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Mai 19, 2020

Initiation au travail artistique au Nido

Initiation au travail artistique au Nido

Avant toute chose, quand on veut parler d’artistique, il est important de démarrer avec les mêmes bases. C’est pourquoi je vais revenir brièvement sur le terme « art » duquel découle le sujet de mon article.

QU’EST CE QUE L’ART ?

« L’art est une activité, le produit de cette activité ou l’idée que l’on s’en fait s’adressant délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect. »

En se basant sur cette courte définition, il est aisé de faire le lien vers la pédagogie élaborée par Maria Montessori qui prône l’apprentissage par les sens et par l’acquisition spontanée de culture avec une égale facilité et sans effort. Ainsi, on peut davantage comprendre la place et l’enrichissement que les activités artistiques peuvent apporter, bien que je reviendrai ultérieurement sur ces différents points.

Dans son livre « l’esprit absorbant de l’enfant », Maria Montessori revient avec plus de précision sur cette facilité que l’enfant a d’acquérir de nouvelles compétences et sur le panel de chemins par lesquels il va devoir passer pour construire son être. En voici un passage;

« Il ne s’agit pas seulement qu’il reconnaisse ce qui est autour de nous ou qu’il comprenne notre milieu et s’y adapte, mais bien qu’il forme, à une époque où personne ne peut être son maître, l’être complexe d’où sortiront notre intelligence, nos sentiments particuliers, nationaux, sociaux. »

Ce court texte vient pointer un élément important que je vous demanderai de garder à l’esprit tout au long de la lecture de cet article. Le voici; le bébé rencontré au Nido est l’enfant de la communauté enfantine, mais il est aussi le futur de la maison des enfants, de l’école, avant de devenir l’adolescent et enfin l’adulte de demain.

Je vais passer brièvement par la découverte des couleurs et du résultat de leurs mélanges, avant de m’arrêter plus longuement sur les buts et enrichissement que procure le travail artistique.

Je parle ici d’initiation, autrement dit une découverte du matériel artistique et des portes que celui-ci ouvre. Au fur et à mesure, et en parallèle avec son développement psychomoteur, l’enfant pourra poursuivre l’approfondissement et affiner ses capacités s’il le désire.

Savoir que je m’axe ici, principalement sur un travail artistique basé sur le mouvement tel que la peinture ou la sculpture. Pour deux raisons, la première est tout simplement car je m’adresse à un public très jeune (9 à 24 mois) chez qui la préhension intentionnelle des objets débute et commence seulement à se préciser.

La deuxième raison est en lien avec la première, c’est-à-dire que par ce choix, je veille à respecter le rythme de l’enfant et son désir d’apprendre la maîtrise des ses mouvements dans la période la plus propice pour lui.

Je vous invite à présent à découvrir la suite de mon article dans lequel je vais dorénavant approfondir les points abordés précédemment.

Le travail artistique comme manière de visualiser le mouvement

Après seulement quelques mois, le bébé est capable de conceptualiser la notion de mouvement et de volume. Cependant, ce ne sera que vers ses 9 premiers mois qu’il commencera à être capable de contrôler sa préhension et de saisir intentionnellement un objet. L’enfant commence donc à visualiser l’espace qui l’entoure, l’espace qu’il occupe et l’espace qui se pause entre lui et l’objet. Il visualise également à partir de ce moment le mouvement qu’il va devoir effectuer pour atteindre cet objet. Ce sont là des concepts bien compliqués que le bébé va devoir intérioriser. Et pourtant, il sera en mesure de les intégrer sans le moindre effort. Cette facilité est due au fait qu’il entre dans la période sensible correspondante au mouvement selon Maria Montessori et sur laquelle je reviendrai ultérieurement.

Si on fait le parallèle avec la pédagogie Montessori et la manière positive d’appréhender cette période, on comprendra qu’il est important de donner les outils nécessaires pour que l’enfant puisse répondre à son besoin de mouvement.

L’un d’entre eux et celui qui nous intéresse ici est la “COULEUR”. La couleur, au sens large du terme, regroupant dès lors la peinture mais aussi les crayons, les feutres, les pastels, les craies…

Pourquoi ?

À travers ces différents matériaux, le jeune enfant aura l’occasion de visualiser via ses différents traits laissés, le trajet des ses mains. Et ainsi, prendre conscience de la place qu’il prend en tant qu’Être dans l’Espace.

Cela rajoute à ça également les notions d’intensité, de vitesse, de force, etc. Qu’il sera à même de constater en fonction de son trait. Est-il épais? Légèrement enfoncé dans la feuille? Foncé ou clair? Fin? Presque invisible? Droit et franc ou incertain? Etc.

Il s’agit en un cours résumé de donner à l’enfant la possibilité d’expérimenter librement la couleur et ses mouvements pour qu’il puisse de lui-même en retirer/en absorber un maximum d’acquisition et de conceptualisation directe ou indirecte nécessaire à sa construction.

