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Fév 25, 2020

La pédagogie Montessori et l’estime de soi

La pédagogie Montessori et l’estime de soi

Introduction

Lorsque j’ai dû choisir un thème à aborder en lien avec la pédagogie de Maria Montessori, je me suis demandé quelle était la finalité de cette pédagogie. Il était évident pour moi que cette pédagogie vise à proposer une multitude d’opportunités à chaque enfant pour expérimenter ce qui fait le monde. Afin de comprendre à quoi aboutit la mise en place de cette pédagogie auprès de l’enfant, je me suis intéressé à ses besoins. J’ai ensuite recherché les besoins fondamentaux que pouvaient avoir les adultes. En les mettant en corrélation, je me suis aperçu que l’enfant naît vulnérable et dépendant de l’adulte. C’est pourquoi il revient à l’adulte de faire en sorte qu’il puisse s’éveiller, grandir, et se développer harmonieusement, notamment au niveau de l’estime de soi. Afin d’y parvenir, l’adulte doit répondre à ces besoins. Je me demande donc si la pédagogie de Maria Montessori permet d’y répondre, et, si c’est le cas, dans quelle mesure elle y parvient et qu’est ce que cela apporte à l’enfant.

C’est en m’intéressant également aux besoins humains en général que j’en suis venu à l’hypothèse suivante : le fait de répondre à tous les besoins de l’enfant permet son épanouissement et son bonheur pour sa vie future. Plusieurs fois, dans les recherches que j’ai menées, l’estime de soi constituait un élément important pour atteindre ce but. C’est un concept qui me paraît abstrait. J’ai donc décidé de travailler sur ce thème.

Ayant grandi dans un système scolaire traditionnel et ayant été éduquée tout aussi traditionnellement, je me questionne sur l’intérêt d’éduquer les enfants selon Maria Montessori. Dans mon cursus scolaire, j’ai souvent ressenti ce manque d’estime de soi et j’ai souvent dû travailler sur ce point pour pouvoir m’améliorer. Est ce que la pédagogie de Maria Montessori permettrait aux enfants d’éviter ce genre de difficultés ? En d’autres termes, est-ce que cette pédagogie favorise l’estime de soi ?

Je commencerai par développer la signification du concept d’ « estime de soi » en développant en premier les concepts qui s’y rattachent. Je chercherai ensuite à montrer en quoi la pédagogie de Maria Montessori favorise l’estime de soi. Enfin, je tenterai d’expliquer par quels moyens elle favorise l’estime de soi.

Les concepts se rattachant à celui « d’estime de soi »

Quand nous cherchons une définition de ce qu’est l’estime de soi, plusieurs notions s’y rattachent. C’est notamment le cas des notions de « l’amour de soi », de « la vision de soi » et de « la confiance en soi ».

L’amour de soi

L’amour de soi nait de l’attachement qu’un enfant peut avoir avec sa figure d’attachement principale. Il existe plusieurs types d’attachements.

Mary Ainsworth a mis en évidence différents types de patterns de réactions de l’enfant à la séparation et aux retrouvailles d’avec leur figure d’attachement.

  • Le premier s’appelle « l’attachement sécure ». Ici les besoins d’attachement sont clairement exprimés par l’enfant en protestant lors de la séparation. Cependant, lors des retrouvailles, l’enfant va montrer un plaisir à retrouver sa figure d’attachement. Il va d’ailleurs même pouvoir retourner jouer tout en s’assurant de sa proximité.

  • Le second type d’attachement est appelé « attachement insécure ». Dans ce type d’attachement, l’environnement ne répond pas de façon adaptée au besoin d’attachement de l’enfant. Il apporte tout de même un sentiment de protection à l’enfant. Toutefois l’enfant va devoir user de stratégies d’adaptation pour satisfaire ses propres besoins que son entourage ne peut lui apporter.

  • Le troisième type d’attachement est « l’attachement évitant ». Il constitue un ensemble de manifestations affectives et de sécurité minimales. L’enfant est peu affecté par la séparation, il évite la proximité et le contact avec la figure d’attachement lors des retrouvailles. Il se focalise plutôt sur les jouets que sur leur figure d’attachement. Il accepte facilement d’être réconforté par quelqu’un d’étranger.

  • Le quatrième type d’attachement est l’attachement « ambivalent-résistant ». L’enfant met en place des stratégies comportementales, cognitives et attentionnelles qui maximisent ses besoins d’attachement, au détriment de l’exploration de l’environnement. L’enfant ne sait pas comment sa figure d’attachement va réagir à ses sollicitations, il va donc exprimer ses besoins d’attachement de manière exacerbée pour augmenter les chances de réponse de la part de la figure d’attachement.

