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Association Montessori Luxembourg
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Nov 3, 2020

Comment répondre aux besoins des enfants à travers la langue des signes ?

Comment répondre aux besoins des enfants à travers la langue des signes ?

INTRODUCTION

« La parole est d’argent, le silence est d’or et le geste est de diamant. » Nicolas Baheu

Le langage fait partie des apprentissages fondamentaux dans la pédagogie Montessori. Dans le ventre de sa mère, le fœtus entend déjà des sons, des mots ainsi que des vibrations, ce qui va permettre à ses sens de se développer notamment celui de l’ouïe. Une fois sortie du ventre de la maman, le nourrisson communique essentiellement par des cris et des pleurs. Les recherches ont montré que ce n’est que vers l’âge de 18 mois qu’il va commencer à s’exprimer avec des mots. Mais avant ça, comment peut-on parvenir à communiquer avec bébé dès la naissance et répondre au mieux à ses besoins ?

Nous pouvons définir le besoin comme une exigence de la nature ou de la vie sociale qui nait d’un sentiment de manque, de privation de quelque chose qui est nécessaire à notre vie (Avoir besoin de quelque chose, de quelqu’un…)

À travers mon article, nous allons nous intéresser à un moyen de communication différent qui commence à se démocratiser de plus en plus dans les structures de la petite enfance mais aussi à être pratiqué au sein des familles : c’est la langue des signes.

J’ai découvert la langue des signes dès l’école primaire grâce à mon enseignante. J’ai, par la suite, continué à pratiquer cette langue en cours du soir et je me suis spécialisée lors de mes études. J’ai pu constater que la langue des signes pouvait être utilisée à d’autre but que pour la communication avec des personnes malentendantes.

Lors d’un stage en classe de CP durant mes études, j’ai rencontré un enfant atteint de trisomie qui avait du mal à s’exprimer et à se faire comprendre. Il émettait souvent des cris. Quand il terminait un jeu, je lui demandais s’il voulait « encore » le refaire en signant en même temps. Et un jour, n’arrivant pas à dire ce qu’il voulait, il se mit à crier. Je me suis alors approchée de lui pour lui demander ce qu’il voulait et là, il me fit le signe « encore » ; il voulait simplement faire « encore » le même jeu.

Aujourd’hui, à travers la pédagogie Montessori, j’ai découvert l’importance de répondre au mieux aux besoins des enfants. Dans la pédagogie, l’enfant est considéré comme un individu à part entière. Il est impératif de prendre en compte ses besoins spécifiques. Ainsi, au sein du Nido, j’essaie, à travers la langue des signes, de communiquer afin de répondre aux besoins des enfants au quotidien et aussi en signant des comptines pour familiariser les enfants à d’autres signes.

J’ai découvert la langue des signes dès l’école primaire grâce à mon enseignante. J’ai, par la suite, continué à pratiquer cette langue en cours du soir et je me suis spécialisée lors de mes études. J’ai pu constater que la langue des signes pouvait être utilisée à d’autre but que pour la communication avec des personnes malentendantes.

Lors d’un stage en classe de CP durant mes études, j’ai rencontré un enfant atteint de trisomie qui avait du mal à s’exprimer et à se faire comprendre. Il émettait souvent des cris. Quand il terminait un jeu, je lui demandais s’il voulait « encore » le refaire en signant en même temps. Et un jour, n’arrivant pas à dire ce qu’il voulait, il se mit à crier. Je me suis alors approchée de lui pour lui demander ce qu’il voulait et là, il me fit le signe « encore », il voulait simplement faire « encore » le même jeu.

Aujourd’hui, à travers la pédagogie Montessori, j’ai découvert l’importance de répondre au mieux aux besoins des enfants. Dans la pédagogie, l’enfant est considéré comme un individu à part entière. Il est impératif de prendre en compte  ses besoins spécifiques. Ainsi, au sein du Nido, j’essaie à travers la langue des signes de communiquer afin de répondre aux besoins des enfants au quotidien et aussi en signant des comptines pour familiariser les enfants à d’autres signes.

Dans cet article, nous allons ainsi voir dans un premier temps ce qu’est la langue des signes, son histoire et comment la pratiquer. Dans un deuxième temps, nous parlerons des besoins essentiels des enfants (en parallèle des émotions et de l’esprit absorbant chez Maria Montessori). Et enfin, la dernière partie portera sur les signes qu’on peut pratiquer avec bébé pour faciliter la communication afin de mieux comprendre leurs besoins et enfin les différentes méthodes qu’on peut mettre en place au sein du Nido.

