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Jan 6, 2020

La communication gestuelle associée à la parole

La communication gestuelle associée à la parole

Introduction

Lors de mes différentes expériences en tant qu’infirmière, que ce soit à l’hôpital ou dans les crèches, j’ai observé des parents ou des professionnels impuissants face aux pleurs d’un bébé. Qui ne s’est jamais dit « mais qu’est-ce qu’il veut ? pourquoi il pleure ? ». Nous mettons alors tout en œuvre pour trouver une solution afin d’apaiser cet enfant en répondant au mieux à ses besoins.

Suite à mes différentes observations au sein des structures, j’ai pu voir la ténacité de ces bébés pour se faire comprendre. En effet, bien avant de savoir parler, ils sont capables de rentrer en contact avec leur entourage, notamment en faisant des gestes qu’ils vont reproduire. Dès la naissance, le jeune enfant cherche à rentrer en relation. Il va tout d’abord communiquer grâce à des regards, des pleurs, des sourires et des gestes… Le bébé est un être gestuel, il s’exprime avec son corps. Son langage corporel va nous renseigner sur ses besoins et sur notre capacité à y répondre. C’est cette dernière qui va renforcer le lien entre l’enfant et l’adulte ainsi que sa confiance en lui. Lors de mes études pour être infirmière puéricultrice, nous avons évoqué l’intérêt de la communication gestuelle associée à la parole notamment dans la relation entre l’enfant et l’adulte. Ce dernier en répondant de manière adaptée aux besoins du bébé, grâce aux observations qu’il aura réalisées, va permettre de construire une sécurité affective qui aidera l’enfant à se construire et à grandir.

Afin de pouvoir proposer cet outil à l’ensemble des éducatrices, j’ai participé à une formation sur la communication gestuelle associée à la parole. Tout au long de cette dernière, des parallèles avec la pédagogie Montessori que l’on utilise au sein des crèches sont apparus.

Je me suis alors demandée en quoi la communication gestuelle associée à la parole vient-elle appuyer la pédagogie Montessori ?

Dans une première partie, je vais aborder la communication chez l’enfant puis nous parlerons de la communication gestuelle associée à la parole et enfin nous verrons les liens entre elle et notre pédagogie.

La communication chez l’enfant

La communication est l’art de créer un lien avec une autre personne. Pour communiquer, l’enfant va utiliser ses différents sens ainsi que le langage. Il faut qu’il comprenne l’importance pour lui de communiquer et de quelle manière il le fait. Le mot « enfant » vient du latin « infins » issu du préfixe « in » qui représente la négation et de « fari » qui signifie parler. L’enfant est donc littéralement celui qui ne parle pas.

Mais le développement de la communication commence bien avant la naissance et l’apparition du langage. En effet, pendant la grossesse, le fœtus va déjà rentrer en relation, il s’appuie sur la main qui caresse le ventre de la mère. Le toucher est un sens fondamental pendant la grossesse mais aussi après la naissance pour établir une relation privilégiée entre la mère et son bébé, et communiquer. Il ressent les mouvements, les pressions et les caresses, il y répond soit en venant au contact de la main, soit en bougeant. Lors de mon expérience en maternité, j’ai observé des bébés qui, lors des échographies, venaient pousser sur la sonde avec leurs membres. De plus, à partir du sixième mois de gestation, le système auditif de l’enfant est fonctionnel. Il va alors pouvoir percevoir les sons de son environnement, notamment la voix de ses parents. Dès la naissance, il va réagir de manière plus intéressée à la voix de sa mère, le développement de la communication est déjà amorcé. Le bébé est un être relationnel, il va communiquer par le regard, les pleurs, les cris, les sourires ou les gestes. Il invite l’autre à créer des liens et à entrer en relation. La communication va également passer par la vue, les bébés cherchent constamment un contact visuel afin de créer une relation privilégiée avec leur entourage. Vers 4 mois, il tiendra compte de l’expression du visage de son interlocuteur.

Malgré ses différents moyens de communiquer, l’apparition des premiers mots est un événement qui est très attendu par l’entourage. Les parents se posent beaucoup de questions et sollicitent les professionnels. Lors de mes passages en structures, j’ai souvent entendu des parents interpeller les éducatrices au sujet du langage. Ils s’inquiètent et comparent leur enfant aux autres. C’est notre rôle de tenir compte de leurs inquiétudes, de les rassurer et de leur expliquer les différentes étapes d’acquisition en précisant que les enfants ont des rythmes d’apprentissages différents.