  • Le dernier type d’attachement est « l’attachement désorganisé ». Dans ce type d’attachement, le comportement de l’enfant est ambivalent, sa figure d’attachement est à la fois synonyme de sécurité et de danger. L’enfant ne sait pas si il doit s’en rapprocher pour avoir sa protection ou s’en éloigner. De ce fait, il peut aussi bien faire l’un que l’autre. Ce type d’attachement est source de troubles cognitifs, émotionnels et comportementaux.

D’après John Bowlby, la réussite de l’attachement entre un parent et son enfant est faite en fonction de cinq critères : l’échange de sourires, la solidité du portage, la chaleur de l’étreinte, la douceur du toucher, et l’interaction des signaux sensoriels et moteurs lors de l’allaitement.

Un enfant accueilli en multi-accueil a besoin de se sentir en sécurité avec les professionnels qui s’occupent de lui. Il a besoin de se sentir contenu aussi bien en terme de contenance physique que psychique. La contenance physique peut être simplement satisfaite par un portage ou un quelconque contact. En ce qui concerne la contenance psychique, l’équipe de professionnels doit pouvoir être un « réceptacle » aux angoisses que peut ressentir l’enfant. Ils doivent pouvoir accueillir les émotions des enfants, mettre des mots dessus et trouver des solutions adaptées à chaque enfant.

Dans des situations de séparation, comme c’est le cas à chaque arrivée d’enfant, l’enfant se trouve en situation de fragilité. Il n’a pas intériorisé le fait que sa propre famille est assez contenante, ou assez sécurisante. Or, il a besoin de savoir qu’il peut être « contenu » par sa famille pour pouvoir s’attacher à une figure d’attachement auxiliaire. L’attachement à une figure principale d’attachement qui se déroule de manière optimale favorise donc l’attachement à d’autres figures.

L’enfant aura tendance à s’attacher davantage à une personne qui initie une interaction avec lui et une personne qui s’investit dans la relation qu’avec une personne distante.

Ainsi, pour pouvoir favoriser le sentiment d’amour de soi chez l’enfant, il faut pouvoir satisfaire ses besoins d’attachement. Cela apporte une certaine sécurité à l’enfant et lui permet de s’autoriser à s’aimer. Pour imager cela, un enfant qui sait que sa figure d’attachement est réceptive à ses besoins et qu’elle montre de l’amour pour lui, il s’autorisera à s’aimer lui-même en retour.

La vision de soi

La vision de soi va naitre de l’environnement social et familial de l’enfant. C’est aussi la façon dont on se perçoit en terme de qualités et de défauts.

Boris Cyrulnik l’explique d’ailleurs de la façon suivante : l’enfant qui ne parle pas encore se voit dans le regard de l’autre. De cela, un sentiment se crée et il imprègne le cerveau de l’enfant. D’ailleurs, grâce aux dernières avancées technologiques, les chercheurs en neurosciences ont pu mettre cela en avant grâce à l’imagerie médicale.

Ainsi, si l’enfant a le sentiment d’être bien perçu par son entourage, il se sentira mis en valeur et sera plus enclin à découvrir et explorer son environnement, car il saura qu’il a les capacités d’y parvenir.

La confiance en soi

La confiance en soi est une estimation personnelle de ses propres capacités et compétences. Cette estimation est mesurée en fonction des situations que l’individu rencontre. Une personne dotée de confiance en soi se sent en sécurité face à quoi elle peut être confrontée.

D’après Isabelle Filliozat, quatre étapes sont nécessaires au développement de la confiance en soi. La confiance en soi s’acquiert grâce à :

  • une sécurité intérieure,
  • une affirmation de ses besoins,
  • une acquisition de ses compétences,
  • une reconnaissance par les autres.

C’est un travail d’introspection. Quelqu’un qui se connaît, et qui sait s’accepter, aura une confiance en lui plus importante que quelqu’un qui n’a de cesse de se remettre en question. La confiance en soi évolue au cours de la vie d’un individu. Elle est très importante au cours des premières années de l’enfant.

L’estime de soi

L’estime de soi est la perception d’une personne de sa propre valeur. Il s’agit du jugement global qu’elle porte sur elle-même. Pour parvenir à une bonne estime de soi plusieurs caractéristiques doivent exister. En premier lieu, c’est de parvenir à avoir une bonne vision de soi, de l’amour pour soi et de la confiance en soi. Tout cela concordant à parvenir à l’épanouissement de l’individu. Pour l’atteindre, les besoins de la personne doivent être satisfaits.

