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Déc 2, 2020

En quoi la pédagogie Montessori est-elle bénéfique pour les enfants en situation de handicap ?

En quoi la pédagogie Montessori est-elle bénéfique pour les enfants en situation de handicap ?

Introduction

« Les expériences négatives […] se font quand, dans l’ambiance, surgissent des circonstances qui font obstacle au paisible développement des conquêtes créatrices. Alors, nait chez l’enfant une agitation souvent violente […] qui peut présenter les apparences de la maladie et qui résiste à tous les traitements tant que persistent les circonstances défavorables. Tombé l’obstacle, le caprice et la maladie disparaissent immédiatement. Et cela indique clairement la cause du phénomène anormal. » (Maria Montessori, 1836, L’Enfant, p.52)

De par mon vécu personnel et ma formation d’éducatrice spécialisée, l’accueil des enfants en situation de handicap au sein d’une structure “non-spécialisée” est un projet qui me tient à cœur. Bien que je sois consciente que ce processus soit assez complexe, notamment quant aux soins spécifiques, ceux-ci viennent s’ajouter à la prise en charge quotidienne de l’enfant qualifié de “normal”.

Chaque jour, nous devons répondre à leurs besoins primaires : liberté, mouvement et autonomie. Mais également être garant de leur sécurité affective. Dans ces cas particuliers où les enfants sont atteints de pathologies incurables et/ou spécifiques, il est souvent plus complexe de tisser des liens qui nous permettront de garantir leur évolution.

Nous parlerons dans cet article du cas d’une enfant que nous appellerons Emma, qui fréquentait le groupe du Nido. Âgée de dix-huit mois, cette dernière est atteinte d’une pathologie héréditaire de surdité plus ou moins sévère. Nous ne connaissons pas exactement ces capacités à entendre. À cet âge, les dépistages et l’évaluation de l’écoute sont plutôt compliqués à quantifier.

Emma a pu bénéficier d’un appareillage externe vers ses quinze mois. Il était très compliqué pour elle de garder les contours d’oreilles. La fillette n’avait pas encore acquis la marche, elle devait être accrochée à une structure pour pouvoir être en position debout. Il était difficile pour les adultes d’entrer en contact avec elle car elle n’acceptait pas tout le monde.

C’est lors de cette rencontre que je me suis interrogée: en quoi la pédagogie Montessori est-elle bénéfique pour les enfants en situation de handicap ?

Dans un premier temps, nous allons étudier la pédagogie Montessori dans ses grandes lignes. Puis nous analyserons le cas que j’ai pu rencontrer au sein de la structure où je travaille.

La pédagogie Montessori dans ses grandes lignes

 L’esprit absorbant.

Selon Maria Montessori, « nous acquérons les connaissances avec notre intelligence, alors que l’enfant les absorbe avec sa vie psychique. » (Maria Montessori, L’esprit absorbant de l’enfant, 1959, p.26)

Dans notre quotidien, nous comparons souvent les enfants à des éponges tant sur le plan émotionnel qu’intellectuel. En effet, ils sont capables de ressentir et partager les émotions qui nous animent. Les enfants s’imprègnent de l’atmosphère qui règne autour d’eux. C’est pourquoi nous accordons une grande importance à l’ambiance que nous préparons dans nos modules.

Tout d’abord, nous mélangeons les âges des enfants dans chaque groupe pour que les plus grands transmettent les règles qu’ils ont intégré aux plus petits. Tandis que ces derniers reproduisent leurs ainés et intègrent donc plus rapidement et sans contrainte.

De plus, toutes les ambiances sont rangées, ordonnées et adaptées en fonction des capacités des enfants.

En résumé, « Le but nouveau proposé à l’éducation, c’est d’être l’esprit dans ses divers processus de développement, de seconder ses énergies variées et de renforcer ses facultés. » (Maria Montessori, L’esprit absorbant de l’enfant, 1959, p.29)

Les périodes sensibles

D’après Maria Montessori, « il s’agit de sensibilités spéciales qui se trouvent chez les êtres en voie d’évolution, c’est-à-dire dans les stades de l’enfance. Elles sont passagères et se limitent à l’acquisition d’un caractère déterminé. Une fois ce caractère développé, la sensibilité cesse. » (Maria Montessori, 1836, L’Enfant, p.33)

En effet, il n’est pas rare d’observer des enfants en jeux “libres” surtout avec les blocs de construction qui ont une éternelle obsession pour vider le bac et le remplir.