LA LANGUE DES SIGNES

HISTOIRE DE LA LSF « Langue des Signes Française ».

Ce langage est utilisé par les sourds et malentendants de France, c’est une langue visuo-gestuelle. En effet, chaque pays a sa langue des signes qui respecte toujours la même syntaxe, mais chacune possède un vocabulaire différent car il est influencé par la culture du pays dans laquelle elle est pratiquée.

Un peu d’histoire…

Au cours de l’histoire, la langue des signes fut acceptée pour ensuite être ignorée ainsi que persécutée voire même interdite. C’est l’Abbé de l’Epée qui découvre son existence au XVIIIe siècle et qui va ensuite la développer et créer un institut pour permettre aux jeunes sourds de pouvoir s’instruire. Mais c’est en 1880 que le congrès de Milan marque un retour en arrière en retirant la LSF de l’enseignement. Ainsi, elle fut interdite au détriment de la méthode dite « oraliste ». Cette méthode consistait à faire parler les jeunes sourds par des méthodes d’apprentissage et d’éducation d’une extrême violence. « Le réveil sourd » se produit dans les années 1980. Des linguistes étudient la langue des signes comme une véritable langue, c’est le cas de Christian Cuxac et Bernard Mottez qui poursuivront les recherches en mettant en avant la culture sourde.

Après un combat de 25 ans par la communauté sourde, la loi du 11 février 2005 apparaît , elle reconnaît la LSF comme « langue à part entière ». Suite à cela, des associations de sourds sont créées ainsi que des films, des documentaires. Cela permet de faire connaitre leur culture mais aussi leur langue aux Français et surtout de faire reconnaitre leurs droits.

COMMENT PRATIQUER LA LANGUE DES SIGNES ?

La langue des signes comprend son propre « Alphabet Dactylologique ». Chaque lettre écrite possède une retranscription signée. Lorsqu’un mot ne peut être désigné par un signe, il sera alors épelé lettre par lettre.

La langue des signes est une langue à part entière. Elle possède sa propre syntaxe, sa grammaire ce n’est pas une traduction du langage parlé français. L’ordre des mots est ainsi différent entre le langage parlé et le langage signé. Qu’on soit droitier ou gaucher, on utilise la main de l’écriture pour signer.

Structure d’une phrase en français parlé : Sujet + Verbe + Complément

La LSF est une langue visuelle, il faut ainsi dans un premier temps planter le décor de la conversation.

Structure d’une phrase en LSF : Temps + Lieu + Sujet + Complément

A contrario du français parlé, la LSF ne possède pas de conjugaison. Ainsi, le locuteur devra positionner son récit dans l’espace. Il faut se représenter une ligne perpendiculaire par rapport à son corps qui représentera la ligne du temps. Le passé est dans notre dos, le présent au niveau de notre corps et pour parler d’une action dans le futur, on signera devant nous.

La Ligne du temps

Les différents gestes utilisés sont précis et normalisés. Chaque mot a des paramètres spécifiques et précis qui lui donne tout son sens.

  • CONFIGURATION DE LA MAIN : Il s’agit de la forme que va prendre notre main (50 configurations différentes possibles).
  • L’EMPLACEMENT : C’est l’endroit où les signes seront faits.
  • L’ORIENTATION DE LA MAIN : C’est la direction de la paume de la main.
  • LE MOUVEMENT : Mouvements qui seront réalisés par la ou les mains.
  • L’EXPRESSION DU VISAGE : Donne un sens à un signe.

LES BESOINS DES ENFANTS

LES BESOINS ESSENTIELS DES ENFANTS

Comme pour tout être humain, chaque enfant a des besoins essentiels. Ces besoins ont une réelle nécessité car ils sont indispensables à la vie. Le besoin peut être défini comme une exigence de la nature ou de la vie sociale, à combler un déficit de l’organisme ou psychologique, nécessaire à l’existence matérielle ou morale de l’individu.

Le psychologue Abraham Maslow a élaboré en 1970 une hiérarchie des besoins des Hommes à l’aide d’une pyramide. Cette pyramide est représentée par 5 paliers qui correspondent chacun à un besoin spécifique. Pour se réaliser pleinement, l’enfant doit pouvoir combler les différents besoins qui se retrouvent aux cinq niveaux de la pyramide. Il doit en particulier avoir une base solide sur laquelle se reposer. Si elle ne l’est pas, il aura de la peine à satisfaire ses autres besoins.