En quoi la pédagogie de Maria Montessori permet-elle « l’estime de soi » ?

« L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit mais une source que l’on laisse jaillir »

L’esprit absorbant

L’enfant est un être capable d’absorber tout ce qui l’entoure sans discrimination. Ainsi, toutes les choses qui l’entourent vont s’imprégner en lui au niveau psychique. Que ce soit de bonnes ou de mauvaises choses, ce qui va l’entourer va construire son intelligence. Ainsi, il est du devoir des éducateurs de soigner l’environnement qui est proposé à l’enfant.

Dans les crèches L’Enfant Roi – Montessori, l’éducateur doit travailler aussi bien son savoir-être que son savoir-faire. Il doit travailler pour adopter un langage positif afin de favoriser la confiance en soi chez l’enfant. Ainsi, il ne doit pas dire « tu ne fais pas bien » à un enfant mais utiliser des techniques de reformulations et des moyens détournés pour amener l’enfant à acquérir de nouvelles compétences. Cela permet de ne pas mettre l’enfant en échec mais de le guider dans ses acquisitions. Il vit ses expériences comme s’il était sur un chemin qu’il est normal d’adopter pour évoluer. Ainsi, l’enfant ne se déprécie pas lorsqu’il ne parvient pas tout de suite à réaliser ce qu’il entreprend. Et, lorsqu’il parvient à faire correctement ce qu’il a entrepris, il peut se sentir confiant en ses capacités et compétences.

Dans ma pratique professionnelle au Nido, lorsque je dois arrêter un enfant dans une action inadaptée ou dangereuse, je le fais en disant « stop » et en expliquant à l’enfant pourquoi j’ai du mettre fin à son action. Dans les structures traditionnelles, les professionnels disent plutôt « non ». Et, je me suis aperçue que plusieurs enfants de mon module qui commencent à parler disent « stop ». Ils se sont donc imprégnés du langage que nous utilisions au Nido et le réutilise lorsqu’ils sont en capacité de le faire.

Les périodes sensibles

« si l’enfant n’a pu obéir aux directives de sa période sensible, l’occasion d’une conquête naturelle est perdue, perdue à jamais »

Maria Montessori parle de périodes sensibles. Elle explique que selon l’âge de l’enfant, il est plus enclin à acquérir certains apprentissages.

C’est le cas par exemple avec la période sensible du mouvement qui va de 1 an jusqu’à presque 4 ans. Lors de cette période, il est du rôle de l’adulte qui accompagne l’enfant de lui offrir l’opportunité d’expérimenter son corps et les mouvements qu’il est capable de faire dans différents espaces. Le fait de lui donner cette opportunité au bon moment permet à l’enfant de ne pas se sentir en échec et d’être confronté à des difficultés auxquelles il est particulièrement préparé à affronter.

En crèche, cette période par exemple, c’est le moment propice pour mettre en place des activités de psychomotricité. De ce fait, en crèche L’Enfant Roi – Montessori, dès le Nido, des modules de mousse sont mis à disposition des enfants pour qu’ils soient confrontés à des obstacles, des matières, des formes face auxquels leur corps devra s’adapter pour progresser dans l’environnement. En Communauté Enfantine et en Maison Des Enfants, des activités sont proposées pour travailler le schéma corporel de l’enfant avec différents matériaux et modules (comme par exemple des cerceaux, des poutres, des toboggans, des trampolines, des tunnels, etc.). Le fait de proposer ces différentes activités à l’enfant lui permet de pouvoir répondre à sa sensibilité toute particulière de ce moment donné de son développement. C’est l’occasion privilégiée pour lui d’acquérir son schéma corporel et de développer aussi bien sa motricité fine que globale.

Dans ma pratique professionnelle, j’ai pu, en observant un enfant du Nido, voir qu’il avait besoin de grimper car il essayait toujours de passer au dessus d’un petit meuble. Mes collègues et moi-même avons alors proposé une activité de psychomotricité qui lui permettrait de grimper. Cet enfant a ainsi pu satisfaire sa sensibilité pour le mouvement.