Lorsqu’un enfant est dans une période sensible, quelle qu’elle soit, il est donc important de ne pas entraver son travail. C’est également pour cela que nous laissons l’enfant choisir son activité et que nous le laissons la reproduire autant de fois qu’il le souhaite. Car « si l’enfant n’a pu obéir aux directives de sa période sensible, l’occasion d’une conquête naturelle est perdue, perdue à jamais. » (Maria Montessori, 1836, L’Enfant, p.34)

Concernant Emma, au début de son appareillage, elle retirait systématiquement après quelques minutes le matériel de ses oreilles. On croyait qu’elle ne les supportait pas mais avec du recul, je pense qu’elle les enlevait pour différencier les moments où elle était capable de mieux entendre contre les moments où elle entendait moins voire pas du tout.

Les sens

« Fonction physiologique de relation avec le monde extérieur permettant au cerveau d’apporter des informations sur celui-ci et de les rendre conscientes. Il existe cinq sens : l’ouïe, le goût, l’odorat, le toucher et la vue » (Larousse Médical)

Dès le plus jeune âge, nous nous efforçons de travailler à développer les différents sens des enfants. Au Nido, les activités sont essentiellement centrées sur :

          – l’ouïe grâce aux musiques, chants et à l’échange verbal des éducatrices entre elles mais aussi avec les enfants.

          – le toucher avec les différents hochets et mobiles en bois, les grelots et les rubans, des paniers avec des balles de multiples textures, les anneaux et disques entrelacés.

          – la vue en observant les divers mobiles (Munari, danseurs, Gobbi, octaèdres), les images d’art, les plantes et les fleurs qui agrémentent l’ambiance.

Dans le cas d’Emma, nous ne savions pas quelle était sa perception des sons environnants. Malgré ça, les activités lui ont toujours été proposées et parfois, elle y participait. Les éducatrices ont toujours communiqué normalement avec Emma, si ce n’est qu’elles accentuaient le volume sonore à certains moments notamment pour attirer l’attention d’Emma. De plus, pour être sûres qu’elle comprenne ce qui lui était demandé, les éducatrices désignaient ou mimaient certains actes.

Nous avons pu constater un retard important quant au développement psychomoteur d’Emma, en particulier pour la marche. Il est important de savoir que l’oreille interne contient l’organe de l’équilibre ce qui peut expliquer l’ajournement de la marche.

Emma tolérait ses appareils un peu plus longtemps chaque jour, ce qui lui a permis d’évoluer sur plusieurs points : l’acquisition totale de la marche, son implication dans les activités proposées mais également dans les interactions avec les autres membres du groupe tant avec les enfants qu’avec les adultes.

L’éducation bienveillante

John Bowlby a constaté que « la relation mère-enfant est aussi vitale pour le développement général du bébé que les vitamines ou les protéines pour le développement physique ».

Selon moi, les éducateurs sont le relais de la parentalité dans le sens où les enfants ont besoin d’avoir un attachement avec les personnes qui s’occupent d’eux au cours de la journée. Parfois, il suffit qu’un seul adulte apprivoise la confiance de l’enfant pour que l’ensemble de l’équipe puisse interagir avec lui. Ainsi, l’enfant obtient confort et sécurité.

Pour Emma, il était très compliqué de dormir dans le dortoir. À chaque réveil, elle était dans une transe : elle hurlait et il était très compliqué de la réconforter. Après avoir observé ce phénomène, nous avons décidé d’accompagner Emma lors de ses réveils. Pour cela, nous restions à ses côtés, dès que nous remarquions des signes d’animations, nous posions une main sur elle. Ainsi, elle se sentait en sécurité, parfois elle se rendormait même. Si ce n’était pas le cas, il arrivait qu’elle pleure un instant mais moins qu’auparavant. Dès lors, Emma se réveillait seule sans pleurs.

En plus du lien que nous tissons avec les enfants, la communication bienveillante nous permet d’entretenir les repères que nous représentons pour les enfants. Elle s’inspire de la communication non violente qui a été élaboré par Marshall B. Rosenberg. Ce processus est constitué de trois grands piliers:

L’empathie: nous essayons d’exprimer ou de faire exprimer aux enfants leurs sentiments, émotions ou attitudes.

L’authenticité: nous observons les faits et tentons au plus juste d’interpréter les actions des enfants pour répondre à leurs besoins.