  • 1er palier : Les besoins physiologiques qui sont les besoins d’ordres biologiques (besoin de se nourrir, d’avoir un toit, dormir suffisamment…)
  • 2ème palier : Les besoins de sécurité; l’enfant doit évoluer dans un environnement ou il se sent en sécurité aussi bien physique que psychologique. C’est pour cette raison qu’il a besoin d’être entouré de personnes référentes pour lui. Nous pouvons prendre l’exemple du doudou qui procure une certaine sécurité chez certains enfants.
  • 3ème palier : Les besoins d’appartenance. L’enfant doit se sentir aimé et accepté par ses pairs, camarades, tel qu’il est.
  • 4ème palier : Les besoins de reconnaissance, d’estime de soi. L’enfant doit être reconnu comme une personne à part entière, il a également besoin de s’estimer lui-même. Acquérir une confiance en lui et également avoir du respect envers lui-même, se sentir utile et ainsi forger son identité propre.
  • 5ème palier : Le besoin d’accomplissement de soi est le dernier palier de cette pyramide. L’autonomie est un point essentiel dans ce dernier palier. Il doit pouvoir évoluer librement et faire ses propres découvertes tout en étant soutenu. Ce besoin d’autonomie et une affirmation de soi.

Lorsqu’un besoin n’est pas satisfait, c’est notre cerveau qui va nous le signaler par le biais de sensations. Par exemple, lorsque nous ne dormons pas assez, on ressent de la fatigue ou lorsque nous ne mangeons pas, nous ressentons de la faim.

Chez les bébés, certains besoins peuvent être difficile à identifier (les sensations étant décuplées chez les tout petits) car ils ne parlent pas mais aussi car plus nous montons dans la pyramide plus les besoins des enfants sont « abstraits ». Connaître et répondre aux besoins des enfants est essentiel à leurs développements.

Il est souvent difficile pour les jeunes parents de savoir comment répondre aux besoins de leurs enfants (par exemple, lorsqu’un nourrisson ne cesse de pleurer, les parents peuvent vite paniquer car ils n’arrivent pas à identifier son besoin). Ils sont souvent démunis devant l’intensité des affects de leurs enfants. Lorsqu’un besoin n’est pas satisfait, cela peut créer des émotions chez les enfants qui se manifestent par des pleurs, de la colère, des cris…

A contrario, lorsque le besoin d’un enfant est satisfait, il va se sentir bien intérieurement et ainsi il va être plus serein et ouvert pour communiquer avec l’adulte.

Il est ainsi important de connaître les besoins fondamentaux d’un enfant pour pouvoir y répondre afin d’éviter des comportements inappropriés.

Il est essentiel de faire la différence entre un besoin et un désir. Les désirs sont un moyen de répondre aux besoins. L’enfant, lui, ne fera pas la différence. Les désirs vont prendre une forme différente voire fantaisistes. C’est à nous adulte de chercher le besoin non-satisfait derrière le désir.

Maria Montessori lors de ses recherches et observations a découvert quatre grandes périodes de croissance : la petite enfance / l’enfance / l’adolescence et la maturité.

Lors de la petite enfance elle découvre trois périodes embryonnaires : l’embryon physique (avant la naissance), l’embryon psychique/spirituel et l’embryon social. À chaque période, l’enfant a ainsi de nouveaux besoins.

Lors de la petite enfance (naissance), l’enfant arrive dans un nouveau milieu et va découvrir le monde qui l’entoure. Il doit pouvoir respirer seul dans ce nouveau monde qui lui est inconnu. Petit à petit, il va se construire grâce à diverses expériences mais aussi aux interactions avec autrui. Ainsi, pour Maria Montessori, l’enfant va pouvoir se construire grâce à « l’esprit absorbant » et aux différentes périodes sensibles. Notamment la période 0-3 ans où l’adulte et l’enfant rentrent en communication. L’enfant doit essayer de se faire comprendre en se faisant respecter par l’adulte concernant ses besoins et émotions.

LES EMOTIONS, ESPRIT ABSORBANT CHEZ MARIA MONTESSORI

Les émotions font partie intégrante de notre existence car elles permettent de construire notre identité.