Le besoin d’autonomie et de mouvement

« Toute aide inutile est une entrave au développement »

La pédagogie de Maria Montessori explique qu’il faut laisser faire l’enfant dans ses gestes quotidiens. Il faut pouvoir lui montrer les bons gestes, mais ne pas faire à sa place. L’éducateur ne doit pas intervenir de manière intempestive. Il doit lui laisser le temps d’essayer de lui-même. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas fixer certaines règles et les rappeler à l’enfant. En effet, si l’enfant détourne les objets de leur utilisation première, il est du devoir de l’éducateur de lui expliquer à quoi il servent et lui proposer de lui montrer comment l’utiliser correctement.

Dans les crèches L’Enfant Roi – Montessori, les enfants qui sont dans l’apprentissage de l’habillage (en Maison Des Enfants par exemple), ont la possibilité de s’habiller seul après la sieste. Les éducateurs leur laissent le temps de le faire.

Dans les structures traditionnelles, il est rare de voir des éducateurs agir de la sorte. Lorsque les enfants ne sont pas assez rapides pour s’habiller, les éducateurs ont plutôt tendance à faire à leur place.  Ce qui bride l’enfant dans son apprentissage à l’habillage. L’enfant se dit « j’ai besoin de l’adulte pour m’habiller, je ne suis pas capable de m’habiller seul donc je ne m’autorise pas à expérimenter cela ». Or, l’enfant apprend grâce à une succession d’expériences réussies ou non. Si on ne lui laisse pas la possibilité de passer par ces expériences, il peut se sentir moins confiant en ses capacités et penser qu’il a besoin de l’adulte pour parvenir à ses buts. La vision de lui-même peut même être altérée et c’est donc l’estime de soi qui peut être finalement remis en question.

Dans ma pratique professionnelle, j’ai pu observer un enfant du Nido qui manifestait l’envie de mettre ses chaussures lorsque nous nous apprêtions à sortir dehors. J’ai laissé cet enfant essayer de mettre ses chaussures. Il est parvenu à en mettre une et éprouvait des difficultés à mettre la deuxième. Ce n’est que lorsqu’il m’a interpellé et qu’il m’a fait comprendre qu’il voulait que je l’aide que je l’ai fait. Cette scène s’est répétée à plusieurs reprises jusqu’au jour où il est parvenu à enfiler ses deux chaussures seul.

L’ambiance

« Aussi est-il nécessaire, avant de procéder à toute tentative d’éducation, d’établir dans l’environnement les conditions les plus favorables à l’éclosion des caractères normaux occultés »

La pédagogie de Maria Montessori veut que les professionnels s’assurent que le lieu qui accueille les enfants leur donne envie d’apprendre. Il doit être rangé, propre, beau, accueillant. Le fait que l’environnement ou l’ambiance soient soignés est propice aux apprentissages de l’enfant. L’enfant apprend à soigner son environnement, et c’est en faisant cela qu’il comprend qu’il est digne de ce bel environnement. L’ordre intérieur commence par l’ordre extérieur. Si l’enfant doit se sentir confiant et en sécurité, cela passe donc aussi par le soin de ce qui l’entoure.

Dans les crèches L’Enfant Roi – Montessori, nous apprenons aux enfants à ranger et à soigner l’ambiance. Certaines activités de vie pratique ont cet objectif indirect. C’est le cas notamment de l’activité nommée « Brosser un tapis ». L’éducateur présente à l’enfant comment brosser un tapis. Le but est que l’enfant s’exerce à le faire et qu’il puisse le refaire dans la vie quotidienne. Si l’enfant s’aperçoit que le tapis qu’il utilise n’est pas propre, il est en capacité de le nettoyer et de travailler dans des conditions agréables de travail.

Dans ma pratique professionnelle au Nido, un enfant jouait seul avec un jeu de construction, les pièces étaient éparpillées sur le sol. Il s’est levé et comme il ne parlait pas encore, il a réussi à me faire comprendre qu’il voulait ranger son activité. J’ai donc entrepris avec lui le rangement du module. Au Nido, les éducateurs rangent régulièrement le module. Et cet enfant avait totalement compris cela. Il s’est imprégné de cette ambiance agréable et propice au travail et a voulu participer à la remise en ordre de la pièce.

