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Mai 23, 2018

La pâtisserie

La pâtisserie

Définition  :

Ensemble des opérations nécessaires à la confection des mets à base de pâte cuite, notamment des gâteaux (préparation, travail et cuisson de la pâte); art de confectionner ces mets. Four, moule, rouleau, roulette à pâtisserie; ustensiles à pâtisserie; recettes de pâtisserie; apprendre la pâtisserie.

Introduction

J’ai choisi comme sujet à mettre en lien avec la pédagogie Montessori « la Pâtisserie », car depuis mes premières années d’éducatrice se fût pour moi un bon support pour entrer en relation avec les enfants dont je me suis occupé mais également car je trouve que c’est un bon outil pour introduire d’autres notions…

Durant mes années précédentes d’éducatrice au sein de foyer de l’enfance, la cuisine où pâtisserie thérapeutique avait une place toute particulière, elle avait comme finalité la socialisation, la resocialisation ou encore le maintien des acquis de l’autonomie.

Les adolescents en grande difficulté trouvaient dans cette activité, un apaisement, ils aimaient manipuler, sentir, toucher, goûter. Cela leur permettait de rester en groupe avec leurs pairs et pour certains de côtoyer des adolescents avec qui tous liens étaient rompus.

Nous nous sommes rendu compte au fur et à mesure de la pratique de cet atelier, qu’ils restaient concentrés et sérieux, ils rentraient dans « le cadre » imposé par la manipulation d’objets parfois tranchants. Le fait de leur faire confiance et de les accompagner constamment dans la bienveillance et non le jugement était bénéfique à chacun. Avec le recul, j’ai pu remarquer que la pédagogie Montessori n’était pas loin de mon approche avec ce type de public.

Actuellement, travaillant en crèche avec des enfants de 18 à 26 mois, j’ai été confronté à certaines croyances qui étaient ancrées en moi et qui freinait quelques fois mon travail.

En effet, faire de la pâtisserie avec des petits enfants ne me paraissait pas insurmontable tant qu’ils ne manipulaient pas trop les ustensiles. Pour ma part, ces enfants étaient trop petits, peu habiles, manquaient de concentration et surtout il était trop dangereux de manipuler des objets tranchants.

Au fur et à mesure de ma formation, mes croyances se sont avérées fausses et exagérés, j’ai appris à faire confiance aux enfants, à croire en leur potentiel, à me remettre en question quant à ma vision de ces derniers.

J’ai découvert que tout avait un lien, que l’apprentissage de nouveaux savoirs se faisait sans vraiment s’en rendre compte, inconsciemment, en entier, et sans discrimination ( « L’esprit absorbant Maria Montessori ») et qu’il fallait laisser expérimenter les enfants.

« C’est dans les premières années de sa vie que l’enfant prépare, grâce à son esprit absorbant, tous les caractères de l’individu, bien qu’il en soit inconscient. Aussi l’aide éducative est-elle apportée à cet âge grâce au milieu. Voilà donc l’âge auquel l’homme travaille sans fatigue et assimile la connaissance comme un aliment vivifiant », écrit Maria Montessori dans Pédagogie scientifique : La Maison des Enfants.

Selon Maria Montessori, les besoins de l’enfant sont la Liberté, le Mouvement et l’Autonomie. Au fur et à mesure de mes ateliers pâtisserie mis en place et de ma formation, j’ai pu constater que cette activité répondait à ces trois besoins.

Débutons par la Liberté, l’enfant a besoin d’être libre de ses choix, mouvements et du temps consacré à une activité.

Débutons par la Liberté, l’enfant a besoin d’être libre de ses choix, mouvements et du temps consacré à une activité.

Dans la pâtisserie, nous disposons le matériel toujours au même endroit, afin que l’enfant soit libre dans ces déplacements pour aller chercher les ustensiles dont il a besoin, et qu’il puisse la séance terminée les replacer sans difficultés.

Cette activité permet de laisser libre court à son imagination, l’enfant va pouvoir associer des textures différentes, mais également dans la décoration du gâteau, il va pouvoir y apposer ce qu’il souhaite, ce qui le rend heureux. Enfin, s’il montre l’envie de malaxer durant de longues minutes la pâte ou de remuer inlassablement sa préparation, il est libre de le faire. Cette activité répond donc au besoin de l’enfant et cela lui permet de développer son individualité.

L’enfant, dans cette activité va également pouvoir expérimenter le mouvement afin d’affiner sa coordination. Tout d’abord, se déplacer afin d’aller chercher les ingrédients de la recette, souvent placés sur de petits plateaux. Quoi de mieux et de plus gratifiant pour l’enfant que d’arriver sans encombre à amener son plateau de la cuisine à la table ? Cela permet de développer sa force, sa confiance en soi et sa persévérance. Mais aussi de se mouvoir entre ses pairs pour pouvoir accéder aux différents « postes » de la confection du gâteau.

