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Déc 21, 2018

Jeu et Travail chez l’enfant : qu’est-ce-que c’est ? (association ou dissociation des termes ?)

Jeu et Travail chez l’enfant : qu’est-ce-que c’est ? (association ou dissociation des termes ?)

Introduction

Dans la pensée commune, de nombreux raccourcis sont faits dont celui-ci : le jeu est associé à l’enfance, l’enfant joue car c’est dans sa nature, c’est donc naturel et le travail qu’on oppose souvent au jeu serait donc forcé et pas prédéterminé biologiquement chez le jeune enfant. Ainsi nous associons le travail avec l’Ecole, les enseignements et les acquisitions, tandis que le jeu est synonyme de « défouloir », (pour supporter le travail ?) Et le jeu se passe toujours en dehors de l’école, dans la cour, jeu libre qui n’est pas structuré.

Le jeu et le travail sont donc souvent mis en opposition. Mais finalement, nous ne connaissons que peu de choses sur ces deux mots : pourquoi la pensée commune les dissocie ? Le jeu c’est quoi ? Le travail, pourquoi est-il si souvent connoté négativement ? Pourtant dans la réalité, le travail fait partie des besoins physiologiques, tout comme le jeu. Le travail est naturel, non forcé et par ce biais le jeu devient le travail de l’enfant. Pour bien comprendre pourquoi la pensée commune oppose ces deux principes, il faut définir ces mots, ces notions et remonter à leur origine. Il faudra aussi comprendre les besoins de l’enfant car c’est un être prédéterminé biologiquement et ses besoins ne sont pas forcément ce que nous, adultes, croyons.

Eclaircir les notions de jeu et de travail chez l’enfant.

Définitions des mots « jeu » et « travail ». Le jeu c’est quoi ? Le jeu, ça fait référence à quoi ? Le travail ? A quoi cela nous renvoie ? Définition du jeu et du verbe “s’amuser”

Activité d’ordre physique ou mentale, non imposée, ne visant à aucune fin utilitaire, et à laquelle on s’adonne pour se divertir, en tirer un plaisir : participer à un jeu.
S’amuser : Avoir des occupations divertissantes, prendre du bon temps, jouer : les enfants s’amusent dans la cour. En tirer un plaisir, se divertir, voilà une notion positive, le jeu = le plaisir. Et le travail alors ? S’il est perçu comme le contraire de « jeu » ? Et travailler comme l’opposé de « s’amuser » ? Nous renvoie-t-il à « effort » ? Et par là une notion négative de l’acte ? C’est possible selon les idées communes et cela pourrait s’expliquer si l’on remonte à l’origine des mots : pourquoi est-il connoté de manière négative ?
Etymologie de Travail. Le linguiste Pierre Guiraud a observé que le mot “travail” est un croisement entre “Trepalium” (ou tripalium) et une forme romane issue de “Trabicula” (une petite poutre). Notre mot “travail ” est dérivé du bas latin “tripalium”, hérité du latin “tripaliare” signifiant “contraindre”. Ce “tripalium est composé du préfixe “tri”, trois, et “pag” ou “pak” signifiant “enfoncer”, comme dans “pak-sla””pak-slos”, désignant un pieu. Ce “tripalium”, qui est un instrument de contrainte, voire de torture, laisse ainsi entendre le “travail” comme étant effectué de force, à l’instar de l’activité de l’esclave. Le “tripalium” est ainsi un “dispositif servant à immobiliser les grands animaux ” pour le ferrage ou pour les soins. Le mot “travailler” nous vient par là, via le moyen âge, du latin courant “tripaliare”, contraindre avec le “tripalium”. Si l’on considère son étymologie, force est de constater qu’on ne peut pas voir le travail autrement… C’est bien pour cela que j’ai choisi de travailler sur la notion de jeu et de travail pour bien comprendre ce qui oppose bien souvent les deux.

Il est intéressant de regarder maintenant ses synonymes et ses antonymes, qu’est-ce qui se cache derrière ce nom finalement ? Sommes-nous certains de savoir vraiment ce qu’est le jeu ? Souvent opposé à la notion de travail. Notre représentation des choses se base sur notre vécu mais également sur des idées communes. En effet, d’une manière générale et simple, jouer c’est faire l’inverse de travailler, on joue sans effort, c’est plaisant, tout ce qui a attrait au jeu dans notre esprit renvoie donc à du positif, le travail par contre nous renvoie à du négatif : effort, souffrance etc…

Si on y regarde de plus près, voici quelques synonymes du nom jeu que l’on pouvait ignorer si on se réfère aux idées communes : « badinage », « plaisanterie », hasard », « fourberie », « duperie ». Ses antonymes : « effort », « délectation ».
Voici quelques synonymes de travail : « exercice », « mission », « action », « activité », « devoir », « ouvrage », « cheminement », « méthode », « plan », « évolution », « façonnage ». Quelques antonymes : « fragilité », « désœuvrement », « défaillance ».