Le nouvel éducateur

« Nos mauvaises tendances peuvent se corriger de deux façons : l’une, intérieure, consiste à lutter contre nos propres défauts une fois que nous les avons clairement reconnus. Pour l’autre façon, extérieure, il s’agit de résister aux manifestations extérieures de nos mauvaises tendances »

Maria Montessori a développé le décalogue de l’éducateur qui comprend dix règles à respecter pour adopter une posture adaptée à l’apprentissage chez l’enfant. Ainsi, l’éducateur ne doit pas toucher l’enfant sans son consentement car il doit rester maître de son univers. Il ne doit pas dire de mal de l’enfant que ce soit en sa présence ou non. Il doit lui apporter une sécurité, comme en soignant l’ambiance par exemple. Il ne doit pas pointer ses erreurs mais lui laisser l’opportunité de s’auto-corriger. Il ne doit pas brusquer les enfants et laisser l’opportunité à ceux qui en ont besoin d’observer. Il doit aussi faire preuve de politesse à son égard. Tout cela sert à apporter une sécurité à l’enfant, qu’il soit confiant face aux éducateurs et qu’il puisse pleinement se consacrer à ses apprentissages.

Dans les crèches L’Enfant Roi – Montessori, toutes ces règles doivent être respectées. Cependant, il est encore courant dans les systèmes éducatifs traditionnels de voir les professionnels pointer les erreurs des enfants, être intrusifs et même de les brusquer. Bien que cela ne se fasse pas de manière volontairement néfaste pour l’enfant, toutes ces façons de faire entravent la sécurité psychique des enfants, leur confiance en soi, leur vision de soi (puisqu’ils sont implicitement considérés comme inférieurs à l’adulte) et donc leur estime de soi.

Dans ma pratique professionnelle au Nido, nous respectons le rythme des enfants, nous ne les brusquons pas. Je me suis aperçue qu’en faisant ainsi, les enfants s’autorisent à expérimenter à de multiples reprises. À chaque fois que j’ai pu apercevoir cela, j’ai pu constater que l’enfant parvenait de lui même à acquérir ce qu’il avait expérimenté. Cela a été le cas d’un enfant qui ne participait jamais aux activités artistiques de peinture. Toutefois, il s’asseyait toujours à coté des autres enfants et les observait. Jusqu’au jour où il a montré de l’intérêt pour une telle activité et qu’il est parvenu à faire l’activité comme les autres enfants. Cet enfant avait besoin d’observer avant de faire. Le fait que les éducateurs de mon module l’aient laissé faire lui ont permis d’acquérir assez de confiance pour pouvoir s’autoriser à agir. Toutefois, si nous l’avions brusqué, il aurait pu se retrouver en échec, perdre sa confiance en soi, avoir une mauvaise vision de soi et par conséquent une estime de soi altérée.

Observation et écoute active

« Il faut donner de la valeur à leur point de vue, autrement dit, il est important de comprendre que les enfants sont extrêmement sensibles à tous les gestes de mépris qu’on leur destine et qui les humilient »

D’aprés Maria Montessori, les éducateurs doivent travailler leur observation de l’enfant et leur façon de l’écouter. Selon elle, quand on observe l’enfant, on est plus à même de proposer des activités et du matériel adapté à ses besoins. De plus, l’éducateur doit pouvoir s’adapter à chaque enfant et ne pas proposer la même activité à tous les enfants présents dans le module. Chaque enfant est singulier et ses besoins également. Le fait de ne pas mépriser ce que l’on peut observer chez l’enfant montre qu’on le respecte et qu’il est digne d’apprendre des choses adaptées à ses besoins. Il est considéré comme un être digne et respectable.

Dans les crèches L’Enfant Roi – Montessori, tout cela est respecté. L’éducateur observe et propose des activités adaptées aux besoins spécifiques de chaque enfant. Cela permet à l’enfant d’être confiant en ses capacités puisque ce qu’il lui est proposé est en adéquation avec ses propres besoins.

Dans ma pratique professionnelle au Nido, j’ai été confrontée à cela. Je me suis aperçue qu’un enfant prenait souvent deux pièces de puzzles pour les frapper entre elles et faire du bruit. Je lui ai alors proposé des instruments de musique et il a cessé d’utiliser les pièces de puzzles pour faire du bruit. Cependant, il s’intéressait souvent aux instruments de musique. Le fait d’agir de la sorte montre à l’enfant qu’il n’utilisait pas le puzzle de façon adaptée. Toutefois, cela lui montre que son besoin a été pris en compte et qu’il a pu être satisfait. Il peut ainsi se sentir sécurisé et confiant.