Par la définition du Larousse, le mot “émotion” désigne un trouble subi, une agitation passagère causée par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie…

Les émotions sont des réactions spontanées à une situation extérieure et les sentiments représentent un état affectif plus durable qui évolue avec le temps (amour, haine, confiance…). Sentiments et émotions sont ainsi étroitement liés, les sentiments font vivre les émotions et à l’inverse les émotions génèrent, la plupart du temps des sentiments. Il est essentiel, de ne pas juger un enfant sur ses émotions ou de ne pas en tenir compte.

Maria Montessori est une des premières à s’être intéressée à la science de l’éducation. Elle va ainsi parler d’esprit absorbant. L’enfant est un être en éternel évolution, il est acteur de son propre développement. Il est important pour l’enfant d’évoluer dans un milieu ordonné, il s’imprègne de l’atmosphère dans laquelle il évolue. Pour Maria l’enfant est comme une éponge, « il absorbe le monde autour de lui ».

Grâce à l’esprit absorbant, l’enfant intègre profondément les notions qui le mèneront à l’abstraction. Il va construire sa personnalité en fonction de ce que lui offre (ou lui refuse) son environnement. La période de la petite enfance est caractérisée par différents critères notamment la découverte de son environnement, le besoin de protection, de repère et le développement du langage. C’est durant cette période que l’enfant va essayer de rentrer en communication avec l’adulte pour exprimer ses besoins et ses émotions.

À la différence de l’adulte, lorsque l’enfant exprime une émotion, il ne comprend pas ce qui se passe en son propre intérieur et peut ainsi avoir un comportement « inadapté » (la colère peut être exprimée par de la violence). C’est ainsi à nous, adulte ou éducateur, d’accompagner l’enfant en le respectant, l’écoutant pour répondre au mieux à ses besoins. Pour la plupart des adultes, lorsqu’un enfant manifeste ses émotions avec une réponse inadaptée, c’est considéré comme un caprice.

« Les premiers caprices de l’enfant sont les premières maladies de l’âme » ( Maria Montessori, L’enfant, 1836, p.41).

Or, l’enfant ressent en lui une énergie psychique qu’il doit exprimer. Son cerveau n’est pas encore assez mûr pour gérer ce qu’il ressent. Il ne peut pas prendre de recul sur ce qu’il vit, il est donc mauvais de laisser l’enfant seul gérer ses émotions.

L’adulte va avoir un rôle d’accompagnateur. Lorsque l’enfant exprime ses émotions, il est là pour l’aider à les comprendre afin de les gérer au mieux. L’enfant va imiter l’adulte dans tout ce qu’il fait pour l’accompagnement de ses émotions. L’enfant pourra ensuite apprendre à se maitriser pour pouvoir exprimer ses besoins.

Pour Maria, il est ainsi important de chercher la cause de toutes manifestations estimées capricieuse chez un enfant pour comprendre pourquoi il agit ainsi. Pour pouvoir se construire correctement, l’enfant doit avoir une stabilité affective importante dès sa naissance.

« L’amour, la bienveillance et l’encouragement sont les leviers de l’âme humaine » Maria Montessori.

LES SIGNES AVEC BÉBÉ

COMMUNICATION GESTUELLE AVEC LE JEUNE ENFANT

Avant toute chose, il faut savoir faire la différence entre la Langue des Signes Française et le langage des signes. La LSF est la langue des signes, moyen de communiquer des sourds, tandis que le langage des signes peut être utilisé par tous et parfois de façon inconsciente. Utilisé notamment pour communiquer avec les bébés.

Nous utilisons tous dans notre quotidien le langage des signes. Par exemple lorsqu’on dit « Bonjour » à quelqu’un on aura tendance à lever la main pour saluer cette personne.

Vers l’âge de 7-8 mois, l’enfant commence à créer des gestes et à reproduire des gestes conventionnels (applaudir, faire chut avec son index, pointer pour montrer…). Lorsque bébé commence à utiliser des gestes conventionnels c’est un indice qui montre qu’il est en capacité d’utiliser des signes.

Dans les années 1980 aux États-Unis, un spécialiste de la langue des signes américaine, Joseph Garcia, a pu observer que des enfants entendants qui utilisent la langue des signes dans des familles sourdes communiquent plus rapidement que des enfants qui vivent dans des familles entendantes.