Enfin l’autonomie, l’enfant à ce besoin de faire seul, il aime à le montrer et le revendiquer. Il s’agit alors pour l’éducateur de favoriser cette quête de l’autonomie en le laissant faire comme il le souhaite dans la mesure où il ne se met pas en danger. Il aime à reproduire les gestes des adultes et veut montrer qu’il sait le faire également. Il apprécie de casser les œufs comme les grands où de se servir du batteur. L’éducateur doit alors trouver à cet instant le juste milieu entre le laisser faire et l’accompagnement non intrusif.

Maria Montessori distingue dans le développement de l’enfant 6 périodes sensibles « les acquisitions sont faites pendant les périodes sesibles, que l’on pourrait comparer à des phares qui éclairent la nature intérieure, ou à un courant électrique qui produit des phénomènes actifs » (L’Enfant)

Pour la période sensible de l’ordre :

L’enfant voyant le matériel rangé et remis à sa place à la fin de l’activité se sent lui-même en ordre intérieurement. Les séquences respectées dans la recette, l’ordre qui est constant permet à l’enfant d’être sécurisé et de se construire dans la bienveillance. La constance également de l’éducateur dans son attitude pendant la recette de pâtisserie, le ton de la voix et la posture éducative restant la même permet à l’enfant d’avoir des repères et de se sentir rassurer.

Pour la période sensible du mouvement :

« L’enfant se construit dans le mouvement. » Maria Montessori

Pendant l’atelier pâtisserie, le fait que l’enfant ait à portée de mains tous les outils nécessaire à la bonne réalisation du gâteau lui permet de manipuler, toucher, explorer différentes textures et matières. De plus, il aime avoir son pâton de pâte et répéter inlassablement les mêmes gestes, faire des trous, goûter, manipuler, étendre la pâte… J’ai pu observer une petite fille de 2 ans répéter plus d’une vingtaine de fois la découpe de la pâte à l’emporte-pièce, elle semblait sereine et son visage était détendu et souriant. J’ai pu constater qu’à ce moment-là son besoin de répétition était satisfait.
Sa confiance en soi semblait grandissante, au fur et à mesure que son geste s’affinait.

Enfin, la liberté de pouvoir accéder à tous les « postes de travail » proposés pour la réalisation de la recette, en se déplaçant à sa guise dans le respect du matériel, de l’ambiance et sans se mettre en danger, permet à l’enfant de VIVRE son activité. « Le but du mouvement est de servir la vie entière de l’enfant. Il ne peut être dissocié de sa vie psychique, le mental et le physique ne font qu’un. » (L’Esprit Absorbant de l’Enfant)

Pour la période du langage :

« Le langage se développe naturellement, en tant que création spontanée. » (L’Esprit Absorbant de l’Enfant)

L’activité pâtisserie est riche de manière d’appréhender le langage. En effet, l’enfant étant un esprit absorbant, il s’imprègne de tous les sons ou mots qu’il perçoit.
Nous pouvons amener cette acquisition de nouveaux termes par le biais de la chanson, la lecture du livre de recettes ou l’étayage d’une histoire autour de la liste des ingrédients.
L’enfant souvent pointe son doigt en direction de l’objet ou de l’ingrédient qu’il ne connait pas, et dès que nous satisfaisons sa curiosité, il semble enchanté. « Apprends-moi à faire seul »

Étayer le champ lexical des enfants grâce à la pâtisserie, est assez facile tant les termes sont nombreux.
En effet, nombre de mots et de termes dans les recettes n’ont pas l’habitude d’être entendus par les enfants, ils vont donc absorber tout ce nouveau vocabulaire de façon aisée et inconsciente. L’approche est riche et permet également une ouverture culturelle vers le monde et les coutumes, nous pouvons donc voyager par le biais de recettes typique et proposant des goûts diversifiés et inconnus aux papilles de nos chefs en herbes.
Il va s’ouvrir devant eux, un monde inconnu de terme, couleurs et association gustative inexploré jusqu’alors par leurs petites mains.

De plus, pour les occasions tels que Noël, Pâques… nous pouvons mettre en relation l’approche culture et significative de l’évènement et le gâteau élaboré. Quoi de mieux, que d’expliquer ce qui constitue notre patrimoine culturel en y associant une pâtisserie ?

Nous pouvons également détourner la farine et s’en servir comme avec le plateau à sable, les enfants pourront alors exercer leur délié du poignet et appréhender les lettres et donc le début de l’écriture.

Pour la période sensible du raffinement des sens :

La pâtisserie encourage la stimulation des 5 sens, l’enfant a besoin de manipuler, transvaser, toucher, voir, goûter. Maria Montessori ayant réalisé du matériel sensoriel pour répondre à cet affinement des sens, il m’a paru judicieux de mettre en corrélation la pâtisserie et la pédagogie Montessori.