Afin que le langage se développe correctement, plusieurs conditions doivent être réunies. Il faut tout d’abord que l’enfant possède les structures neurologiques et sensorielles adéquates, que l’anatomie phonatoire se modifie et enfin qu’il soit exposé à des stimulations sur le plan communicatif. Sauf en cas de handicap ou de troubles du langage, tous les enfants passent par les mêmes étapes dans leur développement langagier, bien entendu chacun à son rythme. Le nouveau-né possède un pharynx très petit et un larynx haut ce qui limite les sons qu’il produit. Le bébé, dans ses premières semaines de vie, gazouille. Il s’agit de son-voyelle sans aucune consonne « aaa », « eee ». Vers 3-4 mois, il va émettre des sons prolongés « aaaee ». La communication va devenir intentionnelle autour de 5 mois. Le bébé va alors être en capacité de varier son intonation de voix, c’est l’âge du « ah reuh ».  Ces vocalisations sont dites universelles, elles sont les mêmes chez tous les enfants du monde peu importe leur langue maternelle. À partir de 6 mois, l’anatomie phonatoire se modifie et on verra apparaître le babillage qui est caractérisé par la production de syllabes « papapa », « bababa ». Ce babillage est linguistique, c’est-à-dire que les enfants babillent avec des sons propres à leur langue maternelle. Les premiers mots apparaissent autour d’un an. Le langage va progresser et s’enrichir jusqu’à l’adolescence avec un pic entre 2 et 5 ans.

Le développement du langage comporte deux aspects :

  • La compréhension : c’est le nombre de mots que comprend l’enfant
  • La production : c’est le nombre de mots que dit l’enfant

Nous allons nous intéresser à la phase de compréhension. Elle précède la phase de production, c’est la période préverbale. Dès son plus jeune âge, l’enfant est sensible à la communication. Il est donc essentiel de parler avec les enfants d’où les activités de langage proposées par la pédagogie Montessori. C’est l’ensemble de ces stimulations qui vont les plonger dans le langage. Avant la phase de production, le bébé va s’aider de la gestuelle et des mimiques pour communiquer. C’est « un être gestuel ». Il dit avec ses mains et son corps ce qu’il ne sait pas dire autrement. Son langage corporel va également nous renseigner sur son niveau de satisfaction. Dès 4 mois, l’enfant fait la différence entre deux expressions du visage et va y répondre de manière différente. En parallèle, la capacité à reproduire des gestes va se développer.  La communication gestuelle associée à la parole est donc, dans cette période préverbale, un outil riche et utile pour comprendre les besoins des plus petits.

La communication gestuelle associé à la parole

Dans cette forme de communication, nous allons utiliser des signes issus de la Langue Française des Signes. Ils sont visuels et proches du concept lui-même, ce qui les rend accessibles aux jeunes enfants, ils vont y être réceptifs. Celle langue n’a été reconnue en France qu’en 2005. Par le passé, elle a été interdite lors du congrès de Milan au profit de la méthode « oraliste » qui consistait à faire parler, par tous les moyens possibles, les sourds.

La pratique des signes avec des enfants entendants nous vient des États-Unis. En 1980, Joseph Garcia, interprète en langue des signes américaine, se rend compte que les enfants de parents sourds qui sont exposés quotidiennement aux signes communiquent plus facilement et plus tôt. Ils sont mieux compris et pleurent beaucoup moins.

Dans les années 90, Linda Acredalo et Susan Goodwyn, deux docteurs en psychologie, suite à leurs recherches ont conclu que l’utilisation des signes va aider les enfants à développer leur langage. Elles vont proposer un programme avec des formations qui va faire connaitre le concept à travers le monde. Il arrivera en France en 2006.

Le but de la communication gestuelle associée à la parole n’est pas de remplacer le langage par les signes, bien au contraire. Le signe va permettre de venir souligner le concept. Il est plus imagé et donc très accessible par le jeune enfant. En phase préverbale, ce dernier va alors utiliser des gestes pour communiquer.

Afin que le bébé puisse faire le lien entre le signe et le concept, il est important de ne pas proposer trop de signes mais les répéter régulièrement. Le signe vient alors souligner le mot-clé, on se limitera donc à 1 ou 2 signes par phrase. Ils vont correspondre à un besoin.

Par exemple, quand nous demandons à l’enfant de venir manger, nous venons souligner l’action par ce signe. Il faut toujours associer le mot au signe.