À partir de 7 mois, l’enfant est dans une phase qu’on appelle d’imitation. C’est à ce moment que l’on peut introduire les premiers signes avec bébé. On va puiser des signes de la LSF pour pouvoir signer avec bébé mais on n’apprend pas la syntaxe, c’est simplement des signes isolés associés à la parole. Cette pratique est faite dans une optique de bienveillance pour aider bébé à entrer en communication avec l’adulte et exprimer ses besoins.

Ici, le signe va permettre de mettre en évidence des mots clés. Par exemple, quand on va demander à l’enfant s’il veut dormir, nous allons signer « dormir » en plaquant la main en configuration plate contre notre joue. L’enfant va rapidement faire le lien entre le signe et l’action de dormir.

L’utilisation des signes avec bébé va lui permettre de dire très tôt ce qu’il veut ou pas, bien avant qu’il puisse l’exprimer oralement. La plupart du temps, c’est l’adulte qui exprime à la place de l’enfant ses besoins. C’est une manière rassurante pour l’adulte de parler à sa place, il se persuade qu’il répond positivement aux envies de bébé. Par exemple, le soir, lorsque l’enfant commence à râler, l’adulte peut associer ses cris à de la fatigue alors que l’enfant à peut être besoin d’autres choses.

Avec l’utilisation du langage des signes, en parallèle de la pédagogie Montessori, l’adulte devient un accompagnateur. Lorsqu’il va demander quelque chose à l’enfant, il va laisser celui-ci s’exprimer : un échange va se produire.

L’acquisition de différents signes va ainsi permettre à l’enfant d’avoir confiance en lui. Il va prendre conscience qu’il est écouté et ainsi respecté par l’adulte. Les signes peuvent lui permettre d’exprimer ses besoins, partager avec l’adulte ses envies, ses goûts, ce qui attire son attention, exprimer ses émotions et ses ressentis. Mais surtout renforcer et enrichir la relation avec l’adulte et renforcer la confiance en soi et l’estime de soi. Il va affirmer sa personnalité : devenir une personne unique.

Le rôle de l’adulte est important, il va lui permettre d’avoir une estime de soi par son accompagnement et son aide. Il va pouvoir ainsi essayer d’exprimer ses émotions et répondre à ses besoins intérieurs.

L’adulte aussi ressent un certain apaisement lorsque le bébé arrive à exprimer ses besoins, ses émotions. Avec la langue des signes, il peut répondre rapidement à l’enfant et lui permettre également d’être apaisé si son besoin est satisfait. L’enfant va ainsi pouvoir renouveler l’expérience de la communication en s’appropriant les signes et les utiliser s’il en éprouve le besoin.

Le langage gestuel aide à la coordination œil – main mais aussi au développement moteur. Signer demande à l’enfant de se concentrer, ce qui est un des apprentissages majeurs de la petite enfance. L’apprentissage de la concentration, dès le plus jeune âge va permettre à l’enfant d’apprendre plus facilement ses premiers mots, car son cerveau pourra se canaliser plus facilement sur ces nouvelles notions. La motricité et la découverte du corps sont ainsi en plein développement.

La langue signée est aussi un moyen de faciliter la communication avec les enfants bilingue. Lorsqu’un enfant à une langue maternelle différente de celle parlée en structure, il va avoir des repères visuels qu’il va ensuite assimiler pour pouvoir les utiliser.

La mise en place des signes avec bébé au sein d’une collectivité permet à l’enfant d’entrer dans une communication individualisée. De plus en plus de structures s’intéressent à l’introduction des signes avec les bébés.

MISE EN PLACE AU SEIN DU NIDO

Dans les collectivités, la mise en place des signes se fait progressivement pour ne pas surcharger la charge cognitive de l’enfant.

Nous pouvons introduire les signes qui vont répondre aux différents besoins physiologiques de l’enfant comme changer la couche, dormir, manger… Des consignes, des objets, des activités mais également des comptines qui vont être un moment de partage et de calme.

Il est important de toujours associer la parole au signe. On établira le lien entre la situation, l’objet, l’action et le mot. Par exemple, lorsque c’est le moment de changer la couche, on va se positionner à hauteur de l’enfant et on va lui dire qu’on va aller lui changer la couche en accompagnant le mot par le signe « changer ». Lorsqu’on signe, il faut capter l’attention de l’enfant et faire des gestes simples et lents pour que l’enfant ait le temps de l’imprégner.

L’enfant ne va pas refaire le signe dans l’immédiat. Il va falloir le répéter plusieurs fois. L’enfant sera libre d’utiliser les signes ou non. La mise en place des signes va ainsi diminuer les pleurs et les cris au sein de la structure. Cela va permettre d’apaiser l’atmosphère et permettre un meilleur accompagnement de l’enfant.

