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Jan 16, 2018

Comment favoriser la gestion des émotions par l’écoute de son corps

Comment favoriser la gestion des émotions par l’écoute de son corps, notamment grâce au Brain Gym ?

Introduction

Les émotions font partie intégrante de l’existence humaine. Elles permettent de construire notre identité sociale et identitaire. Il est donc important d’accompagner  les émotions « des enfants  qui deviendront les hommes de demain ». C’est à nous adulte de les guider vers la reconnaissance de chaque émotion existante, de la comprendre, de l’exprimer et de l’utiliser de manière constructive.

Cet accompagnement doit être adapté à l’enfant et répondre à ses besoins. C’est par l’attitude positive de l’adulte que l’enfant va pouvoir se sentir apaisé et en confiance face à ses émotions. Etre simplement présent, rassurant, calme, respectueux et empathique aide l’enfant à retrouver son calme, à  apaiser son état et à l’aider à comprendre son ressenti par la verbalisation.
Maria Montessori écrit que c’est au nouvel éducateur d’être un modèle pour l’enfant qui absorbe tout ce que l’adulte lui renvoie. Elle parle d’effet miroir.

Plusieurs outils pédagogiques et éducatifs peuvent aider l’enfant à gérer ses émotions. Dans cet article, j’ai choisi de vous parler du Brain Gym, un sujet qui m’a sensibilisé tant d’un point de vue personnel que professionnel. C’est un outil que j’ai pu voir expérimenter auprès d’enfants ayant des troubles comportementaux, relevant d’hyperactivité, d’échec scolaire et qui s’est avéré bénéfique et efficace dans la compréhension et la gestion de leurs émotions. Reconnaître une émotion passe aussi par l’écoute du corps. Le Brain Gym, nous permet de mieux communiquer, gérer nos émotions, mémoriser, améliorer notre posture et apprendre plus naturellement.

Comment peut-on favoriser la gestion des émotions par l’écoute de son corps, notamment grâce au Brain Gym ?

Dans un premier temps, je définirai les termes suivants : le  Brain Gym et  l’émotion. Ensuite, je parlerai de l’importance d’accompagner les émotions chez l’enfant. Et enfin, je développerai les bienfaits psychologiques et physiques que peut apporter le Brain

Quelques définitions

Le Brain Gym

La méthode du Brain Gym est une méthode utilisant les mouvements de nos membres dans le but d’améliorer nos capacités et développer nos potentiels. Elle permet à tout individu d’être à l’écoute de son corps, de mieux communiquer, de gérer ses émotions, d’améliorer plus naturellement sa posture. Cette méthode, fondée par le Docteur Paul Dennison dans les années  80, compte vingt-six mouvements simples qui améliorent en particulier la concentration, l’attention, la psychomotricité fine et globale…

Il s’agit de mettre en application des séries de mouvements simples et pratiques qui vont permettre  de réactiver et d’améliorer nos performances physiques et intellectuelles en favorisant l’activation de toute une série de zones de notre cerveau. Ces exercices ludiques de gymnastique des neurones peuvent se réaliser très simplement en toute autonomie et à tout moment sans la nécessité de matériel.

Les exercices proposés sont  par exemple (cf. explication plus détaillé que vous pourrez trouver en annexe) :

Les huit couchés :

Les contacts croisés :

Le crayonnage en miroir :

Les mouvements de latéralité croisés et les mouvements homo-latéraux :

Ouvrir grand ses oreilles :

Le planeur :

Les points positifs :

Les émotions

Isabelle Filliozat, dans « Au cœur des émotions de l’enfant », écrit que l’émotion est un mouvement  vers le dehors, un élan qui naît à l’intérieur de soi et qui parle à l’entourage. Les émotions vont nous permettre de nous réaliser en tant que personne à part entière, nous guider vers notre construction identitaire et sociale. «La vie, c’est le mouvement.  E-motion, E = vers l’extérieur, motion = mouvement. »

Dans ce livre, Isabelle Filliozat, explique que l’émotion peut être spontanée, mais elle est la plupart du temps déclenchée par des pensées. Notre cerveau identifie et donne un sens à une perception, puis une émotion est déclenchée.

La peur est nécessaire et nous aide à nous préparer et à nous protéger. La colère est une réaction à la frustration. Elle permet de développer l’affirmation de soi. Elle permet notamment d’harmoniser nos relations aux autres. La tristesse, nous accompagne dans le deuil suite à une perte ou une séparation. La joie accompagne notre réussite et l’amour.

Nous allons à présent aborder l’accompagnement de l’enfant dans ses émotions.