Maintenant quelques synonymes d’effort (souvent associé à du négatif : effort, souffrance) : « attention », « activité », « concentration », « essai », « force », « propulsion », « application », « réalisation », « art », « résistance ». Ses antonymes : « paresse », « relâchement », « distraction ». Quand on sait que le jeu est pour beaucoup une forme de distraction, il est donc rattaché à la paresse et au relâchement ? Alors, si beaucoup de chercheurs aujourd’hui essaient de démontrer que le jeu est indispensable pour l’enfant, ce qui est vrai, sous quelle forme faut-il le mettre en place et le présenter à l’enfant ? De quelle manière ? Le jeu libre ? Non structuré ? Est-ce que cette forme de jeu, dans les premières années de la vie d’un enfant, est bénéfique ?
Avant de voir ce que Maria Montessori a dit sur ce sujet, essayons également de bien définir ce qu’on entend par « jeu » et ce qui peut y avoir derrière.

Jeu : un terme générique à préciser.

Si l’on convoque la langue anglaise par le biais de Donald WINICOT, le jeu est d’abord créativité pure. C’est un jeu sans règle : « the play ». Ensuite vient le réel et il faut s’en accommoder, c’est à dire la rencontre avec le principe de réalité et par sa normalisation progressive, avec l’introduction de règles il devient « the game ».

C’est ce type de jeu que l’on nomme « libre ». Comme nous l’avons vu plus haut, c’est ce type de jeu qui a pour définition et synonymes : frivolité, faille, incertitude. Mais comme le jeu est indispensable à l’enfant et qu’il a pour effet des apprentissages, et pas un but d’apprentissage, il faut donc mettre en parallèle deux facteurs : quand l’enfant imite il s’agit du processus d’accommodation, quand il joue c’est un processus d’assimilation. En effet, le jeu a pour fonction la projection qui elle même se trouve du côté de l’assimilation, et la projection par le jeu est une organisation du monde extérieur à partir du monde intérieur. Ce qui est donc important ici c’est de comprendre la complémentarité des deux processus, car elle entre en jeu dans le développement de l’intelligence. En effet, l’acquisition de la fonction symbolique par l’enfant est un préalable à son accession au langage. Ainsi, les jeux de simulation tels que les jeux symboliques comme le jeu du faire semblant développent les compétences cognitives.

C’est pourquoi c’est ce type de jeu qui va permettre à l’éducateur d’observer l’enfant de demain. Comme nous allons le voir avec Maria MONTESSORI, le jeu est une activité naturelle chez le jeune enfant qui sollicite des fonctions psychiques élémentaires, ce sont des fonctions innées qui dépendent de la maturation. Nous allons voir grâce aux recherches de Maria Montessori ce qui est biologiquement déterminé chez les jeunes enfants et, après ces constats scientifiques, savoir comment mettre en place jeu et travail dans une crèche.

Car c’est la mise en place qui est primordiale pour les enfants. Les laisser jouer : certainement ! Mais en leur donnant les meilleurs outils pour. Et je ne parle pas de jouet. Je pense que nous avons dans notre esprit une notion erronée du mot « jeu » et du mot « travail » comme nous l’avons perçu précédemment. Tout comme nous avons une vision erronée de ce dont l’enfant a besoin en matière de jeu et de travail. Souvent « jeu » et « travail » sont mis en opposition, un représente le plaisir, l’autre un effort donc une souffrance.

Ce qu’en dit Maria Montessori : ses recherches.

Le jeu est le premier travail de l’enfant car il influence et stimule les connexions qui se forment entre les cellules nerveuses, favorise l’habileté fine et globale, développe le langage, la sociabilisation, l’empathie, l’équilibre émotionnel, la créativité, la capacité à apprendre et à résoudre des problèmes. Selon Maria Montessori : Nous ne devrions donc pas distinguer le jeu du travail pour les enfants car, à leurs yeux, ils sont une seule et même chose. C’est en jouant que les enfants se construisent. En réconciliant jeu et travail, nous aiderons notre enfant à prendre goût à l’activité et à l’effort, qui sont valorisants et porteurs de résultats. Comme nous le voyons il s’agit ici de réconcilier jeu et travail, car oui ces notions ont toujours été dissociées et opposées. Et pourtant, c’est dans le jeu que les enfants développent leur motricité et leur intelligence, qu’ils s’ancrent dans la réalité pour une meilleure conscience d’eux-mêmes et de leur environnement.