Nous avons mis également en place un imagier qui peut être mis à la disposition de l’enfant, soit sous forme de carte ou de livre. Cet imagier illustrera des instants de vie des bébés. Chaque image sera associée à un signe. On peut ainsi mettre en place une activité de langage avec l’enfant. Par exemple, on lui montre la carte avec l’action de « boire » et en regardant l’enfant, on lui dit « boire » en associant le mot au signe. Par la suite, l’enfant peut reprendre cet imagier pour simplement le regarder ou montrer à l’adulte la carte correspondant à son besoin s’il n’arrive pas à l’exprimer.

Lors des moments calmes (avant la sieste par exemple), nous faisons également des comptines en langage des signes. Cela va permettre à l’enfant de focaliser son attention sur nos mains mais aussi d’instaurer un moment de calme. On chante la comptine « Petit escargot » en associant les signes correspondants. Il est important de chanter doucement, avec une intonation de voix faible et d’associer les gestes lentement. L’enfant va ainsi s’apaiser et cela va faciliter l’apprentissage des comptines car plus ludique et gai.

La mise en place du langage des signes en crèche permet également un meilleur accueil des enfants en situation de handicap. L’enfant va être intégré parmi tous les autres. Les signes ne seront pas mis en place que pour lui et ainsi pointer ses difficultés mais pour l’ensemble des enfants.

Prenons l’exemple d’une enfant (que l’on nommera Nolwenn) qui était au Nido. Lors de mon arrivée en crèche, Nolwenn est une enfant malentendante qui éprouve quelques difficultés pour entrer en communication avec les éducatrices. En parlant avec la maman, elle me disait qu’elle commençait à introduire des signes à la maison pour faciliter la communication. Je lui ai ainsi proposé de faire la même chose à la crèche. J’ai pu introduire quelques signes simples comme “manger”, “maman”, “encore”, “triste”, “content”… Par exemple, le soir, quand sa maman arrivait à la crèche, je lui disais : « regarde, il y a maman » en signant “regarde” et “maman”. Et je voyais qu’elle comprenait car elle souriait tout en se dirigeant vers la porte. J’ai pu ainsi constater que cette enfant prenait de plus en plus confiance en elle pour participer à diverses activités et rentrer en communication avec les autres.

Le langage des signes est une méthode parmi d’autres pour faciliter la communication pour les enfants en situation de handicap. Tel que la méthode Makaton, méthode un peu plus complexe et spécifique pour ces enfants.

Le langage des signes est un moyen pour pouvoir communiquer avec les bébés mais surtout pour répondre à leurs besoins, ce qui pour Maria Montessori est un point essentiel au respect des enfants pour leur permettre d’évoluer à leur rythme.

CONCLUSION

« L’enfant d’aujourd’hui sera l’adulte de demain » Maria Montessori.

C’est à nous, adultes, de guider les enfants pour qu’ils puissent devenir les hommes de demain, notamment en les accompagnant et en les aidant à gérer leurs émotions et adapter notre accompagnement pour répondre à leurs besoins. L’adulte doit avoir une attitude positive et adapté vis a vis de l’enfant pour qu’il se sente apaisé et en confiance face à ses émotions.

Le langage des signes est une méthode pour que l’enfant puisse exprimer ses besoins et émotions. Cette pratique est un avantage pour l’adulte comme pour le bébé. La communication est facilitée, l’enfant sera compris plus facilement et ainsi, on va pouvoir répondre au mieux à ses besoins et à son bien-être. Grâce à la mise en place de cette méthode, les liens entre l’enfant et l’adulte vont être renforcés. L’enfant n’aura pas besoin de recourir aux pleurs ou cris pour pouvoir s’exprimer. Il va se sentir écouté et en confiance. Il va être considéré comme une personne à part entière.

La pratique du langage des signes via la pédagogie Montessori me parait tout à fait en adéquation. Leur but commun étant de répondre au mieux aux besoins des enfants tout en respectant leur bien être. L’enfant va pouvoir construire sa personnalité en répondant à ses besoins fondamentaux.

« L’enfant est un individu unique : pour apprendre il doit se sentir accepté, aimé, en sécurité et acteur d’un environnement qui l’encourage » Maria Montessori

Violaine Gangloff
Éducatrice Principale

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