L’accompagnement des émotions chez L’Enfant

Les impacts des émotions négligées et non respectées

Maria Montessori parle d’esprit absorbant chez l’enfant. C’est la manière dont l’enfant s’adapte à son environnement au travers de son intelligence. Elle compare l’enfant à une éponge qui aspirerait toutes les informations à sa disposition. Elle dit que : « l’enfant absorbe le monde autour de lui ».

L’enfant s’imprègne donc de tout ce que l’adulte dit ou réalise dans l’accompagnement de ses émotions. Une fois l’émotion sortie, l’adulte va aider l’enfant à comprendre ce qui lui arrive. Il pourra ensuite apprendre à maîtriser son énergie, exprimer ses besoins de manière socialement acceptable et pour savoir qu’il ne court aucun danger en laissant aller à ce qu’il ressent.

Comme l’explique la psychothérapeute Isabelle Filliozat dans son livre, l’enfant n’a pas encore la capacité cérébrale de réguler sa peur ou sa colère ; il n’est donc pas bon de le laisser gérer seul ses émotions. Il ne peut pas comprendre ce qu’il se passe en lui et peut se mettre dans un état de stress encore plus toxique. Par exemple la colère qui n’aura pas été accompagnée par des mots et respectée par l’adulte sans être jugée ressortira un jour de manière non appropriée (violence envers autrui ou vers soi-même, destruction de matériel…)

Les neurosciences expliquent que l’enfant ne peut pas réagir comme l’adulte car ses structures et réseaux cérébraux ne sont pas suffisamment fonctionnels. L’enfant va donc réagir spontanément sans prendre de recul et maîtriser ses émotions. Très souvent, il ne comprend pas ce qu’il lui arrive lui-même et se retrouve submergé par son émotion qu’il ne peut pas gérer.

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre souligne davantage, dans son livre « Un merveilleux malheur » que la stabilité affective est très importante dans les premières années de la vie d’un enfant. Elle va lui permettre d’acquérir une confiance en lui, c’est ce qu’on appelle un attachement sécure. A l’inverse, un attachement insécure est provoqué par un manque de présence de l’adulte ou à contrario, une trop grande intrusion de celui-ci dans les différents comportements de l’enfant. Un attachement sécure permet de développer chez l’enfant son autonomie comme Maria Montessori l’envisageait. Boris Cyrulnik parle de carence affective chez l’enfant. Cette carence donne des enfants, puis des adultes violents, instables, dépressifs…Les enfants ayant subis des carences affectives, ou d’autres négligences peuvent notamment développer des troubles du comportement, des échecs scolaires, des cauchemars, de l’énurésie, de l’anorexie…

Nous pouvons en déduire, que c’est à nous adultes de prendre soin de l’enfant, de le  respecter, d’être à son écoute, de répondre à ses besoins mais surtout de l’accompagner dans son développement physique et intellectuel pour construire  l’homme en devenir.

« L’enfant est un individu unique : pour apprendre il doit se sentir accepté, aimé, en sécurité et acteur d’un environnement qui l’encourage, le nourrit et le soutient », Maria Montessori.

Comment accompagner L’Enfant à comprendre ses émotions ?

Maria Montessori, pionnière en matière de science de l’éducation avait observé dans ses expériences que quand l’enfant se sent aimé, soutenu, accueilli et encouragé, quand il sait que l’adulte face à lui a confiance en lui, il s’épanouit davantage et déploie son potentiel.« L’amour, la bienveillance et l’encouragement sont les leviers de l’âme humaine », Maria Montessori.

Les recherches de Maria Montessori soulignent encore aujourd’hui l’importance du comportement de l’adulte envers l’enfant. C’est en offrant une relation chaleureuse affectivement et physiquement à l’enfant, en lui apportant de l’empathie et en le considérant comme un individu à part entière, que l’enfant se développera au mieux.
Il est essentiel de ne pas juger l’émotion de l’enfant, ni de la nier ou encore  de la réfréner. L’enfant a le droit de ressentir ce qu’il ressent. Reconnaître son émotion est preuve de sa considération de la part de l’adulte.

Maria Montessori disait : « Aide-moi à faire seul », c’est ce que rejoint Isabelle Filliozat en écrivant :  » Accepter et comprendre: ne vous mettez ni à chercher à le « guérir  » de sa peur, ni à résoudre son problème à sa place. Faites preuve de compassion, d’empathie, c’est tout ce dont il a besoin. Vous allez l’accompagner pour tenter de vaincre cette peur, mais seulement selon son désir à lui. Toute attente de votre part bloquerait le processus ».