Pour Maria Montessori l’effort ne doit pas être forcé…Maria Montessori ne parle pas de jeu mais de travail, elle ne parle pas non plus de jouet car selon elle, l’enfant travaille. Le jeu libre organisé ne peut fonder une éducation intellectuelle car il ne s’appuie pas sur la réalité mais bien sur l’imaginaire. L’imaginaire effréné est néfaste, le travail est bien une activité qui a un but, le jeu est une action dépourvue de but.

Donc quel type de jeu est à mettre en place ? Le jeu symbolique ? Mais qu’est-ce que le jeu symbolique ?

Les jeux symboliques.

Il s’agit du jeu de faire semblant, apparaissant vers 15-18 mois au moment de l’acquisition de la fonction symbolique. L’enfant représente les situations de la vie quotidienne pour s’en distancier, et apprendre à les maîtriser. Il va jouer les conflits de son développement. Ici le jeu a une vertu thérapeutique. On est bien dans l’assimilation par projection, il y a bien des apprentissages qui se font. Les enfants vont ici construire leur personnalité, leur identité. Selon ses recherches, concernant le travail de l’enfant par le jeu, une part importante est donc donnée à l’environnement que l’adulte met en place pour l’enfant. Pour bien comprendre que le jeu est le travail de l’enfant et que l’environnement adapté fait partie du bon développement de l’enfant, il faut revoir quelques principes importants pour notre sujet.

L’environnement

Dans le plan de développement de l’enfant, celui-ci est prédéterminé biologiquement et c’est un de principes éducatifs de Maria Montessori. Ce qui est important pour le sujet c’est que l’environnement est un facteur secondaire pouvant favoriser ou défavoriser le développement de l’enfant. « Chaque enfant disposerait naturellement de la capacité à un développement organique spontané ainsi que d’une pulsion innée à l’épanouissement des forces cachées. Ces pulsions s’expriment par des besoins, des désirs et des intérêts. Ainsi, dans l’environnement, il faut que chaque objet ait sa place de sorte que l’environnement ne soit plus une nouveauté au bout d’un certain temps. Ainsi l’attention de l’enfant n’est plus distraite. Période sensible de l’ordre. Les enfants éprouvent un réel plaisir à retrouver les objets à leur place, ils ont besoin d’ordre, de conservation et d’organisation de leur espace. Car l’ordre donne de la sécurité aux enfants. L’ordre extérieur permet l’ordre intérieur. Cela rassure l’enfant, engendre le calme et la concentration et favorise le sentiment de paix et de détente. Il continue à construire l’ordre intérieur de l’enfant.

Ainsi nous avons vu que : le jeu et le travail chez l’enfant sont une seule et même chose, que le jeu c’est le travail de l’enfant. Que le travail tout comme le jeu sont des besoins prédéterminés biologiquement et qu’ils permettent le bon développement de l’enfant. Mais, pour que l’enfant utilise au mieux ses capacités il lui faut une ambiance et un environnement favorable. L’esprit absorbant. L’enfant absorbe aussi son environnement.

Mes observations en crèche.

Rappel.

En Communauté Enfantine et en Maison des Enfants, nous trouvons les espaces dédiés au travail Montessori, avec les activités sensorielles et les activités de vie pratique. Il y a également un espace pour le jeu symbolique : ce n’est ni un défouloir ni un espace de jeu non structurés, il agit bien ici, dans l’idée de Maria Montessori, d’allier jeu et travail. Il est important de rappeler ce principe car bon nombre d’éducateurs et de parents n’y voient aucun intérêt et confondent l’ambiance de jeux symboliques avec salle de jeu rimant avec « défouloir », « anarchie », « bruit », plutôt qu’une ambiance ou le jeu et le travail ne font qu’un et où chaque enfant va pouvoir également travailler. Dans cet espace du jeu symbolique nous devons favoriser une ambiance sereine et un environnement qui permet les mêmes conditions qu’en sensoriel où en vie pratique : le respect de ces règles est primordial ici aussi : on ne court pas, on ne crie pas, on range son matériel, on en prend soin, on a le choix du temps et des activités mais dans le respect des règles du module et des autres et pour son bien être personnel. Si les adultes ne comprennent pas le but du jeu allié au travail, l’adulte ne va pas permettre une ambiance favorable et va entraver le développement de l’enfant et il est tout à fait logique que l’on y trouve du désordre, du bruit, des cris, des bagarres. Ici dans cette ambiance de jeu symbolique deux choses sont primordiales : propreté et clarté au même titre que les autres ambiances de travail et l’esthétique.