Le matériel Montessori

Le matériel mis au point par Maria Montessori a plusieurs caractéristiques :

  • chaque travail est unique : il y en a un seul dans l’ambiance
  • l’enfant possède le libre choix : c’est lui qui est maître de ses apprentissages
  • il est autocorrectif : l’enfant a à sa disposition des moyens de se corriger seul
  • il est scientifique : il a été étalonné et testé par Maria Montessori

Maria Montessori a fait en sorte que son matériel réponde à ces critères afin de ne pas entraver les apprentissages de l’enfant. L’enfant choisi seul son travail, ce qui lui permet de se sentir acteur de ce qu’il entreprend. Il peut se corriger seul, il n’a donc pas à subir le regard de l’adulte et qu’on lui pointe ses erreurs. Le matériel a été étalonné pour que l’enfant ne soit pas en échec et que, de ce fait, il ait un sentiment de sécurité quand il travaille et qu’il soit confiant face à ses capacités.

Dans les crèches L’Enfant Roi – Montessori, le matériel créé par Maria Montessori est utilisé. Cela permet de répondre aux besoins d’apprentissages des enfants et de sécurité.

Dans ma pratique professionnelle au Nido, nous utilisons du matériel Montessori. Pour la plupart du matériel, il s’agit de divers encastrements. Il n’existe pas de présentation particulière pour ces activités. Cela prouve l’intérêt de Maria Montessori pour éviter que l’enfant soit en échec. Au Nido, la capacité de concentration des enfants est moindre, ils ne sauraient pas assister à une présentation faite dans les règles de l’art. Cependant, le matériel est mis à disposition de ces jeunes enfants afin qu’ils découvrent le matériel et qu’ils l’expérimente. Bien que la plupart des activités aient des présentations, ici ce n’est pas le cas et cela évite de décourager l’enfant. Il peut ainsi rester confiant quand la priorité est qu’il expérimente le matériel.

Eloge ou punition

D’aprés Maria Montessori, l’enfant ne doit pas être puni mais nous ne devons pas non plus lui faire des éloges. Selon elle, l’enfant ne doit pas être confronté au jugement de l’adulte, c’est à lui même de penser ce qu’il veut de lui-même. Que ce soit en bien ou en mal, l’adulte ne doit exprimer aucun jugement. Cela permet à l’enfant de ne pas être demandeur de l’approbation de l’adulte pour s’autoriser à expérimenter ce qu’on lui propose. Et, ici aussi, de rester confiant en ayant une bonne vision de soi pour explorer le monde qui nous entoure.

De plus, lorsque l’enfant agit de façon inadaptée, l’éducateur ne doit pas le punir. La punition peut être néfaste au développement psychique de l’enfant. L’éducateur doit plutôt expliquer à l’enfant pourquoi son action est inadaptée et comment il aurait du agir. Ainsi, l’enfant a toutes les clefs en main pour comprendre pourquoi son action est inadaptée et il peut réajuster de lui-même son comportement.

Dans les crèches L’Enfant Roi – Montessori, l’éloge et la punition ne sont pas utilisés par les éducateurs. Que ce soit au Nido ou dans les autres modules, nous ne faisons pas d’éloges quand un enfant fait un dessin. Nous décrivons plutôt les couleurs, les formes, la texture etc. Cela permet de travailler le langage avec l’enfant tout en évitant d’apporter notre propre jugement de ce que l’enfant a réalisé. L’enfant n’est alors plus dépendant de l’éloge de l’adulte pour expérimenter le matériel artistique. Il expérimente pour lui même et acquiert une confiance en soi. De plus, le fait de ne pas punir permet d’éviter de déstabiliser psychiquement les enfants et qu’ils perdent leur confiance en soi. Cependant, nous prenons toujours le temps de bien expliquer à l’enfant en quoi ce qu’il fait est dangereux ou inadapté. Lorsque nous prenons le temps de faire cela, cela veut dire que nous considérons l’enfant capable de comprendre et de réajuster de lui-même ses actions. Ainsi, nous lui disons indirectement que nous avons confiance en lui, qu’il est digne d’être considéré et qu’il est respecté malgré son comportement. Cela permet à l’enfant de ne pas perdre confiance en soi et d’acquérir l’estime de soi. S’il ressent que malgré tout, l’adulte a confiance en lui, il peut s’autoriser à avoir confiance en soi.

Toutefois, dans le système éducatif traditionnel, l’éloge et la punition sont encore bien présents. Cela peut avoir pour conséquence de déstabiliser psychiquement l’enfant. Il peut devenir dépendant de l’éloge de l’adulte : il ne dessine que pour entendre « c’est joli ». Il peut se sentir perdu face aux punitions qui lui sont imposées : il n’est pas toujours en capacité de faire le lien entre l’action inadaptée et la punition. Il n’a pas eu les explications nécessaires, et, une fois la punition passée, il recommence à avoir un comportement inadapté puisqu’il ne comprend pas en quoi il est inadapté.