Les propos d’Isabelle Filliozat rejoignent les principes de la pédagogie de Maria Montessori dans ce processus d’accompagnement de l’enfant vers son autonomie. La citation phare de Maria Montessori et qui synthétise ces quelques lignes : « Aide-moi à faire seul ».

Dans ce paragraphe, j’ai envie de vous faire part de quelques outils que nous utilisons à l’école Maria Montessori et qui a fait ses preuves auprès des enfants : Tout d’abord, nous accordons beaucoup d’importance à l’aide apportée aux enfants pour mettre des mots sur ce qu’ils peuvent ressentir et vivre au quotidien. Nous proposons à l’enfant de libérer son émotion par le biais de la technique du « Jeu de peindre  » d’Arno Stern qui lui permet de vider sa charge émotionnelle à travers la peinture dans l’instant présent sans le jugement d’autrui sur sa trace. Nous proposons également à l’enfant de pouvoir exprimer sa colère à travers divers outils : le dessin, la manipulation du coussin de la colère, des livres sur les émotions comme « La couleur des émotions » de Marie Antilogus, des cartes des émotions, des  jeux d’associations ou des jeux de mimes, de la relaxation ou encore par le Brain Gym.

Tous ces outils, nous ont montré les effets positifs tant sur le développement psychologique que physiologique des enfants.  Par exemple J (6 ans) actuellement à l’école Maria Montessori, était un enfant qui avait beaucoup de difficultés à gérer ses émotions. Son institutrice l’a accompagné au travers du livre « La couleur des émotions » Je lui ai également proposé de dessiner ce qu’il ressentait lorsque il se sentait débordé par ses émotions. Cet accompagnement lui a permis d’être plus calme et de savoir comment davantage gérer ses émotions.

Ce qu’il est important de retenir, c’est d’aider l’enfant à comprendre ses émotions et à les canaliser afin qu’il puisse se développer sereinement et devenir un être social, respectueux des autres. Donnons à l’enfant toutes ses chances de s’épanouir pleinement en tant qu’individu.

« Un enfant enfermé dans ses limites reste incapable de se valoriser et n’arrivera pas à s’adapter au monde extérieur », Maria Montessori.

C’est dans une troisième partie que j’ai choisi d’aborder un des outils d’accompagnement des émotions de l’enfant : « Le Brain gym ».

Le « Brain Gym », un outil parmi tant d’autres.

Les bienfaits psychologiques

Le Brain Gym peut aider aussi bien l’enfant que l’adulte dans tous les domaines de la vie, que ce soit au niveau du sport, de la lecture, des mathématiques ou encore de la communication.
Paul Dennison dit que le Brain Gym peut développer de nombreuses qualités humaines comme l’empathie par exemple. Ces mouvements permettent à l’enfant d’apprendre et de découvrir son corps en relation avec son mental. Il va, au fur et à mesure permettre à l’enfant d’acquérir une confiance en lui, de se respecter et donc apprendre à respecter l’autre. L’empathie est une faculté vitale pour vivre en société, comprendre ce que quelqu’un d’autre peut ressentir. Le Brain Gym apporte cette conscience de l’expérience émotionnelle de l’autre puisqu’avant de l’avoir pour l’autre, elle est passée à l’intérieur de soi.

Les exercices du Brain Gym sécurisent notre posture : en modifiant l’information du corps, on transforme l’information dans le cerveau. Lorsque la posture corporelle est sécurisée, nous sommes en sécurité cérébrale. La posture du corps peut nous soutenir. Ces mouvements peuvent aider à améliorer l’écoute de notre posture et vivre un quotidien épanouissant. « Quand l’esprit, le corps et le cœur sont actifs et intégrés, les gens s’épanouissent. Ils apprennent facilement, deviennent créatifs, compatissants et amicaux, et ce qui est le plus important, ils trouvent un sens dans leur vie et sont heureux ».

Prenons l’exemple du mouvement « Les points positifs » : Le but est de toucher légèrement les points au-dessus de chaque œil, à mi-chemin des sourcils et de la racine des cheveux avec les extrémités de chaque main et de mettre juste assez de pression pour prendre la peau et maintenir le contact pendant environ une minute. Cet exercice, pour l’avoir essayé personnellement m’a aidé à canaliser le stress que j’éprouvais avant de jouer un morceau de piano devant plusieurs personnes. J’ai senti mes muscles faciaux se détendre et mon mental était centré sur l’instant présent. Cela m’a permis de me laisser aller au plaisir de jouer du piano et de reprendre confiance en moi.

Dennison a voulu nous transmettre à travers le Brain Gym que le mouvement et l’apprentissage vont de pair. Il écrit : « L’apprentissage basé sur le mouvement est vraiment une nourriture pour le cerveau ».

