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Mai 3, 2017

L’éveil des sens

L’éveil des sens

« Regard croisé entre la pédagogie Montessori et la pratique de la pleine conscience »
« Nous ne devions pas comprendre le monde par le seul intellect ; nous l’appréhendons tout autant par les sensations » (Carl Jung). Pratiquer la méditation, vivre en conscience fait d’abord appel à nos sens. Par cette pratique, on essayera d’appréhender les informations perçues simplement, sans émettre d’analyse.

La citation de Jung pose également le problème du regard de notre société sur l’éducation et sur le mode d’apprentissage favorisé. Actuellement, le modèle pédagogique encore dominant est fondé sur un apprentissage passif de concepts, de savoirs où l’on entraine les enfants à intégrer une quantité d’informations, sans favoriser l’expérience. A l’inverse, à travers la pédagogie Montessori, on invite l’enfant à apprendre d’abord par ses expériences sensorielles et ensuite à manipuler les concepts. On peut observer que la pratique de la pleine conscience et la pédagogie Montessori s’inspire du même postulat ; c’est-à-dire que les sens restent le premier lien entre nous et notre environnement. Les informations sensorielles que nous recevons,  modèlent notre vision du monde.

En partant de cette idée, on peut se demander par quel intermédiaire l’enfant apprend – il ? Qu’est- ce qui influencera son attitude ? A travers ces quelques lignes, nous allons essayer d’apporter quelques éléments de réponses à ces questions.

1 – Quand les croyances induisent le comportement

A – L’influence du regard d’autrui sur notre attitude

Il est évident que  l’accompagnement de l’adulte induit le développement de l’enfant dans l’acquisition du langage, de la marche, de la motricité fine. Cela est moins probant, quant à l’influence des croyances de l’adulte sur l’attitude de l’enfant.  Les travaux de Rosenthal et Jacobson dans ce domaine sont édifiants. Ils ont montré que les préjugés des enseignants influencent les productions des élèves. Même si ils n’en sont pas conscients, les professeurs opèrent des différences de comportement en fonction des élèves et du groupe auxquels ils appartiennent. La théorie sur l’effet Pygmalion permet d’avancer que les enfants appartenant à des groupes dits stigmatisés, réussissent moins bien à l’école. On peut prendre comme exemple, les élèves issus de milieu défavorisé ou les filles et leur capacité en mathématiques.

Les recherches récentes attestent que l’autoréalisation des prophéties (c’est-à-dire que les croyances se réalisent) suppose une relation de subordination entre celui qui en positon d’observateur (l’enseignant, le thérapeute, l’employeur…) et celui qui est position de cible (l’élève, le patient, l’employé…)

Au vu de ces résultats, il est intéressant de noter que la pédagogie Montessori rejoint l’analyse précédente. Le rôle de l’éducateur est très important.  Le regard de l’adulte va influencer la façon d’agir de l’enfant et fonder sa vision du monde et de lui-même. C’est l’adulte qui lui laissera à l’enfant la liberté et la capacité « d’apprendre à faire seul. »

B – L’influence de notre regard sur notre attitude

Tout un courant de la psychologie a travaillé sur l’effet de notre personnalité sur notre état de santé. Nos pensées, nos croyances, nos émotions influencent notre comportement et notre état de santé.

Certaines études ont montré que de développer un état d’esprit optimiste, c’est-à-dire de ne pas se faire de reproche, quand nous sommes aux prises avec certaines difficultés, diminue le risque de développer des symptômes dépressifs ainsi que certaines maladies chroniques (Séligman, 1988). Croire en ses capacités à agir sur certains évènements de notre vie, influe sur notre santé. Les personnes ayant un sentiment de contrôle sur leur vie, c’est-à-dire d’être maître de ce qu’ils leur arrivent,  seront en meilleur santé. (Bandura, appellera cela l’auto-efficacité, 1985)

Par contre, toute une ligne de recherches intéressantes montre que le stress semble réussir à certaines personnes qui ont survécu à des évènements stressants. Dans ce cas, on parlera de résilience (Kobasa, 1979). Les individus résilients savent mobiliser plus de ressources pour faire face aux évènements stressants. La résilience implique une autre façon de voir le monde, et une autre façon de se voir soi-même. Dans ce cas, les personnes présentent un niveau d’engagement plus élevé et ont tendance à se sentir pleinement impliqués dans ce qu’ils font jour après jour. Ils considèrent le changement comme une partie naturelle et non comme une contrainte.

Pourquoi certains individus ont développé plus de ressources pour faire face aux situations stressantes ?

Une partie de la réponse, réside certainement dans leur capacité à vivre l’instant présent, à être et non pas seulement paraître. On appellera cela : vivre en pleine conscience.

2 – La pleine conscience

Jon kabat-Zinn a créé un nouveau type de structure, appelée  souvent « la clinique du stress » dans les années 90, associé à une nouvelle branche de la médecine, qu’est la médecine comportementale. Elle part du postulat, que notre façon de penser ou d’agir, ainsi que notre état émotionnel  influe sur notre état de santé et sur notre capacité à guérir.

Qu’est-ce que la pleine conscience ?

« La pleine conscience est la qualité de conscience qui émerge lorsqu’on tourne intentionnellement son esprit vers le moment présent. C’est l’attention portée à l’expérience vécue et éprouvée, sans filtre (on accepte ce qui vient), sans jugement (on ne décide pas si c’est bien ou mal, désirable ou non), sans attente (on ne cherche pas quelque chose de précis). »(André)

Nos pensées, nos croyances ont un effet profond sur tout ce que nous faisons et peuvent aussi avoir un effet sur notre santé. Notre schéma de pensée  conditionne notre façon d’appréhender la réalité, y compris nos relations à nous-même et au monde.