La responsabilité

Les différents accompagnements mis en places

Dans le cas d’Emma, il a été très compliqué de lui faire intégrer la vie en collectivité tant par les activités que par la vie quotidienne.

Il faut savoir que la fillette a eu beaucoup de difficultés à accepter les adultes qui prenaient soin d’elle. C’est pourquoi, lors de son passage au Nido, nous avons essentiellement travaillé sur ce point : la socialisation, en l’intégrant un peu plus chaque jour dans la vie du groupe.

Le seul moment où elle se fondait au reste du groupe, c’était durant des activités musicales. Par la suite, deux logopèdes se sont greffées au reste de l’équipe pluridisciplinaire. En effet, suite à l’appareil, elle avait un suivi au sein d’une structure externe qui lui apprenait le langage des signes. La logopède nous a transmis un lexique sur lequel figure des mots que nous sommes susceptibles d’employer à la crèche pour pouvoir signer avec Emma. Cependant, nous avons pu constater qu’il est plus facile pour elle de comprendre lorsque nous signons mais ceci ne lui est pas utile pour communiquer avec nous ou les autres enfants.

Il a également été constaté qu’Emma était confrontée à cinq langues différentes au quotidien. Ce qui pourrait expliquer son retard dans la communication. D’un commun accord avec les logopèdes, nous nous limitons au français avec elle à la crèche. Tout ce travail peut être mis en place au sein de la structure car nous respectons le rythme de la fillette, et qu’il est primordial pour nous de ne pas la mettre en difficulté.

Conclusion 

Lors de mes recherches pour écrire cet article, j’ai visionné plusieurs vidéos. Deux d’entre elles m’ont profondément choquée.

La première montre plusieurs enfants de sexe et d’origines différents. Les enfants décrivent plusieurs types de comportements qu’ils ont lorsqu’ils sont en classes. Comme par exemple « excusez-moi maitresse si je me tortille sur ma chaise » ou encore « excusez-moi si je regarde dans le vide pendant que vous donnez votre leçon mais ceci ne veut pas dire que je ne vous écoute pas » ou « pardonnez-moi si je gribouille dans mon cahier pour me concentrer ».

La seconde montrait un enfant autiste de six ans scolarisé dans une maternelle française. Pour ma part, il est très important d’intégrer des enfants en situation de handicaps parmi des enfants « normaux », quelque soit leur âge. C’est dans ce sens que nous pourrons banaliser les différences et faire que les enfants d’aujourd’hui soient les adultes de demain : tolérants et empathiques.

Cet enfant était accompagné d’une éducatrice spécialisée. Jusque-là, j’étais vraiment surprise. Je me disais que c’était un cas exceptionnel. Jusqu’au moment où l’on voit les élèves et la maitresse installés dans le coin lecture pour lire un livre. Ce petit garçon fait partie du groupe avec son éducatrice qui lui donne des morceaux de fruits secs et de chocolat pour qu’il reste assis avec les autres enfants. Je pensais voir un reportage de dressage sur les animaux.

Je me suis alors demandé : comment ceci était encore possible de nos jours ? Comment, au XXIème siècle, des enfants doivent s’excuser de ne pas rester assis sans bouger ? Alors que nous construisons des « open-space » à leurs parents au bureau !

Étant donné que j’évolue dans une collectivité où nous pratiquons la pédagogie Montessori, je sais qu’il est parfaitement faisable de permettre à des enfants qui ont des « troubles du comportement » ou un handicap de suivre un enseignement qui leur permettrait d’évoluer dans la société plutôt que de les parquer dans des institutions spécialisées.

Dans les écoles expertes dans le handicap, souvent, les enfants sont mélangés avec d’autres bénéficiaires qui ont besoin de soins paramédicaux, ce qui délaisse les apprentissages intellectuels.

La pédagogie Montessori me parait donc la plus adaptée et la plus ouverte d’esprit quant à cette thématique. En effet, nous répondons au mieux aux besoins des enfants. Si un enfant souhaite se mouvoir dans l’ambiance, il est tout à fait possible d’exécuter ce souhait tout en respectant les règles de la collectivité. L’enfant est également libre de choisir son activité artistique, montessorienne ou aller en jeux libres. Nous guidons l’enfant vers une autonomie constante tout en respectant son rythme d’évolution.

Marine Walck
Éducatrice principale

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