Les bienfaits physiques

Nous avons pu voir en première partie dans sa définition que le Brain Gym active les compétences de l’apprentissage. Ses activités simples stimulent les systèmes sensoriels en facilitant l’accès aux deux hémisphères du cerveau et améliorent l’apprentissage et le traitement de l’information.

Les neurosciences ont prouvé que le mouvement physique stimule les fonctions cérébrales.

Paul Dennison, écrit : « Les tout-petits, quand ils commencent à marcher, à parler et à se socialiser, requièrent le minimum d’enseignement. De façon merveilleuse, vers l’âge de trois ans la plupart des enfants ont maîtrisé un nouveau langage ainsi que toutes les nuances de la gestuelle faciale et manuelle et les interactions sociales qui donnent son contexte au langage.  Ils ont également appris à marcher, à courir et à trouver leur équilibre en fonction de la loi de la pesanteur. Et ils apprennent tout cela par le mouvement et par le jeu ».

Le Brain Gym aide l’individu à comprendre comment il se sent dans son corps et son esprit et le changement qu’il peut ressentir après quelques mouvements. Prenons l’exemple d’un des mouvements du Brain Gym, « Les contacts croisés ». Il est prouvé scientifiquement qu’ils permettent de restaurer l’équilibre après un stress émotionnel ou environnemental en activant les lobes frontaux du cerveau.

« Les contacts croisés », est un exercice qui demande de se recentrer sur son corps. Ils réactivent nos muscles qui sont liés à l’équilibre. Dans ce mouvement par exemple, il nous est demandé de croiser notre cheville gauche sur la droite ; d’étendre nos bras et de croiser notre poignet gauche sur le droit puis d’entrelacer nos doigts et de faire passer nos mains vers la poitrine. Il est important de maintenir cette position pendant une minute en prenant une grande respiration avec les yeux fermés et le bout de la langue contre le palais. Pour l’avoir personnellement expérimenté dans une situation de stress émotionnel, je me suis rendue compte à quel point cette expérience me ramenait vers une relaxation complète de tous les membres de mon corps et de mon esprit.

A travers mes expériences professionnelles, j’ai découvert l’importance et la nécessité de laisser l’enfant faire ses propres expériences dans la liberté de ses mouvements. C’est à nous, adultes, de lui donner tous les outils possibles qui vont l’aider à se développer positivement. J’ai également pu observer que les mouvements du Brain Gym pouvaient canaliser l’hyperactivité de certains lorsque je travaillais dans la protection de l’enfance. Cette méthode était mise en place dans le cadre du suivi psychologique de l’enfant au sein de l’établissement.

Des enseignants dans le monde entier, utilisant ces mouvements dans leur classe, ont observé des bienfaits chez l’enfant à plusieurs niveaux tels que l’amélioration de la motricité fine et globale, la gestion du stress et des émotions, l’amélioration de la concentration, l’organisation, la communication, l’hyperactivité…

Conclusion

Une émotion n’est en soi, ni bonne ni mauvaise. Chaque émotion ressentie est utile car elle nous donne notre conscience d’être. Il faut garder à l’esprit que gérer une émotion est une tâche de chaque instant de notre vie. Pour pouvoir la gérer, il importe de la reconnaître et de trouver comment nous pouvons la gérer afin que nous puissions vivre harmonieusement avec autrui et avec nous-même.

Le Brain Gym est une méthode qui rejoint un des principes fondamentaux de la pédagogie de Maria Montessori qui est la liberté de mouvements et le choix de ses propres apprentissages. Le Brain Gym porte essentiellement sur l’action de « faire ressortir » l’apprentissage grâce à l’expérimentation du mouvement et l’imprégnation de ces expériences par l’observation des sensations kinesthésiques.

Les neurosciences ont prouvé que de nombreuses personnes, enfants comme adultes pratiquant cette méthode par les différents mouvements existants ont amélioré leur forme physique et psychologique. Le Brain Gym permet de développer nos facultés physiques, intellectuelles mais aussi émotionnelles.

Dans ces observations de l’enfant, Maria Montessori nous démontre que le mouvement est la première façon dont nous intégrons notre apprentissage dans une action expressive. L’enfant apprend en expérimentant les choses de la vie naturellement. Et pour qu’il puisse réaliser ses expériences, il est essentiel de le laisser libre de ses mouvements.

« Le mouvement devrait être au service de la vie toute entière, et pas seulement réservé à l’exercice physique pour être en « bonne santé ». Cela reviendrait à séparer ce que la nature a uni. », Maria Montessori.

Vanessa De Paola
Chargée de direction – Maison Relais L’Enfant Roi

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