Je vais vous illustrer ici comment un travail artistique va pouvoir permettre à l’enfant de se rendre compte et de visualiser la place qu’il occupe dans l’Espace. Il sera question ici de laisser l’enfant marcher dans une couleur et de le laisser se promener. Ensuite, on viendra lui faire constater l’étendue de son parcours. Au delà du coté artistique que ses pas forment au sol, il peut également remarquer (si on y rajoute un deuxième copain avec une couleur différente) ses interactions et la place qu’il occupe par rapport à l’autre. D’une certaine manière, l’exercice va venir inviter l’enfant à entrer en réflexion sur l’autre et peu à peu sortir de sa bulle égocentrique.

À nouveau, Maria Montessori met en avant l’importance du mouvement en l’élevant au rang de collaborateur de l’intelligence. C’est en ça que l’activité artistique en retire toute son importance. Car elle permet une totale liberté dans les mouvements et une visualisation de ceux-ci.

Elle y trouve également ses qualités dans le cadre que sa pratique demande. J’entends par là qu’il est vrai que la liberté du mouvement y est présente. Mais le cadre imposé par la dimension du support va d’une certaine manière obliger l’enfant à contrôler son geste, à le contenir dans l’espace donné. On y retrouve ici le concept du contrôle de l’erreur qui a pour but de permettre à l’enfant de constater par lui-même l’erreur, s’il y a. Dans ce cas présent, il pourra la constater si son trait sort des limites données. De cette façon, il apprend à contrôler et maîtriser son geste.

Un deuxième sera le « MODELAGE ». Autrement dit, la pâte à modeler, la pâte à sel, l’argile, etc.

Pourquoi ?

De nouveau, à travers ces différent travaux, l’enfant sera en mesure de visualiser de manière concrète sa force et l’intensité qu’il met dedans. Il n’est que trop habituel qu’en tant que professionnel, nous soyons face à cette situation: Un enfant qui tape, pince, pousse et tombe sur les copains, lance le matériel et à qui on répète à longueur de journée qu’il doit faire “doucement” avec les copains et le matériel. Mais que veut dire “doucement” pour le jeune enfant? Il va bien sûr finir par l’intégrer à force de répétitions et d’exemples dans lesquels il pourra mettre son sens du toucher à profit. Mais cela n’en reste pas moins un concept difficile à maîtriser chez les tout-petits. Alors pourquoi ne pas s’aider d’un matériel avec lequel il pourrai visualiser sa force en plus de la sentir par le toucher?

Le travail artistique comme moyen de développer sa psychomotricité, sa motricité fine et sa coordination

Comme pour le choix du travail Montessori, on va échelonner la difficulté du travail artistique proposé en fonction de l’enfant afin de ne pas le mettre en difficulté.

La première approche se fera avec les mains sur une grande surface et un peu de peinture d’une seule couleur primaire, le rouge, le bleu ,le jaune. Par la suite on pourra venir avec deux couleurs primaires; rouge et jaune; bleu et jaune; bleu et rouge. Avant d’arriver sur l’ajout du blanc et du noir et de suivre sur des couleurs variées.

En procédant ainsi on permettra à l’enfant d’identifier les couleurs, leurs mélanges, leurs contrastes en même temps que le mouvement accomplit par ses mains. On pourrait comparer  ces différents travaux artistiques aux travaux préliminaires rencontrés dans la pédagogie Montessori. En suivant ce raisonnement on peut venir y ajouter différentes variantes. Le but étant ici la visualisation de son mouvement, il est intéressant de lui proposer l’activité sur un support de grande taille, afin de ne pas couper son mouvement. Par la suite on pourra lui proposer des supports de différentes tailles pour lui donner l’occasion d’expérimenter la « retenue » et de s’appliquer pour ne pas sortir des limites.

Une de mes observations effectuées sur le terrain est celle-ci: après avoir proposé le même travail à deux enfants avec plusieurs mois d’écart, j’ai pu constater que le plus jeune, qui avait 10 mois allait faire de très grands mouvements et recouvrir tout l’espace vierge assez rapidement, alors que celui 15 mois, avait lui d’avantage tendance à se concentrer sur une plus petite partie et à étaler la peinture sur un espace plus restreint et proche de lui sur la feuille. Je mets ici en avant cette observation car je trouve qu’elle illustre bien les différents intérêts et les différents besoins que le jeune enfant cherche instinctivement à comprendre et conceptualiser. Elle montre également l’importance de proposer un travail qui correspond à l’enfant et qui va lui permettre de poursuivre sa découverte.

En outre la visualisation de son mouvement et la conceptualisation de la place qu’il occupe dans l’Espace ou de sa connaissance des couleurs, le travail artistique dit préliminaire, pousse l’enfant à faire travailler les articulations qui seront nécessaires par la suite au travail de l’écriture. On peut une fois de plus constater que les buts recherchés sont communs avec ceux recherchés à travers la pédagogie de Maria Montessori.

