

La relaxation va enfin être propice à la concentration.

« Lâcher l’agitation quelques minutes par jour renforce la capacité de concentration » approuve le psychiatre Patrick Lemoine (auteur de « s’ennuyer, quel bonheur ! » Armand Colin, 2007).

En effet, dans notre monde moderne toujours en effervescence, fixer son attention est bénéfique. Lors d’exercices de relaxation, l’enfant va s’attarder sur certaines parties de son corps, et essayer de les visualiser par exemple.

Lors des exercices de visualisation également, l’enfant va devoir faire intervenir tous ses sens (en étant attentif à chacun d’entre eux) afin de se créer des images mentales (images de bien-être : lieu connu ou imaginaire selon le besoin de chacun).

Emissivité et réceptivité

Nous l’avons dit : l’importance est de donner une place essentielle au corps et aux sensations. Je partirai d’une petite histoire pour l’expliquer : L’histoire du mille-pattes.

“ il était une fois un mille-pattes qui marchait tranquillement. Au détour d’un chemin, il croise une araignée qui lui demande :
« Mille-pattes, dis-moi, comment fais-tu pour être à l’aise et ne pas t’embrouiller dans toutes tes pattes lorsque tu marches ? »
Le mille-pattes, perplexe, s’arrête, étonné de la question. Il réfléchit et, lorsqu’il redémarre, c’est un enchevêtrement incroyable dans ses pattes… “

La présence à soi-même par le ressenti est le début de la maturité. Lorsque l’éducation favorise l’écoute, l’accueil et la réceptivité, l’enfant retrouve sa capacité à :

  • Vivre pleinement l’instant présent,
  • choisir ce qui est bon pour lui,
  • expérimenter son corps,
  • se relier au monde.

Nous vivons dans un monde émissif, c’est-à-dire que nous cherchons toujours à nommer ou à reconnaitre avant de sentir ou de découvrir par les sens. L’émissivité est du domaine de la pensée, la réceptivité du domaine de la sensation.

Un exemple : avec un enfant de 5 ans, si je lui pose un objet dans la main (l’enfant a les yeux fermés), il va immédiatement essayer de chercher de quoi il s’agit « c’est un…stylo ». C’est ici l’émissivité qui va « intervenir ».

La réceptivité consiste à accueillir pour elle-même la sensation : dans cet exemple, l’enfant aurait alors pu dire : « c’est dur, froid, j’ai des frissons dans le haut du dos parceque c’est froid … » Il en est de même pour : manger en sentant le goût des aliments, marcher en percevant le mouvement du pied, de la jambe etc…

Lors d’une relaxation pendant laquelle j’ai réalisé des massages avec quelques enfants, ces derniers se passaient différents objets sur les parties de leur corps (que nous nommions dès qu’ils en éprouvaient le besoin) tout en verbalisant les sensations alors éprouvées : un rouleau de massage ne procure pas la même sensation qu’une balle en mousse… Se masser sur le pied ne procure peut-être pas non plus la même sensation que le massage du visage ou du bras…

L’objectif ici est de sentir les différentes parties de son corps tout en ressentant les sensations de l’objet (si sensations il y a). L’enfant est réellement ici dans l’accueil des sensations. Nous pouvons ainsi, dès le plus jeune âge de l’enfant, faire en sorte que ce soit la réceptivité qui domine et non l’émissivité, sur laquelle se fonde pourtant une grande part de l’éducation de nos enfants actuellement.

L’importance du rôle de l’adulte pour instaurer ce calme extérieur puis intérieur

Le rôle de l’adulte est ici très important, primordial même. Le 1er point du décalogue de l’éducateur est d’ailleurs : « mettez toute votre énergie dans la préparation du milieu, prenez en soin régulièrement d’une façon méticuleuse. »

L’adulte va ici avoir un rôle d’observateur, afin de de savoir où en est l’enfant dans son évolution mais également où il en est à un moment précis (et afin de reconnaitre et comprendre la période sensible de l’enfant dont nous avons parlé plus haut). L’adulte ne doit en aucun cas interrompre la concentration de l’enfant, et apprendre ainsi à savoir si il doit intervenir ou non : « toute aide inutile est une entrave au développement de l’enfant » nous dit Maria Montessori.

« Une concentration non interrompue permettra à l’enfant de se normaliser et d’atteindre une discipline intérieure. Cette discipline sera d’autant plus favorisée que l’enfant sera libre de ses choix et de ses actions au sein de l’ambiance. »

Pour la relaxation, le rôle de l’adulte va être identique : observer, lors de chaque exercice, ce que l’enfant propose et continuer dans le sens de chacun, de façon individuelle, selon ses demandes (si demandes il y a) et ses besoins.

De même, l’adulte va devoir adapter le matériel proposé selon l’âge ou les besoins, à nouveau, de l’enfant. Par exemple : nous utiliserons des plumes avec des plus petits afin de travailler le souffle et l’air (besoin de savoir qu’il existe et circule dans leur corps) mais nous prendrons une bougie -par exemple- pour le même travail chez les plus grands car leur besoin de « visualisation » de l’air et de son chemin lorsqu’il circule dans leur corps sera alors plus visible avec cet objet (de plus, l’intensité de l’air, la force avec laquelle les enfants l’expirent sera alors également présente et visible).

Les limites de la relaxation ?

Un jeune enfant, encore en cours de développement neurologique et sans « expérience », ne possède pas la connaissance de son corps ni cette image de soi nécessaire à l’exploration puis à la maîtrise de ses capacités essentielles à la relaxation.

Cette « limite de l’âge » ne va pas « empêcher » la relaxation mais il faudra toujours bien veiller à utiliser un vocabulaire adapté mais également veiller à limiter les exercices dans le temps afin de conserver l’attention de l’enfant et éviter de le lasser.

Pour certains enfants, quelques peurs peuvent être persistantes, comme la peur du noir lorsqu’ils ferment les yeux. C’est alors à nous d’amener la relaxation de façon ludique, avec du matériel par exemple (pour les plus jeunes), de la musique, des bruits, une voix…afin de créer des moments uniques.

Notre action sera donc d’aider l’enfant dans son apprentissage par la découverte de son corps et des sensations qu’il procure. Par la suite, l’acquisition étant progressive, l’enfant pourra continuer à affiner ces perceptions jusqu’à développer toutes les capacités de la relaxation. N’oublions pas que la motivation de l’enfant est intérieure, l’enfant travaille pour grandir.

Pour conclure

La relaxation est un art, qui rejoint en de nombreux points les enjeux de la pédagogie Montessori, l’art de maitriser son corps et son esprit. Or, est-ce que les apprentissages de Maria Montessori ne passent pas également tous par le corps afin que l’enfant les ressentent, les vivent et les intègrent de façon concrète ?

La relaxation est un équilibre essentiel au développement de l’enfant qui, non seulement l’aidera à grandir et à se développer mais lui servira aussi de fondement pour le reste de sa vie en lui garantissant de devenir un adulte épanoui et conscient de ses propres ressources pour avancer dans la vie.

Il s’agit d’un outil moderne, accessible à tous et d’une remarquable efficacité…notamment quand il est utilisé dès le plus jeune âge de l’enfant.

Caroline MARIO
Chargée d’affaires pour les crèches L’Enfant Roi

 

Partagez votre intérêt !