En appliquant la pleine conscience au moment d’interagir avec autrui, on peut demeurer dans l’ouverture de la pure vision, sans être prisonnier de son mode de pensée habituelle, fortement conditionné par les codes sociaux intériorisés, ni d’un flux de perturbation du domaine des sentiments qui ne fait qu’entrainer toujours plus de perturbation et de turbulences mentales.

La pleine conscience nous sert donc de protection, de conséquence à nos réactions émotionnelles, oublis et maux inconscients habituels.

En appliquant la pleine conscience à ce moment et de cette manière, à cet instant précis, nous sommes libres de toute conceptualisation et de tout traumatisme d’attachement. Tous nos maux infantiles ne nous atteignent plus, ne parasitent plus notre état d’être.

Nous demeurons simplement dans la conscience de ce qui est vu, entendu, senti, goûté ou pensé, qu’il soit agréable, désagréable ou neutre. La méthode proposée pour développer cet état est la méditation.

Qu’est-ce que la méditation ?

« C’est une façon d’être et non une technique, c’est une façon d’être en relation à l’instant présent. »

Avec cette pratique, nous pouvons nous préserver de la conscience complexe de pensées et d’émotions souvent contrariantes ou captivantes que peut déclencher une simple impression sensorielle.

Est-ce que en être pleine conscience est une façon de conditionner son esprit à fonctionner de manière positive et bienveillante ?

Cette façon d’être  « simplement » présent, à l’écoute de ce qui se passe sans jugement, sans attente, sans filtre n’est autre que l’attitude qui est demandée à une éducatrice montessorienne. En étant attentive à ce que lui transmettent ses sens, elle ne peut être que proche des besoins de l’enfant et y répondre au mieux. Est-ce que l’adulte ne gagnerait pas à garder le même mode d’apprentissage que les enfants, c’est-à-dire apprendre par les sens ?

3 – Apprendre par les sens

Un des fondements de la pédagogie Montessori est que l’enfant apprend par les sens. L’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat et le goût sont les premiers liens entre l’enfant, ce qu’il vit intérieurement, et son environnement. Le matériel pédagogique est d’ailleurs construit, afin que l’enfant fasse d’abord l’expérience sensorielle avant d’en connaitre le concept. Par exemple, par l’intermédiaire des « planches rugueuses », il va d’abord faire l’expérience du rugueux et du lisse, avant d’en connaître les mots. « Un autre genre d’exercice du contrôle des mouvements est celui qui permet de rendre possible le silence absolu. Il n’est pas question d’un silence approximatif, mais d’une perfection atteinte graduellement sans qu’un son soit émis, sans qu’on laisse entendre le plus petit bruit, pas le moindre mouvement des mains et des pieds. » La leçon de silence, par l’intermédiaire de l’ouïe, de la vue, de l’odorat, le toucher et le mouvement permet à l’enfant de retrouver son calme. Toutes les leçons de silence se caractérisent par l’alternance entre le mouvement et le calme. Par exemple, on peut imaginer que les enfants sont assis en cercle, les yeux fermés et passent à leurs voisin une fleur qu’ils sentent dès qu’ils l’ont en main.  L’état méditatif et l’expression corporelle sont inhérents au retour au calme et à l’intériorisation de l’expérience. L’enfant absorbe donc de façon inconsciente littéralement tous les stimuli aussi bien positifs que négatifs reçu par ses sens qui l’entoure jusqu’à l’âge de 6 ou 7 ans. « L’enfant est donc un observateur qui enregistre activement les images au moyen de ses sens. »(Maria Montessori). C’est une impulsion intérieure, une sensibilité particulière sur l’instant, qui guidera l’enfant vers un objet, une activité particulière. Il connaitra alors des « périodes sensibles » à certains aspects du monde qui l’entoure. Il développera alors à ce moment-là une sensibilité particulière, à l’ordre le langage ou encore le raffinement sensoriel. Une fois cette sensibilité acquise, l’enfant cessera de répéter plusieurs fois la même activité ou le même mouvement. Il enregistre par les sens, les informations transmises par son environnement. L’adulte est présent pour orienter l’enfant en fonction de ses impulsions du moment, et non  pour lui imposer un savoir qu’il n’est pas prêt à intégrer. Il développera ainsi son intelligence par l’intermédiaire de ses sens en interaction avec son environnement, de façon très naturelle et sans s’en avoir réellement conscience.

A travers cet article, j’ai souhaité souligner l’importance du regard de l’adulte sur l’enfant. On peut observer, que le jugement porté sur l’attitude de celui-ci va l’influencer et le conditionner dans la plupart des domaines de sa vie, comme la santé, le travail, l’éducation qu’il portera lui-même à ses enfants. D’ailleurs, la forme d’attachement qui est développée dans la dyade parents-enfant déterminera le développement de ressources intérieures nécessaires pour faire face à des situations déstabilisantes ou stressantes. Même si rien est immuable en matière d’affect, pourquoi ne pas mettre nos sens en éveil face aux enfants et face à nous- mêmes? Nous gagnerons peut être du temps, et nous serions tous beaucoup plus efficaces…

 

 Delphine Ehrhardt
Psychologue

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