          Il y a tout d’abord les gestes propres à l’enfant qu’il va développer afin de se faire comprendre, les gestes conventionnels (signes utilisés dans la vie quotidienne comme le signe de la main pour dire bonjour), le bébé va se les approprier en observant son entourage les utiliser. Il y a également le pointage qui apparait vers 9 mois, il tend sa main ou son doigt afin d’exprimer un besoin ou montrer un objet. Le bébé possède des neurones miroirs qui vont s’activer quand il voit une tierce personne faire un geste ou lorsqu’il fait lui-même ce dernier. Ces neurones se trouvent dans plusieurs parties du cerveau notamment dans l’aire de Broca qui est la partie du cerveau associée au langage. Lorsque l’enfant signe, il va utiliser cette même aire, la communication associée à la parole ne va donc pas retarder l’apparition du langage, bien au contraire, elle va la favoriser. Il est important de pouvoir rassurer les parents à ce sujet.

          Certains enfants vont beaucoup observer et ont besoin de temps avant de se lancer dans l’expérience des signes. Ils se mettront à signer quand ils seront prêts. La mise en place de la communication gestuelle associée à la parole passe par plusieurs phases. Tout d’abord l’observation, le bébé va observer les gestes que l’on fait. En ajoutant le signe au mot, on permet à l’enfant de faire le lien entre l’objet, l’action, le mot et le signe. On peut commencer à signer dès la naissance. Plus l’enfant voit le signe tôt, plus tôt il signera et plus tôt ses besoins seront compris et assouvis. Il y a ensuite la phase de découverte : il découvre et commence à bouger ses mains, il se familiarise avec ses nouvelles capacités et ses nouvelles sensations.  Il pourra à ce moment-là signer s’il le désire.

          Les signes utilisés sont précis et normalisés. Ils répondent à des paramètres :

  • La configuration : il s’agit de la forme de la main
  • L’emplacement : c’est l’endroit où l’on va faire le signe
  • L’orientation de la main : c’est la direction de la paume de la main
  • Le mouvement : c’est le mouvement que vont faire les mains
  • L’expression faciale : vient préciser le signe, car un même signe peut parfois avoir plusieurs significations et dans ce cas seule l’expression du visage va varier

          Cet outil va permettre à l’enfant de devenir acteur de sa communication, il va avoir la possibilité d’exprimer ses besoins. Le fait de signer avec des enfants s’inscrit dans une démarche d’éducation respectueuse du rythme, des capacités, des acquisitions et de la personnalité de chacun.  L’adulte va alors devoir modifier sa position face à l’enfant et adopter une nouvelle posture. Il devra lui laisser la possibilité de faire seul. Nous voyons donc des parallèles se faire avec la pédagogie Montessori.

Lien entre la communication gestuelle associée à la parole et la pédagogie Montessori.

Selon Nathanaelle Bouhier-Charles, psychopédagogue : « Signer est un outil qui invite à nous mettre en lien de façon plus consciente : prendre le temps d’être ensemble, se mettre à la même hauteur, établir un contact visuel, faire attention à ses paroles, apprendre à observer le langage corporel de l’autre et à reconnaître ses besoins ».

Maria Montessori nous dit : « L’amour, la bienveillance et l’encouragement sont les leviers de l’âme humaine ».

Que ce soit dans la communication gestuelle associée à la parole ou dans la pédagogie Montessori, l’adulte doit avoir une posture bienveillante envers l’enfant. Il est important qu’il se mette à la hauteur de ce dernier, qu’il le regarde dans les yeux et qu’il utilise un langage adapté. Il ne faut pas utiliser un langage « bébé » mais au contraire employer un vocabulaire précis et opter pour des tournures de phrases positives. Le bébé ne conceptualise pas le négatif.

L’éducateur doit prendre le temps d’observer l’enfant. En effet, selon Maria Montessori : « La qualité fondamentale pour le parent ou l’éducateur est de savoir observer ». La communication gestuelle passe également par l’observation car le signe qui sera proposé à l’enfant doit être adapté à ses besoins et proposé au bon moment. Maria Montessori parle de périodes sensibles : « ces périodes sont limités dans le temps et ne concernent l’acquisition que d’un seul caractère déterminé. Une fois ce caractère développé, la sensibilité cesse pour être très vite remplacée par une autre source d’intérêts ».  Le fait d’observer va permettre à l’adulte de repérer les périodes sensibles du langage et de la motricité fine afin de proposer les signes au bon moment. Mais cette observation va également permettre de repérer les besoins des bébés et d’adopter une attitude de respect de son rythme.