Observations.

Souvent j’ai observé la grande différence entre les ambiances de jeu symbolique et les autres. Plus de bruit et de cris voire des disputes, une tension latente, autant chez les enfants que chez les adultes. Tout le monde a l’air énervé, crispé. Les enfants courent partout et ne prennent plus soin de rien, leurs jeux sont désordonnés, ils se disputent, sont fatigués, ils râlent !
Matériellement cela se traduit par du désordre, trop de choses partout et n’importe où, l’ambiance est surchargée de décoration et les adultes aussi bien que les enfants y mettent le chaos en ne rangeant plus rien à sa place. Les objets se perdent et le matériel est détérioré. Voilà pourquoi je me suis demandé ce qu’il fallait faire et comment agir au plus vite afin de retrouver la sérénité et le bien-être pour tous. En lisant les recherches de Maria Montessori sur le jeu et le travail j’ai compris l’importance de l’ambiance pour le jeu « symbolique », son but, comme nous l’avons vu précédemment et donc l’importance de l’environnement dédié à cette ambiance.

Mise en place

Il a fallu expliquer aux équipes tout ce cheminement, jeu et travail ne font qu’un, le développement de l’enfant, ses besoins, l’importance de l’ambiance même s’il agit de jeu.
Ensuite leur permettre de prendre du recul face aux ambiances où ils passent leur journée et qu’ils ne voient plus tant le quotidien les submerge. Trop de décoration, pas assez d’espaces définis et bien pensés, des jeux en trop grand nombre, jeux abîmés, visuellement tout de trop et de pas assez. Il faut changer l’organisation afin de sécuriser les enfants, car ce sont de leur frustration que naissent les cris, les conflits. En premier lieu il a fallu d’un point de vu esthétique, épurer l’ambiance, créer de la clarté. Tout le superflu a été enlevé, les choses indispensables remises aux bons endroits et repenser les espaces. L’ambiance devant s’adapter à l’intérêt de l’enfant, la force de l’enfant et sa taille, les espaces doivent être bien définis.
Les objets doivent être rangés en fonction des catégories, l’ambiance devenant ainsi simple et aérée. Il faut faire également attention à l’harmonie des couleurs, avoir un matériel de qualité et précis même ici.

En jeux libres structurés nous trouvons un coin doux (seulement pour les communautés), et des jeux symboliques tels que :
– déguisements
– dinette
– coin poupées
– vie pratique
– coin artistique
– kitchenette
– château fort
– table de bricolage

Mais aussi des étagères avec des plateaux individuels (puzzles, emboîtements, encastrements,). Toutes ces activités doivent être mises sur plateau et il faut toujours isoler la difficulté (couleur unie, nombre exact). Il serait judicieux également de proposer des porte tapis, ici aussi, où les enfants pourraient travailler au sol tout comme dans les activités sensorielles. Les autres activités, tels que les légos, devraient être rangées dans des petites boîtes, pas trop grosses, pour éviter un trop grand nombre de pièces et une boîte trop pesante pour les enfants. Une petite boîte se manipulera en individuel.

Finalité

Après avoir réaménagé cet espace, les enfants sont revenus dans le calme, ils se sont mis à observer les changements pour certains quand d’autres se sont rués sur des activités mais dans le calme et le respect. Ils faisaient beaucoup plus attention à ce qu’il y avait autour d’eux, aux activés et aux jeux. Il y a eu beaucoup moins de disputes entre les enfants car chacun a pu trouver ce dont il avait besoin. L’ambiance est devenue plus sereine et les éducatrices ont pu retrouver leur rôle en tant qu’observatrices dans cette espace auparavant chaotique.

Conclusion

Si la crèche Montessori n’est ni une garderie ni un jardin d’enfants ordinaire, c’est parce qu’elle permet un cycle d’apprentissage conçu pour tirer parti des années sensibles de l’enfant qui, entre 3 et 6 ans, absorbe les informations d’un environnement enrichi. Même si les recherches préconisent le jeu en tant que tel, il est primordial de mettre en place l’environnement favorable adapté aux besoins des enfants. Besoins qui associent le jeu et le travail. Et le jeu symbolique, à cette période de la vie d’un enfant doit être mis en place de manière réfléchie et pensé avec les outils nécessaires et adaptés.

Stéphanie Onyszczuk
Chargée de Direction pour les crèches L’Enfant Roi

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