Le travail qui viendra par la suite, et qui peut-être considéré comme une variante, consiste à donner deux couleurs contrastées à l’enfant. Une sur sa main droite et une sur sa main gauche. À ce stade de son développement l’enfant n’a encore aucune préférence pour sa droite ou sa gauche. L’intérêt du travail ici est donc de lui donner la possibilité de travailler les deux de façon égale. Et de prendre conscience de la gestuelle propre à chacune de ses mains.

Jours après jours, l’acquisition grandissante de sa motricité, permet l’usage de matériel plus complexe tel que le crayon, le marqueur, la pastel. Travaillant ici, à travers la prise en main, le mouvement du poignet nécessaire une fois de plus à l’écriture. S’en suivra la précision du trait.

Le travail artistique comme outil pour la construction synaptique

Comme dit plus haut, au terme de sa première année l’enfant entre dans sa période sensible du « mouvement ». Les périodes sensibles sont des stades par lesquels l’enfant passe. «Elles sont passagères et se limitent à l’acquisition d’un caractère déterminé. Une fois ce caractère développé, la sensibilité cesse. » M.Montessori

Il va donc être en recherche de stimuli en rapport avec son besoin de mouvement. Une fois de plus, le travail artistique va donner réponse à cette recherche de stimulus. Mais attention à ne pas se méprendre, le travail artistique ne suffit pas à combler les besoins de l’enfant durant cette période. Par contre, il va contribuer à sa compréhension et à le recentrer comme on a pu le découvrir précédemment.

Il y contribuera également au niveau de sa construction synaptique. En effet, le cerveau du bébé est en constante construction et en constante activité. Pour faire simple, chacun de ses nouveaux apprentissages viennent créer ou renforcer une partie de son cerveau. Si bien qu’à ce stade là de son développement, le bébé possède jusqu’à 100 milliards de neurones, soit même plus que ceux dont il aura besoin pendant l’entièreté de sa vie.

Mais que vient faire le travail artistique là-dedans?

Ici, je vais me projeter vers le futur, quitter le Nido un court instant pour regarder plus loin dans la vie de l’enfant, dans son adolescence ou dans sa vie d’adulte. Et je vais ici me baser sur le compte-rendu d’une conférence donnée par le docteur Catherine Thomas-Antérion (neurologue et docteur en neuropsychologie) et sur sa définition de l’oeuvre d’art :

« L’oeuvre d’art : celle-ci correspond à la résolution d’un problème, d’une question posée tout en ajoutant une dimension supérieure liée à la notion d’efficacité, mais aussi de nouveauté, d’innovation pour susciter l’émotion. Mais elle nécessite un long processus de maturation faisant intervenir plusieurs cheminements au sein du cerveau à la fois sur la voie de la conscience et de l’inconscient. L’élaboration d’une oeuvre artistique passe par différentes étapes. Tout commence évidemment par l’inspiration. On y développe donc le rôle joué par les neurones miroirs, pour l’imagination puis une longue période de maturation où le cerveau organise, trie, synthétise, organise, projette. (…) »

Les zones du cerveau activées ne concernent pas une zone particulière mais de multiples réseaux de neurones de façon à mobiliser de nombreuses ressources liées à l’intelligence, la mémoire -où se trouvent mêlées des connaissances et des détails de vie-, les émotions, l’environnement, la personnalité, la sensibilité, la motivation. » – Dr. Catherine Thomas-Antérion

C’est à la suite de ce petit texte que je veux revenir sur la multitudes de préparations, d’actions et de stimulations que suscite l’élaboration d’une oeuvre. De manière plus concrète et pour revenir d’avantage sur la période de l’enfance, il faut comprendre à travers ce texte que « l’oeuvre artistique » dont parle le docteur est le résultat des différents travaux artistiques que l’artiste aura absorbé durant son enfance. La part de l’inné et de l’acquis est un point que je n’élimine pas. Mais il est intéressant de constater qu’il existe des prédispositions qui se déclinent et s’ancrent chez l’enfant et cela de façon très précoce, autrement dit dès le Nido. Et ce, pour une raison très simple : le cerveau dit « plastique » de l’enfant se développe et évolue constamment en fonction des expériences qu’il vit ainsi que de la manière dont il les ressent et les absorbe durant ses premières années de vie.

Conclusion

« Les choses qu’il voit ne vont pas seulement dans sa mémoire; elle forment une partie de son âme »

M.Montessori

À mes yeux, cette dernière citation de Maria Montessori suffit à elle-même pour venir conclure mon article. Article dans lequel j’ai essayé de vous transmettre ma passion pour l’Art et pour l’éducation de nos adultes de demain. Nous rappelant que toutes ces choses qui croisent notre chemin sont venues, viennent, et viendront encore définir la personne que nous sommes, et que nous deviendrons.

En espérant que la beauté de l’Art et de sa pratique pourra survivre en chacun des enfants.

Maelle Labbé
Éducatrice principale

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