En utilisant les signes, le bébé va pouvoir exprimer ses besoins de façon précise ce qui va permettre à l’adulte d’y répondre de manière adéquate. Lors de mes observations, j’ai eu l’occasion de voir des éducatrices essayer de calmer un bébé qui pleure en cherchant le besoin à combler. Elles ont d’abord essayé de lui donner à boire, à manger, elles ont essayé de le coucher, pour finalement changer sa couche. Le bébé s’est alors calmé une fois sa couche propre. Le fait d’utiliser les signes aurait permis de répondre directement au besoin de cet enfant. Le fils de mes voisins utilise beaucoup les signes pour s’exprimer. Au sein de sa crèche, c’est une pratique quotidienne qui a également été montrée aux parents. C’est un petit garçon qui pleure rarement car ses parents comprennent rapidement ce dont il a besoin. La communication gestuelle associée à la parole va alors venir soutenir l’accordage affectif, le besoin de communiquer de l’enfant va être satisfait et l’adulte saura répondre à la demande de façon adaptée. L’enfant se sent alors apaisé et sécurisé. On parle alors d’attachement sécure. Au fur et à mesure de l’utilisation des signes, l’enfant prend conscience qu’il est capable de communiquer seul et d’être compris par les adultes. Il se sent alors compétent et reconnu, sa confiance en lui et son estime de soi se renforcent.

« L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source que l’on laisse jaillir. »

Il sera libre de se saisir de cet outil s’il le désire mais sans aucune obligation.

La communication gestuelle associée à la parole rejoint la pédagogie sur un autre point. En effet, on ne pointe jamais l’erreur. En cas de mauvaise utilisation d’un signe, il ne faut pas corriger. L’enfant pourrait alors se décourager voire se bloquer et la communication serait alors coupée. L’éducateur peut néanmoins reformuler le mot en l’accompagnant du signe correct. Selon Maria Montessori : « Le véritable devoir du maître est d’aider, pas de juger ».  L’éducateur accompagne le jeune enfant dans ses acquisitions langagières. Dans la pédagogie, le mot vient surligner le concept. Ici, le signe vient surligner le mot et le concept.

Beaucoup de travaux proposés aux enfants dans les différents groupes ont pour but de les préparer à l’écriture. Des travaux comme laver la table ou visser/dévisser des boulons vont permettre :

  • De muscler la main : afin de permettre de tenir un crayon car écrire demande une certaine force
  • De développer la pince tripode : tenir un crayon se fait grâce à l’association des 3 doigts de l’écriture à savoir le pouce, l’index et le majeur. L’enfant a besoin de développer la motricité fine de ces 3 doigts en particulier ce qui l’aidera à les positionner correctement sur le stylo.
  •  De délier le poignet : il doit être mobile et flexible, c’est une des dernières articulations à se délier.

Dans la communication gestuelle associée à la parole, nous allons retrouver cet intérêt également. En effet, l’enfant, en réalisant les différents signes, va faire travailler ses mains et ses poignets de manière répétée et précise.

Ces signes qui signifient respectivement “tétine” et “papa” vont par exemple permettre de travailler la pince.

Face à ces différents parallèles, il me semble évident que la communication gestuelle associée à la parole peut venir soutenir la pédagogie Montessori.

Conclusion

     Comme nous avons vu précédemment, la communication gestuelle associée à la parole est un soutien à la pédagogie Montessori. Elle vient renforcer des grands principes évoqués par Maria Montessori. La mise en place dans nos structures me paraît donc être une suite logique. Après avoir formé nos éducatrices à l’utilisation de cet outil, j’aimerais que les signes trouvent leur place dans notre pratique quotidienne sous forme de comptines, de jeux mais surtout pour l’expression des besoins des enfants accueillis. Nous pourrions organiser des réunions avec les familles afin de leur expliquer notre démarche, préparer des vidéos que l’on pourrait passer sur nos écrans à l’entrée des structures afin de faire découvrir les signes aux parents.

Lors de mes expériences en crèche, j’ai vu la difficulté parfois rencontrée par les éducatrices pour accompagner les enfants afin qu’ils gèrent leurs émotions. En effet, avant de pouvoir mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, ils vont utiliser leur corps pour exprimer leur ressenti. Ils vont alors pouvoir sourire, pleurer, crier, taper, mordre… L’accompagnement va passer par une posture adaptée et bienveillante, par un ton de voix doux, par des regards empathiques… La communication gestuelle associée à la parole devient alors un outil supplémentaire pour accompagner le bébé. En effet, à chaque émotion correspond un signe et une expression du visage associée. Dans la période préverbale, il va alors pouvoir exprimer ses émotions avec son corps mais d’une façon différente et non violente pour lui ou les autres.

Communiquer avec un bébé n’est pas simple, mais l’utilisation de la communication gestuelles associée à la parole peut nous aider dans notre quotidien. Elle permet un échange bienveillant ; à nous de nous en saisir.

Marine Poinsignon
Directrice du service de santé

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