Par le sens du toucher, l’enfant découvre des sensations et des textures différentes, il appréhende la matière à travailler. Il transvase des liquides, de la farine … et trouve un réel intérêt, il ressent intérieurement les apprentissages et les restitue ensuite pour son plus grand plaisir. Ce sens est celui qui reste toujours en interaction avec l’environnement.

Le goût est réellement stimulé dans cette activité, beaucoup d’enfants aiment tremper leur doigt dans la préparation de pâte, savourent le chocolat qui sert d’ingrédient… Certains sont confrontés à des saveurs qu’ils n’ont pas l’habitude de côtoyer, à nous éducateur, adulte bienveillant de l’amener à ses nouveaux parfums.

L’ouïe également, le bruit du batteur électrique, du froissement du papier sulfurisé, le son particulier que fait un œuf lorsqu’on le casse.

La vue est mise également à l’honneur, regarder l’aspect que prends notre préparation, observer la pâte gonflée dans le four… L’éducateur doit faire en sorte que cet atelier pâtisserie, son environnement, son ambiance soient propice à l’affinement des sens des enfants.

Pour la période sensible aux petits objets :

Cette fascination pour les petits objets est mise à l’honneur dans l’atelier pâtisserie, les enfants tripotent les douilles des poches à crème, manipulent les moules, jouent avec les grains de sucre. L’enfant remarque tous les petits détails de son environnement, même quelques fois des petits éléments que l’adulte ne remarque pas.
Il faut lui laisser alors le temps de regarder, observer, étudier, examiner, ce qui le satisfera pleinement.

Une façon d’exacerber la préhension fine, un goût pour le raffinement et l’acuité sensorielle.

Pour la période sensible à la vie sociale :

Les enfants travaillent en groupe sur un même projet, afin de le partager avec leurs pairs au moment du goûter. Quoi de mieux que de préparer un gâteau pour ses copains ? Au moment des anniversaires, tous les vendredis au goûter. Les enfants affectionnent particulièrement ce moment et se pressent pour pouvoir y participer. L’enfant devient prêt à accepter les règles de son groupe et de la société.

Le rôle de l’éducateur est important dans cet atelier, il doit initier, éveiller et stimuler l’intérêt des enfants en leur garantissant une ambiance de travail propice. Cette position de l’éducateur est loin d’être facile et secondaire. En effet, ce n’est pas parce que son rôle est discret qu’il ne fait rien et qu’il laisse le champ libre à l’enfant. Une des choses les plus importantes pour Montessori est la qualité de l’observation de l’éducateur.
L’éducateur doit prendre l’habitude d’agir indirectement, en “comptant ses paroles” afin que l’enfant ait toujours la certitude que l’adulte est source de compréhension, qu’il est là pour l’encourager.

Dans L’enfant en famille (1923) Maria Montessori écrit que « l’adulte ne doit pas apparaître parfait aux yeux des enfants mais qu’en revanche il est nécessaire qu’il reconnaisse ses défauts et qu’il accepte patiemment leurs observations lorsqu’elles sont justes. »

L’éducateur par son rôle de bienveillance ne doit pas non plus stigmatiser l’erreur de l’enfant qui est selon Maria Montessori une clé de l’éducation. La pédagogie Montessori est une culture de l’erreur. Ne pas pointer directement l’erreur mais prendre le temps et le recul nécessaire de remontrer à l’enfant est signe de construction et de confiance en soi pour ce dernier.

« C’est en travaillant avec les autres enfants et non pas en s’entendant dire qu’il est indiscipliné que l’enfant acquiert la discipline. »

Enfin, l’ambiance, le lieu où l’on accueille l’activité pâtisserie, l’atmosphère qu’il en émane, que des points importants et fondamentaux pour que les enfants se sentent sereins et sécurisés.
En effet, l’ambiance est la base de cette activité, travailler dans la quiétude et la bienveillance est constructif pour l’enfant, il ne peut que se sentir sécurisé, valorisé, entendu et reconnu.

L’éducateur mettra en avant une harmonie en essayant de choisir du matériel coordonné en couleurs, et toujours à la portée des enfants. Le plus petit trouvera comme le plus grand tout à sa place rangé et ordonné pour que l’ensemble favorise la manipulation dans le respect de chacun.
Tout ceci mis en place engendrera sans nul doute le calme, la concentration et favorisera la construction de l’ordre intérieur de tout un chacun.

En conclusion, je ne pensais pas que la pâtisserie avait tant de points communs avec la pédagogie Montessori, en fait tout est relié à la pédagogie Montessori si on se donne la peine de regarder sous un angle différent.

Je finirai par cette citation qui pour moi résume mon travail et l’importance que la pédagogie Montessori à aujourd’hui dans ma posture éducative et ma personnalité.

« L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir qui lui sont propres. Rien n’est moins sensé que d’y vouloir substituer les nôtres. » Jean-Jacques Rousseau

Gaëlle Langard

Éducatrice Principale pour les crèches L’Enfant Roi

 

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