La pédagogie de Maria Montessori, une pédagogie qui répond aux besoins de l’enfant ?

Les besoins chez l’enfant : la théorie de Pamela Levin

Pour parler des besoins de l’enfant, Pamela Levin parle de cycles de vie. Ce sont des cycles par lesquels nous passons tous, tout au long de la vie. Il y a six cycles qui développent les besoins de l’enfant de la naissance à  l’âge de dix-neuf ans. À l’âge de dix-neuf ans, chaque individu revit les différents cycles selon certains facteurs déclencheurs.


  • Le pouvoir d’exister  (de la naissance à six mois)  : l’enfant a besoin d’exister, pour cela il doit accepter la nourriture et les soins qu’on lui apporte. Dans ce stade, le fait de toucher et d’être touché est très important pour satisfaire ce besoin, comme le fait d’être dorloté. Les stimulations physiques et verbales sont importantes  : être tenu tendrement dans les bras et parler à l’enfant.
  • Le pouvoir de faire  (de six à dix-huit mois)  : l’enfant a besoin de faire et d’explorer son monde
  • Le pouvoir de penser  (de dix-huit mois à trois ans)  : l’enfant a besoin d’apprendre, de penser, d’affirmer sa personnalité, tout en se confrontant aux autres
  • Le pouvoir d’identification  (de trois à six ans)  : l’enfant a besoin de découvrir son identité, et de s’affirmer au sein de ses relations sociales
  • Le pouvoir de réussir  (de six à douze ans)  : l’enfant a besoin d’acquérir des compétences, d’en développer de nouvelles, et d’élaborer ses propres valeurs
  • Le pouvoir de régénérer  (de treize à dix-neuf ans)  : l’enfant a besoin de donner une unité à sa personnalité en tant que personne dotée de sexualité

La pédagogie de Maria Montessori permet-elle de satisfaire les besoins décrits par Pamela Levin ?

En reprenant la théorie de Pamela Levin sur les besoins de l’enfant, nous nous rendons compte que cette pédagogie permet « le pouvoir d’exister » chez les enfants de la naissance à six mois puisque les enfants sont porté. On leur parle et on les stimule. « Le pouvoir de faire » est aussi comblé pour les enfants de six mois à dix-huit mois puisque ces enfants peuvent explorer leur environnement à leur guise. Et, « le pouvoir de penser » chez les enfants de dix-huit mois à trois ans puisqu’ils peuvent affirmer leur personnalité en se confrontant aux autres.

Les besoins chez l’enfant : la théorie de Terry Brazelton

Selon Terry Brazelton, les sept besoins fondamentaux de l’enfant sont les suivants:

  • le besoin d’avoir des relations chaleureuses et stables,
  • d’avoir une protection physique, une sécurité et une régulation,
  • des expériences adaptées aux différences individuelles,
  • des expériences adaptées au développement,
  • des limites, des structures et des attentes,
  • une communauté stable, un soutien, une culture,
  • et une protection de l’avenir.

La pédagogie de Maria Montessori permet-elle de satisfaire les besoins décrits par Terry Brazelton ?

En ce qui concerne la théorie de Terry Brazelton, la pédagogie permet à l’enfant d’avoir « des relations chaleureuses et stables » puisque l’éducateur doit être disponible pour l’enfant et le respecter. Elle permet aussi d’avoir « une protection physique, une sécurité et une régulation » puisqu’elle enseigne à l’enfant la rigueur et qu’elle l’accompagne dans ses apprentissages tout en lui permettant une autogestion de lui-même. Ensuite, elle favorise «les expériences adaptées aux différences individuelles et au développement » puisque, grâce à l’observation, l’éducateur adapte le matériel et les activités proposées aux enfants. Elle pose « des limites, des structures » puisque l’enfant doit respecter les règles de vie. Pour finir, elle apporte également « une communauté stable, un soutien, une culture ».

Les besoins chez l’individu en général : la théorie de Abraham Maslow

Abraham Maslow a définit une hiérarchisation des besoins qu’il a symbolisé dans une pyramide. D’aprés lui, les besoins sont interdépendants.

Le premier  besoin qui correspond à la base de la pyramide doit être satisfait pour pouvoir satisfaire le deuxième besoin et ainsi jusqu’au sommet de la pyramide. Le premier étage de la pyramide se trouvant à la base correspond aux besoins physiologiques. Il s’agit des besoins primaires tels que l’alimentation, l’hygiène, le sommeil, etc. Si ce premier niveau de la pyramide n’est pas satisfait, cela peut affecter la conscience.

Quand les besoins physiologiques sont satisfaits, on peut accéder à l’étage qui correspond aux besoins de sécurité. Il s’agit de tout ce qui peut intervenir dans le fait d’éprouver le sentiment d’être éloigné des dangers. Ces derniers peuvent aussi bien être physiques que psychiques.

De même, si le besoin de sécurité est satisfait, on accède au besoin affectif et d’appartenance. C’est un besoin à dimension sociale. Il s’agit du besoin d’appartenir à un groupe. C’est en quelque sorte le besoin d’aimer et de se sentir aimé.

À nouveau, si le besoin d’appartenance est satisfait, on accède au besoin suivant : le besoin d’estime. Ce besoin est le prolongement du besoin de sécurité. Ici, l’individu a besoin d’être reconnu par ses pairs, d’avoir leur respect et un certain statut social.

Le besoin qui arrive en dernier de la pyramide et qui est représenté par le sommet de la pyramide est le besoin de s’épanouir. Il s’agit du besoin ultime pour l’Homme. C’est la capacité à se sentir compétent dans tous les domaines qui nous intéresse. C’est également valoriser et surtout maîtriser tout son potentiel.

La pédagogie de Maria Montessori permet-elle de satisfaire les besoins décrits par Abraham Maslow ?

En somme, Abraham Maslow nous démontre bien que la satisfaction des besoins est un cheminement qui aboutit à l’accomplissement et à l’épanouissement de l’individu.

Pour parvenir à cela, la pédagogie de Maria Montessori tend à répondre aux besoins de l’individu. Elle permet de répondre aux besoins physiologiques puisqu’elle recommande des conditions particulières de sommeil pour les enfants, par exemple en recommandant de faire dormir l’enfant au sol sans barreaux. Elle répond aussi au besoin de sécurité puisqu’en favorisant une juste distance et une attitude bienveillante de l’éducateur ainsi qu’une ambiance accueillante, elle sécurise l’enfant. Elle apporte la satisfaction du besoin d’appartenance car certaines activités telles que « dresser la table » se font en collaboration entre deux enfants et que cela permet les interactions sociales et le sentiment d’appartenir à un groupe social. Une attention particulière est portée à la satisfaction du besoin d’estime. En effet, tout est mis en œuvre pour que l’enfant tisse une relation de confiance avec l’éducateur et qu’il ne se sente jamais jugé ou déstabilisé. C’est notamment le cas lorsque l’éducateur se refuse à juger la production artistique d’un enfant. Une fois tous ces besoins comblés, il est alors possible d’atteindre l’épanouissement. C’est ce que la pédagogie tente de réaliser.

Conclusion

Pour conclure, la pédagogie de Maria Montessori met tout en œuvre pour favoriser l’estime de soi chez l’enfant. Que ce soit au niveau de l’ambiance qui est proposée à l’enfant, ou de l’attitude de l’éducateur, ou encore du matériel Montessori, la pédagogie a pris soin de toujours favoriser une bonne vision de soi chez l’enfant. Selon elle, la confiance en soi, l’amour de soi et la vision de soi influencent les apprentissages de l’enfant. Si tout cela est vécu d’un point de vue positif par l’enfant, ses apprentissages seront favorisés, l’enfant s’ouvrira au monde qui l’entoure et aux autres.

En reprenant les théories sur les besoins de Pamela Levin, Terry Brazelton et de Abraham Maslow, la pédagogie de Maria Montessori répond à tous les besoins détaillés. Cela permet de parvenir à l’épanouissement de soi et à l’accomplissement de l’individu. Or, cela est uniquement possible si l’individu possède une bonne estime de soi.

L’estime de soi est la clé du devenir de l’enfant. L’adulte qui est épanoui ne sera pas le même en société que celui qui souffre d’une mauvaise estime de soi. La pédagogie de Maria Montessori pourrait à ce titre faire énormément évoluer nos sociétés, si la majorité des individus étaient éduqués grâce à ce système éducatif. C’est d’ailleurs ce qu’elle a expliqué dans son livre « L’éducation et la paix ». Alors, l’enfant épanoui ne serait-il pas la réponse-clé à tous les conflits qui se multiplient dans le monde ?

Apolline Fabbian
Éducatrice principale

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